Comment faire pour que mon compagnon évangélique m’aime malgré mon manque de foi ?

une femme devance un homme en vélo et tente de le ratrapper, sur fond de coucher de soleil - Photo by Everton Vila on Unsplash

Crépuscule d’aube ou de crépuscule de la nuit tombante ? Vivre dans un monde complexe, où tout n’est pas en noir / blanc.

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour

Je vous écris suite à l’ouverture d’esprit qui se dégage dans vos réponses sur le site jecherchedieu.ch.

Athée en couple avec un chrétien évangélique ma relation amoureuse se trouve à ce jour dans une impasse. Je suis très amoureuse d’un homme qui s’interdit de m’aimer puisque sa foi lui empêche tout futur possible avec une femme non chrétienne.
Du moment que l’église évangélique interdit le mariage avec les athées je lui ai dit que j’essayerai de m’approcher de son culte me laissant m’introduire dans sa communauté croyante en tant que amie (c’est le statut actuel de la relation depuis notre dernière discussion) intéressée par la foi.
Or je suis persuadée que malgré mon ouverture spirituelle et l’amour que j’ai pour lui je ne parviendrai pas à épouser son culte. D’autant plus que je pense que l’amour accepte l’autre avec toutes ses différences sans exiger un quelconque changement de sa part.

Si je vous écris aujourd’hui c’est pour vous demander si vous êtes en mesure de m’indiquer un pasteur évangélique sur Paris avec qui échanger pour essayer de créer un dialogue avec mon compagnon lui permettant d’accepter de m’aimer comme je suis malgré mon manque de foi. L’idée de renoncer à cet amour réciproque me rend si malheureuse que je compte vraiment tout essayer pour le sauver.
Confiante en votre compréhension et disponibilité j’espère en un retour positif de votre part.
En vous remerciant par avance, je vous souhaite un très bon fin de semaine.
Prenez soin de vous et des autres.
Cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Hélas, je suis bien désolé. D’abord au point de vue humain, pour vous, et pour cet homme. Mais aussi pour la foi chrétienne qui reçoit là un témoignage dramatiquement négatif, la religion venant mettre le jugement, la séparation et l’exclusion, là où la foi devrait mettre de la grâce, de l’accueil, de la bénédiction, de la bienveillance, bâtir des liens et des passerelles.
Bravo pour votre honnêteté, votre sincérité. Ce sont des bases indispensables pour un couple, pour fonder une famille.
Bravo aussi pour le respect que vous avez pour la foi de cet homme, sans jugement.
Ah que j’aimerais que ce soit le chrétien des deux qui manifeste cette belle façon d’être pour la personne aimée, sans condition de religion, de foi, de confession. Dans le respect que vous manifestez, vous.
Pour répondre à votre question, à vrai dire, je ne suis pas persuadé que ce soit une bonne idée pour vous de chercher à changer ce monsieur.
S’il veut ouvrir sa théologie ou sa foi, cela doit venir de lui. À lui de chercher les arguments bibliques, théologiques, spirituels pour le faire, cela existe évidemment. Mais cela doit venir de lui.
S’il est prisonnier de son église, de sa doctrine au point de se séparer de vous telle que vous êtes, mieux vaut le savoir maintenant car dans la vie quotidienne ensuite, ce serait une souffrance pour lui et une galère pour vous. Si sa mentalité fonctionne sur une logique de séparation des bons (les croyants de son église précises à lui) / des mauvais (les autres), il doit impérativement épouser quelqu’un de son église.
Mais s’il appartient à une église fermée et que lui désire avoir une mentalité plus ouverte, qu’il change d’abord d’église vers une église qui n’enseigne pas qu’il serait mauvais d’épouser une personne athée. Il y a un moment où il faut un minimum de cohérence avec soi-même. Il ne peut fréquenter régulièrement une église qui enseigne que son couple est une mauvaise chose refusée par Dieu ! Il faut choisir. S’il tient trop à cette église très étroite, il devra épouser cette façon étroite de concevoir le couple, et donc chercher une fille dans ce qui est considéré comme acceptable selon les traditions de son église (tradition apparemment considérée comme la Vérité absolue).
Hélas, je ne connais pas de pasteur « évangélique » sur Paris. Je connais des pasteurs protestants qui, évidemment, ne verraient pas l’ombre d’une difficulté mais seraient heureux de faire une cérémonie de mariage entre un croyant et une non-croyante, laissant de la place aux deux pour exprimer ce qui inspire chacun comme visée, comme espérance, avec par exemple un texte biblique et un texte philosophique. Si nous le faisons c’est parce que nous pensons que c’est fidèle à l’Evangile du Christ de le faire. Il y a des arguments. Mais ce n’est pas la question. La question est une question de mentalité, une question de rapport à l’enseignement de son église à lui (identification de l’enseignement de son église à la vérité divine). C’est une question de vision binaire (fidèle / infidèle, dedans / dehors)…
Bien respectueusement
En vous souhaitant le meilleur

par : pasteur Marc Pernot

Réponse du visiteur :

Cher Pasteur Pernot,
je vous remercie infiniment pour le temps et le soin que vous avez dédié à cette réponse.
La lucidité de vos mots résonne dans mon coeur et dans mon esprit.
Dans les faits je n’ai aucune intention changer mon ami, ce que je souhaite c’est qu’il m’accepte également pour celle que je suis. J’entend bien votre conseil mais à ce jour j’aime tellement cette homme que je ne suis pas prete à le laisser partir sans avoir tout essayé pour sauver la relation.
Je vous remercie également d’avoir si gentiment accueilli ma demande malgré le fait que je ne sois pas chrétienne, j’aimerais tellement que la foi de mon ami soit aussi libre que celle dont vous me faites part. Je trouve si beau e enrichissant le fait de pouvoir partager des spiritualités différentes et se questionner mutuellement par un dialogue comme celui que vous mentionnez entre foi et philosophie. La mise en commun des expériences avec l’autre ne peut qu’amener à un enrichissement mutuel conduisant les individus à mieux vivre ensemble les difficultés de ce monde.

Je ne vous cache pas mon découragement quant aux résultats de ma recherche de guide évangélique sur Paris. J’imagine que les pasteurs auxquels vous pensez sont des hommes exceptionnels mais comme vous le dites mon ami est très attaché au périmètre du culte évangélique, de ce fait je crains qu’il n’accorderait aucun credit à une personne extérieure au contexte de son église.

Mise à part la situation dans laquelle je me trouve mon intérêt pour le texte biblique est sincère et fondée. De ce fait, si vous pensez à des passages susceptibles d’ouvrir des perspectives quant à la possibilité d’une relation entre chrétien et non croyante je serai ravie si vous acceptiez de le partager avec moi.

Sincèrement merci,
Cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Je ne pense pas qu’une bataille de versets, arrachés de leur contexte, soit un sport intéressant, mais néanmoins, voici trois exemples de passages pouvant amener à une ouverture sur cette question. Mais quand on désire être rigoriste, on y arrive toujours, bien sûr. Comme moi-même me débrouille toujours pour interpréter les textes d’une façon ouverte. Cela révèle que la question est dans la démarche, dans l’esprit, dans la mentalité, dans le logiciel, pas dans les versets. Nous avons les mêmes.

  • Luc 7:9 -> Jésus célèbre la « foi » d’un centurion romain, un homme qui est nécessairement obligé d’adorer l’empereur de Rome et de lui rendre un culte comme à un Dieu. Cela questionne sur ce que Jésus entend par « avoir la foi », non ? En tout cas ce n’est certainement pas une question de croyances ou de religion au sens étroit. La « foi » est ici une fidélité dans la façon d’être.
  • 1 Corinthiens 7:14 -> l’apôtre Paul, qui est par ailleurs souvent un redoutable moraliste (ce que Jésus n’était pas), écrit : « Le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le mari; autrement, vos enfants seraient impurs, tandis que maintenant ils sont saints. », donc contrairement à ce qu’avancent certains prédicateurs de la rupture des « fidèles » avec les personnes de l’extérieur (de leur église, les comparant à Bélial, aux ténèbres et à l’iniquité incarnés, merci pour ces personnes !), l’apôtre Paul n’est pas du tout pour empêcher le couple et les familles où un des deux parents serait athée.
  • 1 Jean 4:7-8,16 « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » Comment peut-on dire qu’une femme comme vous serait « athée » selon ce passage, l’amour, c’est à dire dans ce contexte le respect de l’autre, la bienveillance et le service de l’autre : cela vient de Dieu. Il y a donc une dimension de votre être qui est « née de Dieu, et qui connaît Dieu », non pas par le cerveau ni par la pratique d’église, mais viscéralement, par le cœur, par les actes. Jean connaît bien entendu la question de l’intégrisme dans la 2e partie, où des raisons de théologie et de religion étroite  viennent amener certaines personnes à juger une autre personne d’une façon péjorative.
Bonne route.

par : pasteur Marc Pernot

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