L’invitation de Jésus à tendre l’autre joue soulève souvent l’incompréhension, voire le rejet. Cette analyse propose de dépasser une lecture littérale risquée pour découvrir un outil de discernement éthique. En explorant le contexte de cette parole, Marc Pernot met en lumière une voie vers une réaction créatrice de paix, capable de désarmer la violence sans pour autant l’autoriser.
Question posée : Comment interpréter « si l’on te donne une gifle sur la joue droite, tends la joue gauche ? » Merci.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir, C’est une très très bonne question que vous vous posez, et vous tenez ainsi la réponse en la posant, à mon avis.
Comprendre le passage de l’Évangile selon Matthieu
Comment comprendre ce passage essentiel où Jésus dit solennement à ses disciples :
« Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. « Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. » »
(Matthieu 5:38-41)
Le danger d’une lecture littérale de la Bible
Comment appliquer ce commandement de Jésus ? C’est bien entendu impossible à appliquer concrètement, car comment « ne pas résister au méchant » ? Ce n’est pas un modèle de société. Comment pourrait-on laisser les pédophiles continuer à violer des enfants, comment laisser des gangsters agresser des banques et des grands-mères, comment laisser des terroristes et des tyrans tuer des innocents sous leurs balles, leurs couteaux et leurs bombes ???
Pour appliquer à la lettre ce verset, faudrait-il donner un enfant de plus au pédophile, la clef du coffre au gangster, des armes aux fous furieux ??? Évidemment non. Cela montre qu’il ne devrait pas être possible de lire la Bible au pied de la lettre. D’autant plus qu’il ne s’agit pas ici d’un petit verset perdu au fond du Lévitique ou du livre des Proverbes, mais d’un passage très clair de Jésus lui-même, du Christ lui-même ! Et le Christ insiste sur l’importance de ce qu’il dit alors.
Les conséquences d’une interprétation erronée
Parfois, cela n’a pas de conséquence de lire la Bible n’importe comment. Mais là, si l’on lit ce texte comme un commandement à prendre littéralement, cela peut donner des souffrances infinies et des morts. Tant et tant de femmes, en particulier, ont été victimes d’une lecture littérale de cette phrase de Jésus ! Hélas. Surtout que ce genre de maltraitance va bien trop souvent jusqu’à la mort de la victime. Littéralement.
Par conséquent, le chrétien doit parfois combattre pour plus de justice, il doit parfois avoir des paroles et des gestes prophétiques pour résister au méchant, pour le fuir au lieu de tendre l’autre joue, pour arrêter d’excuser des actes de maltraitance. Bien sûr.
La parole de Jésus comme outil de discernement
En réalité, cette phrase de Jésus n’est absurde que quand on la lit comme une réponse, et encore pire, quand on la lit comme un commandement. Cette parole est par contre absolument passionnante quand on la prend comme une question que l’on peut se poser soi-même quand on est agressé. Ou quand on se rend compte qu’il y a « un méchant » en nous-mêmes, que c’est une part de notre être.
C’est vrai qu’il existe des moments où la meilleure réponse est de ne pas répondre à l’offense (par exemple, si un ami nous injurie subitement alors qu’il est habituellement un véritable ami : on peut comprendre que sa méchanceté du moment est plus un symptôme de sa souffrance et qu’il est bon de l’aider plutôt que de riposter). Mais si c’est un violeur qui cherche à agresser notre famille, bien entendu qu’il faudra résister. Et entre ces deux extrêmes, il existe tous les cas de figure. La Bible est à prendre ainsi comme un trésor de questions à se poser, non comme un code de lois auquel Dieu nous demanderait de nous soumettre.
Vers une éthique de réconciliation et de paix
Le sens spirituel de ce passage n’est donc pas une lecture matérielle, mais la lecture littérale de ce texte est de le considérer comme une invitation que nous offre Jésus à nous poser des questions, de sorte que nous puissions arriver au-delà de notre première impulsion naturelle, et avoir ainsi un comportement créateur de vie, de réconciliation, de paix. De plus grand bien. Ce n’est certainement pas en laissant le mal avoir le champ libre. Au contraire, c’est en le réduisant le plus possible, en le surmontant par du bien.
Certes, c’est difficile. Mais Jésus conclut ce passage en disant que nous n’y arriverons qu’en nous laissant engendrer par Dieu qui, lui, arrive effectivement à aimer ses ennemis, bénir et faire du bien à ceux qui le maltraitent et le maudissent. C’est dans la mesure où nous sommes un peu enfantés par ce souffle que nous pourrons obéir à ce commandement, et à cet autre commandement que Jésus met en conclusion et qui est tout aussi impossible à lire « au pied de la lettre » : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5:48).
Application concrète dans la vie quotidienne
Donc, en vous posant des questions : mais que veut dire Jésus ? Vous entrez déjà dans une juste observation de ce qu’il nous propose de vivre à sa suite. Comment l’appliquer dans ma situation ? Vous appliquez effectivement son invitation à vous poser des questions devant Dieu, à discerner par nous-mêmes, puis à faire ce qu’il vous semblera le mieux.
Ce genre de réflexion peut effectivement vous préparer à être génial, avec une réaction très juste, dans un moment inattendu. Par exemple, si votre adorable grand-mère que vous aimez énormément devient tout à coup méchante, au lieu de céder au réflexe de combattre ou de fuir cette agression, peut-être que la conduite que vous arriverez à adopter est de vous dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas pour votre grand-mère et qu’il vaut mieux réagir différemment, chercher ce qui ne va pas et l’aider quand ce sera possible, alors qu’une réaction violente de votre part aurait encore augmenté son malheur et donc celui de son entourage…
Dans un sens, c’est alors effectivement une autre joue que vous présentez : vous changez votre façon de voir la méchanceté de la grand-mère pour y reconnaître sa peine. C’est ainsi que le Christ est génial, avec ses paroles provocantes, dérangeantes, ses paraboles et ses gestes significatifs… Cela nous ouvre des pistes, nous donne un idéal infini sans que cela soit culpabilisant (personne ne peut nous en vouloir de ne pas être parfait, pas même nous). Et avec de tels commandements dans la bouche de Jésus, à moins de le vouloir vraiment, il ne devrait pas être possible de lire la Bible « au pied de la lettre », impossible de la lire sans se poser des questions, impossible de l’interpréter en prétendant avoir la seule et unique lecture possible… Et cela aussi est une grâce.
À condition de lire ces textes avec intelligence et avec le souffle de Dieu pour nous aider à ne pas faire trop n’importe quoi. Pour plus de détails sur ce texte biblique passionnant, voir cette prédication.








L araméen de la Pshytta donne : si quelqu’un te frappe sur la bouche, approche toi autrement. Là on comprend tout…
Où avez-vous trouvé cette information intéressante, si elle se confirmait.
Ce que je trouve dans l’interlinéaire araméen-anglais donne le même texte dans la Peshitta que celui de notre version en grec : https://dukhrana.com/peshitta/msviewer.php?ms=4&id=15