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Semaine de Pâques 8 – La vie plus forte que tout : Marie-Madeleine et Paul Ricœur (Jean 20:1-18)

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Cette vidéo propose une réflexion sur la résurrection perçue non comme un retour au passé, mais comme un éveil intérieur. En croisant le récit biblique de Marie-Madeleine avec la philosophie de Paul Ricœur, il met en lumière cette « réserve de sens » qui permet à la vie de surgir au-delà des épreuves.


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La résurrection : un fait historique et une expérience de vie

Aucun des quatre évangiles ne montre le Christ en train de ressusciter. Ce que les évangiles rapportent, c’est le fait que le Christ est ressuscitant, c’est-à-dire qu’il rend plus vivants ceux qu’il touche.

Un constat historique

Cela, c’est un fait historique. Jésus est mort crucifié en l’an 30 ou 33, presque tous les historiens sont d’accord là-dessus. Après cette fin piteuse, ses disciples auraient dû naturellement abandonner cette voie, mais c’est le contraire qui est arrivé historiquement. En quelques dizaines d’années, cette vie en Christ se répand comme une traînée de poudre. Elle déborde le cadre du judaïsme pour se développer dans tout l’Empire romain. Il s’est passé quelque chose.

Marie-Madeleine : l’expérience du manque et de l’éveil

C’est une femme, Marie-Madeleine, une des disciples les plus avancées de Jésus, qui va vivre en premier cette expérience, révélant la puissance de vie qui est en Christ. Voilà ce qui lui arrive en quelques mots.

Le dimanche de Pâques, elle se rend au tombeau de Jésus, c’est un acte de mémoire affectueuse. Elle se rend compte qu’il n’y a plus rien dans ce tombeau, plus rien qui vaille, rien de cette vie débordante de vie qu’est en Christ.

Les questions qui font avancer

Alors des anges, c’est-à-dire Dieu au fond d’elle-même, lui posent ces questions : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » (Jean 20:13, 15)

C’est un questionnement profondément intérieur et philosophique. Sans ce questionnement, il me semble qu’il est presque impossible d’avancer dans la vie. Quel est mon manque ? Qu’est-ce que je cherche en réalité dans ma vie ? Qui est-ce que je cherche ?

Dans ce questionnement intérieur, Marie reçoit une première impulsion de vie qui ne lui impose rien, mais qui l’invite à creuser au fond d’elle-même, à s’ouvrir, à chercher.

Le contact spirituel

Une seconde impulsion de vie vient quand Christ l’interpelle : « Marie » (Jean 20:16). Elle se sent ainsi connue, reconnue personnellement alors qu’elle commence juste à chercher. C’est ce qui finit de la ressusciter en Christ.

Pourquoi « éveil » est le mot juste

Mais ce mot « ressusciter » est peut-être mal traduit, car le « re » de « ressusciter » fait penser à un retour à la vie, alors que les évangiles parlent plutôt d’être éveillé quand nous sommes assoupis, d’être mis debout alors que nous sommes au ras des pâquerettes.

C’est ce qu’a vécu Marie-Madeleine. Les quatre évangiles nous disent qu’elle est la première. Le Christ fait alors d’elle l’apôtre des apôtres, chargée de partager cette expérience spirituelle avec les autres afin qu’ils aient une chance de s’éveiller à leur tour. C’est cette puissance de résurrection et de vie qui nous parvient aujourd’hui à travers les siècles.

La philosophie de la surabondance selon Paul Ricœur

Le grand philosophe Paul Ricœur analyse cette notion de résurrection mais en termes existentiels. Il parle de surabondance. Oui, la mort, la souffrance, le désespoir semblent être un point final dans notre existence. Pourtant, et Paul Ricœur en sait quelque chose personnellement, la vie a une réserve de sens qui dépasse même ces réalités.

Imaginez pour illustrer cela une réserve d’eau dans laquelle on puise encore et encore par la souffrance, la mort, le désespoir. Normalement, le niveau d’eau doit baisser jusqu’à même s’épuiser. Mais si on observe que le réservoir se remplit plus vite qu’il ne se vide, c’est sans doute qu’il y a une réserve, une source profonde à l’intérieur. La vie humaine est ainsi, nous dit Paul Ricœur.

Le « malgré tout » et la source infinie de sens

Il ne nie pas qu’il y a des choses terribles dans la vie. La résurrection n’est pas un effacement de ces épreuves, mais un dépassement. La résurrection est un « oui, mais pourtant », un « malgré tout ». C’est pour Paul Ricœur une expérience personnelle et philosophique.

La destruction est limitée, alors que la réserve de sens est infinie. Cela nous révèle qu’il y a une source profonde dans notre être et c’est ce dont parle en réalité ce mot mystérieux de résurrection. Sur notre vie aujourd’hui, une aube se lève en Christ. Alors, joyeuses Pâques à vous.

pasteur Marc Pernot

Cette méditation est la n° 8/8 de la série de méditations bibliques spirituelles et philosophiques pour la semaine de Pâques.

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Un commentaire

  1. Pascale dit :

    Cher Marc,
    Grand merci pour cette série de méditations, il faudra un peu de temps pour explorer les ouvertures que vous proposez. Pour ma part, elles ont à nouveau fait évoluer ma façon de considérer ces récits de la Semaine Sainte. Une des difficultés de ces textes si particuliers que sont les Évangiles réside dans cet entrecroisement de faits historiques, de réflexions sur la vie et d’expériences spirituelles. Vous savez si bien tirer profit de cette symbiose !

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