Au soir de sa vie, Jésus pose des gestes qui constituent son testament spirituel. Entre le lavement des pieds et le partage du pain, ces actes offrent une théologie concrète et une éthique du soin. En dialoguant avec les pensées de Kierkegaard et de Spinoza, cet article met en lumière la portée philosophique de ces récits pour notre propre démarche aujourd’hui.
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Au soir de sa vie, Jésus pose des gestes qui constituent son testament spirituel. Entre le lavement des pieds et le partage du pain, ces actes offrent une théologie concrète et une éthique du soin. En dialoguant avec les pensées de Kierkegaard et de Spinoza, cet article met en lumière la portée philosophique de ces récits pour notre propre démarche aujourd’hui. Il y a des points communs et des différences entre les récits que nous avons de la dernière soirée que Jésus a passée avec ses disciples. Je vous propose de prendre les récits de Matthieu et de Jean puisque, eux, étaient effectivement à cette soirée. Dans les deux récits, Jésus pose un geste qu’il accompagne de quelques paroles. C’est là son testament spirituel, c’est la dernière chose qu’il apporte à ses disciples. Il me semble qu’il y a là déjà un point important pour comprendre ce que nous offre Jésus. La façon dont il agit, ses gestes, est encore plus importante que les paroles qu’il dit. Et à travers les deux, Jésus nous offre une théologie, une image de Dieu, une philosophie, une éthique : cela nous apporte énormément. Mais Jésus : ce n’est pas seulement un enseignement, c’est aussi une action humble et concrète, un soin à recevoir personnellement et puis c’est aussi une inspiration pour faire de même. Prenons d’abord l’évangile selon Jean, le geste que Jésus apporte est de laver les pieds de ses disciples. C’est un geste parlant. C’est d’abord une attention concrète, personnelle à chacun. Jésus se fait son serviteur ou même sa petite servante, dans un certain sens. Il y a là une théologie : Dieu fait tout pour nous aider. Il y a là une éthique qui nous appelle à l’attention à l’autre, au soin de l’autre. Et puis il y a une philosophie de vie : ce qui donne du sens à notre vie. Mais ce geste de Jésus n’est pas seulement pour nous un message ou de l’histoire ancienne, c’est une invitation à vivre cet épisode qui est dans l’évangile comme si nous étions contemporains de Jésus, de Matthieu, de Jean. C’est ce à quoi nous invite le philosophe Kierkegaard. Il s’agit donc de recevoir nous-mêmes les soins que Jésus apporte. Les pieds évoquent bien sûr notre contact avec le monde et puis notre démarche en ce monde, par conséquent, laver les pieds signifie une aide concrète à embellir, à purifier notre contact avec ce monde et notre démarche. Ce geste de Jésus, nous pouvons vraiment le recevoir dans la foi. Cela veut dire que, quel que soit ce que nous sommes, ce que nous avons fait, ce que nous faisons, l’important est de toute façon de prendre soin de notre démarche maintenant et d’avancer. À l’image du Christ, cela nous invite à l’action, c’est-à-dire à chercher quel geste nous pourrions trouver en faveur d’une personne qui est à côté de nous, à montrer à cette personne qu’elle est importante et puis peut-être à arriver ou à essayer en tout cas de l’aider à avancer à sa façon, mais d’une belle façon dans la vie. Matthieu, lui, dans son témoignage, rapporte que Jésus a eu ce geste de donner du pain et du vin à ses disciples et qu’il dit en donnant le pain : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. » Et nous avons là en quelque sorte le mode d’emploi de l’évangile du Christ. Il faut le prendre, l’assimiler, le déconstruire même en le mâchant et que ça nourrisse notre être. Au total les deux gestes, celui que rapporte Jean et celui que rapporte Matthieu, se complètent. Le lavage des pieds insiste sur notre démarche personnelle en ce monde, le pain et le vin qu’offre Jésus évoquent une nourriture et une joie qu’il nous apporte justement dans cette avancée. Ce geste de purification de soin de notre démarche me fait penser à Baruch Spinoza, un philosophe du XVIIᵉ siècle très attachant et qui a été comme Jésus persécuté pour ses idées trop libres. Spinoza nous appelle à passer des passions tristes (la peur, la culpabilité et la haine) aux affections joyeuses, à passer de la servitude à la liberté. C’est comme nettoyer notre démarche en ce monde, selon Spinoza. Pour lui ça passe par un effort personnel de compréhension, de philosophie, c’est normal, c’est son métier. L’Évangile du Christ aussi nous appelle à mieux avancer à travers son enseignement qui est d’ailleurs génial. Mais il y a en plus, en Christ, un service de Dieu directement, un service tendre et concret pour nourrir et purifier notre avancée dans notre vie. Donc c’est un soin comme extérieur qui vient de Dieu, et c’est aussi comme un souffle à l’intérieur qui est Dieu en nous. Cela nous invite également à un soin mutuel parce que parfois c’est quelqu’un qui sera comme envoyé de Dieu pour prendre soin de nous et parfois c’est nous qui pourrons prendre soin d’une personne.
Le testament spirituel de Jésus
Un geste plus fort que les paroles
Dans l’Évangile selon Jean : le lavage des pieds
Dieu à genoux devant nous
Être contemporain de Jésus
Purifier notre démarche dans le monde
Quel geste concret pour quelqu’un ?
Dans l’Évangile selon Matthieu : la nourriture offerte
Prenez, mangez : le mode d’emploi de l’Évangile
Deux gestes qui se complètent
Comparaison avec Spinoza
Spinoza et le Christ : de la servitude à la liberté
Un soin qui vient de Dieu, un souffle à l’intérieur
Prendre soin les uns des autres
- ➙ méditation suivante : 6/8 –




