Illustration de Jean 12:24 dans le style des enluminures - Gémini
Actualité - opinion

Semaine de Pâques 3 – Vivre, c’est évoluer : la philosophie du grain de blé (Jean 12:24)

1x
100%

L’existence humaine s’éclaire à la lumière d’une métaphore végétale : celle du grain de blé qui doit se transformer pour porter du fruit. Loin d’être un appel au renoncement, cette dynamique révèle que la vie véritable réside dans le mouvement, l’évolution et la fidélité au changement, à l’image d’un Dieu lui-même en devenir.


🎥 Regardez la vidéo :

 

 

🎧 Podcast audio

 

Jésus parle de sa mort

Tout dans l’évangile de Jésus-Christ est pour nous amener à vivre et à vivre plus intensément encore. Pourtant dans cette histoire, quand Jésus entre dans Jérusalem pour la Pâque, on sent bien qu’il va mourir, il le devine bien sûr. Mais ce n’est pas la mort qu’il choisit, la mort, elle vient de ceux qui, autour de lui, refusent qu’il soit source de changement dans leur monde.

La parabole de la transformation

Alors Jésus explique cette démarche avec une courte parabole, il nous dit : « je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. »(Jean 12:24)

Il me semble que cette image est parlante effectivement, le grain de blé il disparaît dans la terre mais c’est pour donner une jeune pousse vivante et féconde. Avec cette image, donc, Jésus ne nous appelle pas à la mort, au contraire, bien sûr.

Que nous dit alors cette petite parabole ? Il nous invite à accepter de changer, de transformer notre être. Effectivement, il y a une partie de notre être qu’il serait bon de voir mourir aujourd’hui, mais pour qu’elle soit transformée en une dimension de nous-mêmes plus vivante et plus féconde. Que quelque chose de sec en nous meure pour devenir plus vivant encore, pour devenir cette jeune pousse féconde et vivante qui s’élève.

Le testament spirituel de Jésus : la vie est cheminement

Cette idée Jésus le dit autrement, c’est peut-être plus facile à comprendre pour nous aujourd’hui, il le dit d’une manière plus intellectuelle comme un enseignement juste quelques heures avant d’être arrêté pour être exécuté. Il dit à ses disciples que, lui, il incarne « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14:6). Ce verset est un des plus connus de la Bible.

Il nous dit ainsi que la vraie vie est cheminement, elle est mouvement, que la mort est immobile. Cette transformation à laquelle il nous appelle, c’est pas une négation de notre être, au contraire.

Le concept d’Emet (fidélité dans le mouvement de la vie)

Mais le mot qui est traduit là par vérité, ça semble être une vérité figée, éternelle. Au contraire, ce mot traduit le concept hébreu de émet (אֱמֶת), de fidélité . Une fidélité justement à travers le mouvement de notre vie.

Donc la vie vivante, elle est en évolution certes, mais c’est

  • dans une fidélité à nous-mêmes. À nous-mêmes comme le grain de blé est fidèle à la jeune pousse.
  • Et c’est une fidélité aussi à Dieu parce que Dieu est créateur de la vie, il est donc sans cesse source de nouveauté de vie.

La philosophie du mouvement

Cette dynamique du grain de blé, elle reprend l’une des plus anciennes philosophies grecques avec Héraclite en 500 avant Jésus-Christ.

Il nous dit que ce n’est pas ce qui est immuable qui dure vraiment, c’est au contraire ce qui est mouvement. Il donne comme image un fleuve. Le fleuve demeure à travers même le changement permanent de l’eau qui le constitue, alors qu’une eau stagnante, elle est morte et elle pourrit.

Un Dieu lui-même en devenir

Plus proche de nous au 20ᵉ siècle avec Whitehead et sa théologie du procès, il pense que Dieu est lui-même en devenir, qu’il est en évolution. Dieu n’est pas une perfection immobile, immuable et morte.

Et effectivement c’est finement observé parce que la Bible elle donne ce nom pour Dieu, ce nom sacré Yahvé, Yod He Vav He en hébreu (YHWH יהוה). C’est une curieuse construction hébraïque qui se traduit littéralement : « celui qui est, qui était et qui vient ». C’est cette traduction qui est donnée par Jean dans son livre de l’Apocalypse 1:8.  « Celui qui est, qui était et qui advient ». Dieu est lui-même en devenir, il est vivant. Mais nous, dans notre fragilité, nous avons tendance à chercher la stabilité. Bah c’est une mauvaise idée parce que vivre c’est évoluer.

Vivre, c’est nous investir en ce monde comme le grain de blé en terre pour donner une pousse vivante. Vivre, c’est nous engager en faveur de la vie, créateur de vie, de nouveauté, comme Dieu lui-même est créateur de vie et est le Dieu vivant.

Vivre, c’est choisir de chercher encore de la nouveauté, de nous poser des bonnes questions, de nous investir dans ce changement, de réviser encore et encore notre point de vue pour l’affiner, le faire évoluer. Choisir de réviser notre façon d’être, notre inspiration, qu’elle soit plus féconde, plus profonde, plus élevée. Vivre, c’est évoluer, c’est ça aimer la vie, la vie vivante avec le Dieu vivant.

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *