
Miracles Bibliques 1/4 : La mer comme un passage – comment faire face au chaos ?
Conférence par Marc Pernot
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L’Exode des Hébreux hors d’Égypte
Livre de l’Exode, chapitre 14
L’Éternel dit à Moïse : Pourquoi cries-tu vers moi ? Parle aux Israélites et qu’ils se mettent en marche. 16Toi, lève ton bâton, étends ta main sur la mer et fends-la ; les Israélites entreront au milieu de la mer à sec. 17Quant à moi, je vais endurcir le cœur des Égyptiens, pour qu’ils y entrent derrière eux ; je serai glorifié par le moyen du Pharaon et de toute son armée, de ses chars et de ses cavaliers, 18et les Égyptiens reconnaîtront que je suis l’Éternel, quand j’aurai été glorifié par le moyen du Pharaon, de ses chars et de ses cavaliers.
19Le messager de Dieu qui allait devant le camp d’Israël, partit et alla derrière eux ; et la colonne de nuée partit de devant eux et se tint derrière eux. 20Elle se rendit entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël. Elle était nuée et ténèbres, elle éclairait la nuit. Ils ne s’approchèrent pas les uns des autres pendant toute la nuit.
21Alors Moïse étendit sa main sur la mer ; l’Éternel refoula la mer toute la nuit par un puissant vent d’est ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. 22Les Israélites entrèrent au milieu de la mer à sec, et les eaux furent pour eux une muraille à leur droite et à leur gauche. 23Les Égyptiens les poursuivirent ; et tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers entrèrent après eux au milieu de la mer. 24Pendant la veille du matin, l’Éternel regarda de la colonne de feu et de nuée le camp des Égyptiens et mit en désordre le camp des Égyptiens.
Le cantique de la mer (Exode 15)
Alors Moïse et les Israélites chantèrent ce cantique à l’Éternel. Ils dirent :
Je chanterai à l’Éternel, car il a montré sa souveraineté ;
Il a jeté dans la mer le cheval et son cavalier.
2L’Éternel est ma force et l’objet de mes cantiques,
Il est devenu mon salut.
Il est mon Dieu : Je veux lui rendre hommage.
Il est le Dieu de mon père : je l’exalterai….
Hannah Arendt
les miracles, qu’ils soient accomplis par des hommes ou par un agent divin, doivent toujours
être :
- des interruptions d’une succession naturelle d’événements d’un processus automatique
- dans le contexte desquels ils constituent la chose totalement inattendue.
Commencements de création : comme un chaos marin
Dans la mythologie babylonienne, déjà, la mer est une figure du chaos, figurée par la déesse Tiamat, mère de tous les vivants. Elle est parfois représentée par un monstre marin. Le mot « abîmes » en hébreu tehom (תְּהוֹם) dérive du nom de Tiamat.
Genèse 1 :1-3
Dans un commencement, Dieu créa le ciel et la terre. 2La terre était chaos et vide ; et des ténèbres à la surface de l’abîme, et le souffle de Dieu se mouvant à la surface des eaux. Dieu dit : que la lumière soit ! Et la lumière fut.
(traduction de l’hébreu, voir NBS)
Théogonie d’Hésiode (VIIIe s. avant IX)
Donc, au commencement, fut Chaos, et puis la Terre au vaste sein et le Tartare sombre dans les
profondeurs de la vaste terre, et puis Amour, le plus beau des immortels, qui baigne de sa
langueur et les dieux et les hommes, dompte les cœurs et triomphe des plus sages vouloirs. De
Chaos naquirent l’Érèbe (souterrain) et la sombre Nuit…
(traduction du grec ancien)
Métamorphoses d’Ovide (1)
Avant la formation de la mer, de la terre, et du ciel qui les environne, la nature dans l’univers n’offrait qu’un seul aspect; on l’appela chaos, masse grossière, informe, qui n’avait que de la pesanteur, sans action et sans vie, mélange confus d’éléments qui se combattaient entre eux. Aucun soleil ne prêtait encore sa lumière au monde; la lune ne faisait point briller son croissant argenté; la terre n’était pas suspendue, balancée par son poids, au milieu des airs; l’océan, sans rivages, n’embrassait pas les vastes flancs du globe. L’air, la terre, et les eaux étaient confondus : la terre sans solidité, l’onde non fluide, l’air privé de lumière. Les éléments étaient ennemis; aucun d’eux n’avait sa forme actuelle. Dans le même corps le froid combattait le chaud, le sec attaquait l’humide; les corps durs et ceux qui étaient sans résistance, les corps les plus pesants et les corps les plus légers se heurtaient, sans cesse opposés et contraires.
Un dieu, ou la nature plus puissante, termina tous ces combats, sépara le ciel de la terre, la terre des eaux, l’air le plus pur de l’air le plus grossier. Le chaos étant ainsi débrouillé, les éléments occupèrent le rang qui leur fut assigné, et reçurent les lois qui devaient maintenir entre eux une éternelle paix.
(traduction du latin)
Jonas : jusqu’au fond du fond
Jonas est jeté à la mer
L’Éternel fit intervenir un grand poisson pour engloutir Jonas, et Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits. 2Jonas, dans les entrailles du poisson, pria l’Éternel, son Dieu. 3Il dit :
Dans ma détresse, j’ai invoqué l’Éternel,
Et il m’a répondu ;
Du sein du séjour des morts
J’ai appelé au secours,
Et tu as écouté ma voix.
4Tu m’as jeté dans un bas-fond au cœur des mers,
Et les courants d’eau m’ont environné ;
Toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi.
5Et moi je disais :
Je suis chassé loin de tes yeux !
Mais je contemplerai encore ton saint temple.
6Les eaux m’ont couvert jusqu’à la gorge,
L’abîme m’a enserré,
Des joncs se sont noués autour de ma tête.
7Je suis descendu jusqu’aux racines des montagnes,
Les verrous de la terre m’enfermaient pour toujours ;
Mais tu m’as fait remonter vivant du gouffre,
Éternel, mon Dieu !
8Quand mon âme était abattue au-dedans de moi,
Je me suis souvenu de l’Éternel,
Et ma prière est parvenue jusqu’à toi,
Jusqu’à ton saint temple.
9Ceux qui s’attachent à de vaines idoles
Éloignent d’eux la bienveillance.
10Pour moi, je t’offrirai des sacrifices avec un cri de reconnaissance,
J’accomplirai les vœux que j’ai faits :
Le salut appartient à l’Éternel.
11L’Éternel parla au poisson qui vomit Jonas sur la terre ferme.
Henri Bergson, Les deux Sources de la morale et de la religion (1932)
Une décision s’impose, l’humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu’elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d’elle. A elle de voir d’abord si elle veut continuer à vivre. A elle de se demander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir en outre l’effort nécessaire pour que s’accomplisse, jusque sur notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l’univers, qui est une machine à faire des dieux.
Une impulsion spirituelle avait peut-être été imprimée au début: l’extension s’était faite automatiquement… Or, dans ce corps démesurément grossi, l’âme reste ce qu’elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger.
D’où le vide entre lui et elle. D’où les redoutables problèmes sociaux, politiques, internationaux, qui sont autant de définitions de ce vide et qui, pour le combler, provoquent aujourd’hui tant d’efforts désordonnés et inefficaces: il y faudrait de nouvelles réserves d’énergie potentielle, cette fois morale.
Ne nous bornons donc pas à dire, comme nous le faisions plus haut, que la mystique appelle la mécanique. Ajoutons que le corps agrandi attend un supplément d’âme, et que la mécanique exigerait une mystique.
Les origines de cette mécanique sont peut-être plus mystiques qu’on ne le croirait; elle ne retrouvera sa direction vraie, elle ne rendra des services proportionnés à sa puissance, que si l’humanité qu’elle a courbée encore davantage vers la terre arrive par elle à se redresser, et à
regarder le ciel.
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