L’unité des chrétiens ne repose ni sur l’uniformité des rites ni sur la conformité des croyances, mais sur un appel de chacun. En explorant le texte de Paul aux Éphésiens, nous découvrons que l’Église se définit par un appel intérieur (Klesis) et par l’action de l’Esprit en chacun, invitant à un soutien mutuel et au respect de la liberté créatrice de chaque personne.
🎥 Regardez la vidéo :
(Voir le texte biblique ci-dessous)
prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Choulex pour la semaine de prière pour l’unité,
le dimanche 18 janvier 2026,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
Transcription de la Vidéo :
La vocation : premier fondement de l’unité
Qu’est-ce qui fait l’unité des chrétiens ? Plus largement, qu’est-ce qui unit un groupe de personnes, un couple, une famille, une commune ? Selon ce texte de l’apôtre Paul, c’est d’abord une vocation :
« Je vous exhorte à vous conduire d’une manière digne de votre vocation. » (v.1)
Il y a donc une vocation, un appel de Dieu à chaque personne. C’est un appel premier, avant même que nous ayons fait quoi que ce soit. Notre part est dans la suite. Paul nous explique qu’il serait bien que nous agissions en cohérence avec cet appel que Dieu nous a adressé à travers notre vocation personnelle.
C’est le point fondamental qui fait notre unité, selon Paul dans ce passage fondamental.
Église (Ekklesia) : l’appel à sortir de notre propre enfermement
D’ailleurs, le mot « Église » en grec, Ekklesia, ça ne veut pas dire littéralement « communauté », mais ça vient du mot traduit ici par vocation : Klesis, l’appel.
Le mot Église est composé de Ek (hors de) et Klesis (l’appel). L’Église, c’est l’ensemble des personnes qui sont appelées par Dieu à sortir de leur état d’enfermement, appelés par l’unique Dieu de tous et de chacun. L’unité est une conséquence de cet appel, même si nous sommes très loin les uns des autres, étant mis en route par la même voix, cela induit une dynamique de convergence.
Ce qui fait l’Église, c’est cet appel de Dieu pour chacune et chacun. Et donc, selon Dieu, tout le monde appartient à l’Église car Dieu aime chacun de ses enfants, il appelle chacun, c’est donc Lui, Dieu, qui est le centre, la voix, la force de convergence qui nous permet d’espérer de nous unir en paix.
Se supporter les uns les autres : humilité et amour
Paul développe ensuite les fruits de cet appel, dans la mesure où il est entendu. C’est son deuxième point qui, déjà, construit une unité visible, fonctionnelle :
« Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres avec amour. » (v.2)
Ce verbe « supporter » peut être compris dans les deux sens du terme :
- Supporter au sens de soutenir l’autre quand il faiblit, afin qu’il ne soit pas à terre. Avoir aussi l’humilité d’accepter ou de demander de l’aide quand nous-mêmes avons un problème.
- Mais aussi au sens de supporter l’autre quand il est pénible, quand il est méchant, car c’est alors qu’il faut l’aimer encore plus. S’il est pénible, c’est qu’il n’est pas trop en forme, Jésus nous dit qu’il faut alors l’aimer d’autant plus afin qu’il puisse se porter mieux (Matthieu 5:44)
C’est ce que nous voyons en Christ : il se place en serviteur pour nous soutenir, et il ne craint pas de s’approcher de nous quand nous sommes pécheurs, quand nous avons une mauvaise vie, pour nous aider à devenir meilleurs, à avancer.
L’unité dans l’Esprit par le lien de la paix
Qu’est-ce qui fait donc notre unité ? Il y a une troisième chose fondamentale que présente Paul dans le paragraphe suivant :
« Ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. » (v.3)
Fondamentalement, c’est l’Esprit de Dieu qui fait l’unité. L’Esprit, dans la Bible, c’est la dynamique de création de Dieu (Genèse 1:1). Paul nous dit que l’Esprit est « en tous » (v.6). L’Esprit, c’est donc une force d’évolution qui nous porte, qui nous appelle du meilleur fond de nous-mêmes. C’est donc là le moteur de notre unité.
Une unité qui ne repose pas sur des normes extérieures
Ce que dit Paul ici est assez subversif en réalité. Parce que nous pourrions, nous, à vues humaines, être tentés de construire une unité dans l’Église par un rempart de croyances, de pratiques et de rites fixant une norme unissant seulement les personnes qui sont à l’intérieur.
Mais comme le dit Paul, cela ne mettrait pas la paix dans notre cœur parce que cela ferait qu’une personne éloignée mais en marche par l’appel de Dieu se sentirait extérieure, hors jeu. Or, nos vies sont complexes et parfois cabossées (cela ne rebutait pas Jésus de considérer ces personnes comme faisant partie des siens), nous avons notre histoire et notre propre sensibilité, nos charismes personnels.
Cela ne mettrait pas la paix non plus entre les personnes, car nous aurions tendance à traiter d’autres comme étant de « mauvais chrétiens » dès qu’ils ont un doigt de pied qui sort du cadre.
Paul me semble dire que l’essentiel est que chaque personne soit appelée et que l’Esprit soit ainsi en chacun, que nous soyons sensibles à cet appel et donc en mouvement dans le bon sens, par l’Esprit. C’est ça qui compte, où qu’elle en soit dans son cheminement. Pour Paul, elle est déjà dans l’unité par l’Esprit par son appel, elle est unie en espérance.
C’est donc une unité par l’Esprit, une unité d’appel de Dieu et une unité d’inspiration.
Le corps du Christ : membres actifs, pas des cailloux dans un sac
Il existe ainsi « un seul corps » par l’Esprit, nous dit Paul. Comment est-ce que concrètement cela fait notre unité comme un corps ? L’Esprit porte des fruits en nous.
- Il nous fait reconnaître que Dieu est « au-dessus de nous tous », et donc que nous n’en sommes pas propriétaires.
- Dieu s’exprime en moi-même, et il s’exprime de fait « par tous », par les autres aussi. Chacun étant ainsi un reflet du Christ par l’Esprit Saint qui est en lui, en elle.
Cela peut nous inspirer de prendre soin de l’autre, de faire attention à l’autre car Dieu est en lui et il a aussi, lui, sa vocation dans le corps.
C’est ainsi que nous sommes des membres du corps du Christ.
« Membre » en grec se dit melos (membre d’un corps). C’est melos et pas meros, il ne faut pas faire une faute d’orthographe ! Parce que meros ce serait seulement une partie d’un ensemble comme des cailloux dans un sac, sans réelle interaction (cf. Marc-Aurèle, IIe siècle). Or, par notre vocation personnelle, par l’appel de Dieu et par l’Esprit qui nous inspire : nous avons un rôle actif dans le corps, pour soutenir les autres, et pour vivre selon notre appel, selon notre sensibilité nos talents, nos charismes.
C’est alors que nous ne sommes pas seulement des éléments posés les uns à côté des autres, mais que se construit une réelle unité par l’Esprit Saint en nous. Avec une Paix qui ne peut venir que du Christ, par l’Esprit.
Grâces soient rendues à Dieu.
Lettre de l’apôtre Paul aux Éphésiens 4:1-6
L’apôtre Paul : 1 Je vous exhorte à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : 2 ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; 3 ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. 4 Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. 5 Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, 6 un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous.










Merci pour cette prédication peut-être plus courte mais qui n’a rien perdu en densité.
L’unité des chrétiens, « C’est donc une unité par l’Esprit, une unité d’appel de Dieu et une unité d’inspiration. » […] « Comment est-ce que concrètement cela fait notre unité comme un corps ? L’Esprit porte des fruits en nous. ».
C’est éclairant, vraiment. J’associais d’abord cette idée d’unité à des idées précises qu’il aurait fallu défendre, à un minima en commun, un peu comme la confession de foi du Symbole des apôtres qui ne me parle pas énormément. Rechercher l’unité d’une communauté, ce n’est pas loin de définir les motifs d’une exclusion. Mais unité n’est pas identité alors que si les signes distinctifs devaient être extérieurs, ils seraient relatifs à tel ou tel groupe selon les régions, les cultures d’origine, les histoires, etc… l’unité serait rendue impossible par ces clivages indépassables. Il semble juste alors d’aller chercher ce principe unificateur derrière chacune de ces extériorités sans s’arrêter à la matérialité de telle phraséologie ou gestuelle, tel rite. Si je vous suis, on peut considérer ces différences comme les déclinaisons d’un même radical, d’un fondement sur lequel l’unité des chrétiens peut s’instituer : l’Esprit.
Cela m’a fait penser à un minuscule échange de deux lettres à l’intérieur de la correspondance de Spinoza, éclairantes sur ce qui peut faire l’unité des chrétiens, bien qu’elles n’aient pas été écrites dans cette intention. Elles pourraient servir peut-être de compléments. Je vous les joins plus bas.
La lettre adressée est celle d’un jeune homme, Albert Burgh, un ami de Spinoza et qui était un de ses disciples. Il est tombé dans l’idolâtrie et la superstition – d’après le philosophe – en se convertissant à une version outrancière du catholicisme. Pour Albert Burgh, l’unité des chrétiens s’entend au sens très très strict, suivant une orthodoxie et une orthopraxie bien définies, ce qui exclut une grande partie d’entre eux, notamment les réformés. Il s’en prend assez violemment aux idées de Spinoza qui ne cache pas dans sa lettre-réponse son amertume, sa déception, sa tristesse et même sa colère. Ce n’est pas que Burgh se soit converti au catholicisme qui dérange Spinoza puisqu’il fait remarquer en préambule – et heureusement – qu’on trouve des catholiques sages et vertueux, certains remplis d’érudition remarquable. Il n’ironise pas. C’est plutôt qu’il ait choisi une version extrême du catholicisme, finalement superstitieuse, alors qu’il fréquentait des courants religieux les plus libéraux de son époque et s’entretenait en bonne intelligence avec eux. Surtout on voit que cela produit sur Albert Burgh des fruits pas très aimables jusqu’à cesser toute relation avec sa famille et avec Spinoza.
Sous le coup du zèle des nouveaux convertis, le jeune homme prétend détenir une vérité sans laquelle il n’y a pas de salut. Si on met de côté sa véhémence et ses invectives, je trouve qu’il reste touchant dans sa conviction apparemment sincère et dans la vérité de plusieurs de ses propos. Il veut vraiment sauver Spinoza ! Même si on peut supposer que c’est pour se sauver lui-même, bien sûr. Mais il ne semble pas choqué que Dieu puisse envoyer quelqu’un rôtir en enfer ce qui semble bien contradictoire avec la longanimité qu’il lui confère : « Ne vous obstinez pas : car, si vous n’entendez pas l’appel de Dieu, sa miséricorde infinie vous abandonnera et vous serez livré, misérable victime, à la justice divine qui, dans sa colère, consume toutes choses.» On ne plaisante pas avec les dogmes, même dans la libre République des Pays-Bas.
Spinoza va essayer alors de le ramener à un point de vue simple et logique. Votre affirmation « L’Esprit porte des fruits en nous » y fait directement écho. Spinoza lui écrit :
« Le signe unique et très certain de la vraie foi catholique et de la possession véritable du Saint-Esprit, c’est, comme je l’ai dit avec Jean [Épître I, chapitre 4, verset 13 ], la justice et la charité : où on les trouve, le Christ est réellement, où elles manquent, le Christ est absent. Car nous ne pouvons être conduits à l’amour de la justice et de la charité que par l’Esprit du Christ. Si vous aviez pris la peine d’examiner droitement ces vérités, vous ne vous seriez pas perdu et vous n’auriez pas plongé dans la tristesse vos parents qui maintenant déplorent votre destin. »
Est-ce que Spinoza n’a pas pointé du doigt pour son interlocuteur le centre de l’évangile, l’unité dont vous parliez ? Elle se concrétise dans cette dynamique particulière qu’il replie, lui, sur la justice et la charité. Et il m’a semblé que vous disiez la même chose : « Chacun étant ainsi un reflet du Christ par l’Esprit Saint qui est en lui, en elle. ». Mais là est-ce que, comme Spinoza, vous n’élargissez pas trop car chacun est alors concerné quelle que soit son appartenance, qu’il en soit conscient ou non ? Le déploiement du sens de la justice peut bien dépendre des circonstances quant à sa formulation mais il semble que son intuition soit d’abord primaire et innée en chacun. On n’apprend pas le sens du juste ni du bien. Diriez-vous alors que cette intuition primordiale, « l’amour de la justice et de la charité », est celle de l’Esprit qui souffle en chacun ?
ps : la lettre de Burgh donne une mauvaise image du catholicisme (à contextualiser bien sûr), ce n’est mon intention, je pense que les lecteurs sauront faire la part des choses.
Voilà qui est excellentissime.
On est d’accord sur les formes extrêmes de toute confession, le sieur Burgh aurait pu choisir certains protestantismes ou certains judaïsmes que cela n’aurait pas été mieux, assurément. La citation de Spinoza est éclairante, toute cette lettre de Jean est à la fois libérale et pleine d’un beau mysticisme.
Mil mercis pour ce travail, cette recherche, ce partage si enrichissant.
Je ne connais pas suffisamment les autres religions . C’est à dire profondeur pour avoir une réflexion.correcte mais il me semble que cela ressemble étrangement à notre propre conviction
Oui, il y a un fond commun, en particulier la compassion (je pense), mais chacune a sa spécificité, et produit des effets différents sur le croyant. Cela rejaillit d’ailleurs dans la personnalité des pays qui ont telle ou telle religion majoritaire.
Bonsoir Homme de Dieu
J’aime sincèrement vos travaux.
Vos travaux m’édifient réellement vous êtes une source d’inspiration divine.