La colère de Jacob bénie comme dans une nuit de Noël (Genèse 32:22-33)

(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
Donnée par François Thollon-Choquet,
étudiant en théologie, pour le Noël de sa Fac

Lutte de Jacob avec l'ange, peinture de Rembrandt (1659)
Là normalement, c’est le moment où vous vous demandez « mais pourquoi ils sont allés chercher ce texte pour Noël ? ». En tous cas, c’est ce que je me suis dit quand il a fallu me mettre à rédiger quelques mots de méditation à vous partager.

Jacob est seul et c’est la nuit. Et rien ne semble indiquer que des anges aient pu chanter « gloria in excelcis Deo ». Pourtant, c’est bien à un ange que le livre du prophète Osée identifie le mystérieux adversaire, quand il écrit au chapitre 12 : Il lutta avec un ange et l’emporta. C’est donc que quelque chose de Dieu s’approche dans le combat de Jacob, quelque chose de plus grand que lui. Mais d’une grandeur qui n’empêche pas la rencontre avec l’humanité. Le verbe utilisé pour désigner le combat entre Jacob et l’inconnu est construit sur le mot qui signifie poussière : Un homme s’empoussiéra avec lui, traduit Lytta Basset. Un homme qui ne craint pas notre nature humaine, qui ne la regarde pas de haut. Comment alors ne pas penser à un autre visiteur de nuit qui trouve sa première couchette dans la poussière d’une mangeoire de Bethléem ? Jésus, dont nous célébrons la venue comme celle du Prince de la Paix.

Et il est bien question de paix dans notre histoire. Jacob s’en retourne vers le pays de ses pères. Il sait qu’en chemin, il rencontrera Esaü, son frère aîné, à qui il a arraché son droit d’aînesse et volé la bénédiction paternelle. Et, pour le dire crûment, il n’en mène pas large. Une fois de plus, il a essayé d’entourlouper son frère en lui faisant porter deux cents chèvres, vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers, trente chamelles laitières avec leurs petits, quarante vaches et dix taureaux, vingt ânesses et dix ânes. De quoi, pense-t-il, attirer sa clémence et adoucir son humeur. Une démarche qui relève plus du salut par les œuvres que d’un acte de confiance. Mais notre Jacob est ainsi : en lutte contre l’injustice fondamentale de sa vie – ou du moins ce qu’il vit ainsi : son père l’aime moins, sans doute parce qu’il est né le deuxième, agrippé au talon de son jumeau Esaü. De là, il sera nommé Jacob, le talonneur. Notons que ce n’est pas parce que Jacob veut faire cesser la guerre avec son frère que Dieu vient le rencontrer corps-à-corps. C’est bien plutôt parce qu’il n’est pas prêt à faire la paix. Jacob a besoin d’être secoué.

Et reconnaissons-le : nous sommes nombreux à porter un Jacob en nous. Ce Jacob peut nous donner de l’énergie, certes, nous faire nous lever. Mais ce Jacob peut aussi être une puissance de colère. Colère contre la famille et ses injustices, colère contre la société et ses règles archaïques… une colère épuisante et infructueuse, de quoi douter parfois de la bénédiction de Dieu. Étonnant, donc, que Dieu descende lui-même dans l’arène, à travers le personnage inconnu. Plus étonnante encore, la question : « Quel est ton nom ? ». à moins que Dieu ne veuille s’assurer que cette fois, Jacob ne mentira pas. Façon de demander « qui dois-je bénir ? qui dois-je bénir pour de vrai ? ». Comme si Jacob devait naître de nouveau, ou naître pour de bon. La colère, écrit encore Lytta Basset, « est à considérer comme un moteur capable de transformer une énergie potentiellement dévastatrice en cette violence de vie qui accompagne le processus de toute naissance. »

Et Jacob repart avec davantage que la bénédiction recherchée : il repart muni d’un nouveau nom : Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l’as emporté. Par ce nouveau nom, Dieu reconnaît le combat de Jacob, Dieu l’entend. Mais Jacob n’est plus seulement le combat. Il est aussi le combat remporté.

Et les enfants d’Israël à sa suite peuvent, sous le regard de Dieu, lutter pour la bénédiction en sachant que cette lutte n’est pas vaine. En Jésus-Christ qui vient parmi nous, les combats ne sont pas rendus caducs. Et, disons-le, les combats ne nous sont pas épargnés. Mais nous savons que la victoire réside en Celui qui est bénédiction et violence de vie. À Dieu soit la gloire. Amen.

Amen.

Texte de la Bible

Genèse 32:23-33

Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et il passa le gué du Yabboq.

24Il les prit et leur fit passer le torrent, puis il fit passer ce qui lui appartenait, 25et Jacob resta seul. Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu’au lever de l’aurore. 26Il vit qu’il ne pouvait l’emporter sur lui, il heurta Jacob à la courbe du fémur qui se déboîta alors qu’il roulait avec lui dans la poussière. 27Il lui dit : « Laisse-moi car l’aurore s’est levée. » – « Je ne te laisserai pas, répondit-il, que tu ne m’aies béni. »

28Il lui dit : « Quel est ton nom ? » – « Jacob », répondit-il. 29Il reprit : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l’as emporté. » 30Jacob lui demanda : « De grâce, indique-moi ton nom. » – « Et pourquoi, dit-il, me demandes-tu mon nom ? » Là même, il le bénit. 31Jacob appela ce lieu Peniel – c’est-à-dire Face-de-Dieu – car « j’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve ».

32Le soleil se levait quand il passa Penouël. Il boitait de la hanche. 33C’est pourquoi les fils d’Israël ne mangent pas le muscle de la cuisse qui est à la courbe du fémur, aujourd’hui encore. Il avait en effet heurté Jacob à la courbe du fémur, au muscle de la cuisse.

(Traduction TOB)

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