Jésus : « J’ai dit : Vous êtes des dieux.» (Évangile selon Jean 9)

Enregistrement audio de la prédication

(Voir le texte biblique ci-dessous)

lien vers la feuille de la prédication

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 29 août 2021,
par : pasteur Marc Pernot

peinture représentant Jésus guérissant l'aveugle - peinture anonyme du XVIIe
Ce texte de l’Évangile selon Jean est incroyablement subversif : il fait de nous des êtres divins, explicitement. Cela ne se voit pas toujours car les traductions en français semblent vouloir le cacher, c’est vrai que c’est comme un tabou pour certains théologiens de diviniser l’humain. Et je les comprends car c’est dangereux de se prendre pour Dieu, que ce soit individuellement ou collectivement en tant qu’église.

Quand l’ancien aveugle répond « c’est moi ! » (Jean 9:9), comme indiqué dans les traductions, cela parait banal. Or, c’est au contraire tout à fait spécial, car ce qui est traduit par « c’est moi » est une expression particulière, « ego eimi » en grec. C’est très significatif dans l’Évangile selon Jean qui est construit en alternant des « signes » (des miracles faits par Jésus), et des paroles où Jésus se présente en disant ce « je suis » (ego eimi) : « je suis le pain de vie », « je suis la lumière du monde », « le bon berger », « la porte des brebis », « la résurrection et la vie », « le chemin », « la vraie vigne ». Cette série de « je suis » de Jésus dresse son programme d’action pour nous aider à devenir humain. Cette série de « je suis » de Jésus culmine d’une certaine façon au chapitre 8, précédent juste l’épisode que nous lisons, quand Jésus se présente comme « je suis » tout court sans autre qualificatif (8:28 et 58).

Le « je suis » tout court de l’ancien aveugle fait manifestement écho à ce « je suis » de Jésus. C’est immense. Car dans la Bible Hébraïque, c’est Dieu qui s’appelle « je suis », comme il est dit dans le célèbre épisode du buisson ardent quand Moïse lui demande son nom, Dieu répond :

Je suis : « Je suis »,
c’est ainsi que tu parleras aux enfants d’Israël :
Celui qui s’appelle « Je suis » m’a envoyé vers vous.
(Exode 3:14).

D’ailleurs le nom même de Dieu, YaHWéH, vient de ce « Je suis», « j’étais et je serai ». C’est dire comme se qualifier soi-même de « Je suis » est assez gonflé, si je puis dire.

C’est déjà extraordinaire quand il est question de Jésus, bien que le prophète Jérémie appelle déjà le Messie attendu « je suis » : « Voici le nom dont on l’appellera : YHWH notre justice. » (23:6 et 33:16) C’est encore plus extraordinaire quand le texte nous montre un humain normal dire « je suis » comme nous le voyons ici, car cela fait de lui un être divin. Cela fait donc de nous personnellement un être divin car le lecteur de ce récit est invité à s’identifier à cet homme.

Voilà donc le programme, l’espérance de Dieu pour nous en Christ : faire de nous, individuellement, un être divin. Et faire de nous, collectivement, une équipe de co-créateurs & co-créatrices du monde avec Dieu, comme l’explique Jésus à ses disciples au début de l’histoire : « dès lors que nous voyons un peu clair, il faut que NOUS fassions les œuvres de celui qui m’a envoyé », Dieu. Cela apporte une vision intéressante du monde comme inachevé, encore en cours de genèse, Dieu travaillant sans cesse pour réduire le mal et insuffler la vie.

La divinisation de l’humain est particulièrement exprimée ici. C’est un thème très important depuis 2000 ans dans les églises orientales, qui parlent de théosis. Ce n’est pas inconnu dans les églises latines, mais avec toujours la crainte que l’humain se prenne pour Dieu à la place de Dieu comme dans l’épisode de Genèse 3 où c’est le type même du péché humain.

Il est clair que ni Jésus, ni Jean quand il écrit son livre, n’ignorent cela. Il est donc intéressant d’examiner le parcours de cet homme qui en arrive à dire, à juste titre « je suis ».

La première étape est un supplément de création.

Ce n’est pas une re-création comme s’il avait été abîmé, cet homme nous est présenté comme aveugle de naissance, donc comme un humain lui aussi inachevé et en cours de genèse. C’est donc ainsi que nous pouvons nous considérer, comme en cours de croissance, comme ayant à recevoir un supplément de création, un supplément de naissance (Jean 3), faisant de nous un humain augmenté. En fait : divinisé.

Là encore, le risque est de chercher à s’augmenter soi-même de façon maladroite, c’est ce qu’exprime le récit de la Genèse, ou le mythe d’Icare et ses ailes qui fondent au soleil. Un humain averti en vaut deux.

L’homme aveugle ne demande rien, c’est Jésus qui fait attention à lui et voit son manque. C’est Jésus qui fait de la boue en crachant par terre, en se baissant pour la ramasser, la pétrir et l’appliquer sur les yeux de l’aveugle. Dans cette culture pétrie de récits bibliques, on reconnaît tout de suite le chapitre 2 de la Genèse où Dieu crée l’humain à partir de la poussière du sol et de son souffle divin, son Esprit. Dans ce geste de Jésus, la salive incarne ce qui sort de sa bouche : sa parole et son souffle, l’Esprit. Son geste de cracher par terre évoque le fait qu’en Christ, Dieu vient à nous, descend jusqu’à nous, que sa Parole et son Esprit s’incarnent dans notre chair d’humain fait de l’humus de ce monde (Jean 1:12-14).

Jésus pétrit sa salive avec la poussière du sol pour en faire un moyen de création de l’être humain augmenté. C’est un geste inspirant. Ce monde est parfois jugé péjorativement par certains courants spiritualistes. Le geste de Jésus nous montre que ce monde est bon et même source de vie pour peu qu’on le pétrisse de Parole et de Souffle, de sens, d’amour, d’espérance, de foi. Le geste de Jésus n’est pas de l’ordre du spirituel pur, ni un simple soin matériel, le geste de Jésus pétrit les deux ensemble.

De cette boue, Jésus « oint » les yeux de l’aveugle. Le terme employé pour « oindre » ses yeux avec la boue fait littéralement de l’homme un « christ », une personne ayant reçue l’onction. C’est un geste de bénédiction et c’est comme un sacre lui disant qu’il est choisi pour une mission divine. C’est ce qui fait l’objet de la seconde étape où Jésus envoie l’homme loin de lui-même, le libère, l’autonomise pour qu’il se lave au réservoir de Siloé.

Cette seconde étape demande donc la participation de l’homme, alors que dans la première étape, où il reçoit ce geste de création et de sacre, l’homme est comme passif. Comment comprendre cela dans notre mission en tant que disciple du Christ ? Par exemple pour l’éducation d’un enfant, ce mélange de terre et de Parole, c’est ce que l’on appelle une belle éducation, faite de soins, évidemment, et aussi de sens, de valeurs, de culture, de théologie, de foi, d’amour qui s’incarnent dans la vie quotidienne. Et peut-être dans le fait de lui donner les clefs d’accès à la Bible et au questionnement théologique en lui offrant de recevoir une éducation religieuse. C’est ce qui lui donnera la liberté d’en faire ce qu’il en voudra ensuite dans un second temps, dans la 2nde étape, comme ici.

Offrir cette boue de poussière du sol et de Parole, c’est en quelque sorte ce que fait l’Église : elle ne donne pas la lumière, elle ne pense pas à notre place, elle nous aide à jeter seulement une Parole dans notre semaine, dans notre vie quotidienne, afin de pétrir ce monde d’Évangile, d’en oindre nos yeux pour nous aider à voir de nos propres yeux et même de pouvoir dire « je suis ».

C’est la première étape.

La seconde étape est un lavage

Car, même si la question n’est pas de savoir de qui ou de quoi vient le problème, il n’est pas impossible qu’il y ait un petit brin de ménage à faire dans notre être. Je parle pour moi.

Mais ce n’est même pas la question essentielle ici dans cette nécessité de passer par un lavage après la première opération donnée par Jésus faisant de nous un humain augmenté. Car toute la difficulté dans la divinisation de l’humain c’est que nous ne nous prenions pas ensuite pour Dieu à la place de Dieu, tentation que Jésus traverse lui-même au début de son ministère (Matthieu 4) : celle de mettre tout à notre service, le monde pour le dévorer, les gens pour en faire nos esclaves, et même Dieu.

C’est pourquoi une 2nde étape est indispensable après la 1ère :

Jésus dit à l’homme : Va te laver au bassin de Siloé
— ce qui se traduit « ayant été envoyé ».
L’homme partit donc et se lava, et devint voyant.

Si le texte insiste pour traduire le nom du bassin où l’homme doit se laver, c’est que c’est essentiel pour comprendre cette 2nde opération. Ce dans quoi l’homme augmenté doit se plonger volontairement, c’est dans le fait « d’avoir été envoyé », lui, personnellement. De quoi est-ce que cela nous lave, nous débarrasse ? de notre égocentrisme. De notre envie de tout ramener à nous. Cela nous dit que nous avons de quoi apporter quelque chose au monde, sans nous dire précisément quoi ni qui. Cela invite à le chercher. Et donc à ouvrir les yeux sur ce/ceux qui nous entourent. Cela change totalement la perspective. Le philosophe Lévinas a beaucoup travaillé cette question, il parle de passer de l’être à l’existence. Littéralement, « exister », c’est sortir de soi. C’est commencer à aimer au sens où Jésus voit l’homme en passant cet homme et se sent concerné par son manque. Exister, c’est se sentir appelé à faire quelque chose de soi pour le monde et donc lever les yeux pour regarder à l’entour. C’est ce que représente cette invitation à aller se laver régulièrement dans le réservoir de Siloé. L’église porte cette invitation, puisque ce terme même d’« église » signifie littéralement ceux qui sont « appelés hors de » par cette voix de Dieu qui nous appelle à exister.

C’est alors que l’homme peut avancer en voyant. Car il ne regarde plus seulement son nombril, ce qui n’était pas une posture très pratique pour avancer dans la vie sans se casser la figure. L’homme pourra tenir son rang d’humain debout, en osant dire en vérité « je suis », se sentant appelé à participer à sa façon au travail de Dieu pour créer un monde encore plus vivable.

« Vous êtes des dieux »

Jésus, n’a pas peur d’affirmer notre divinité, il la dit même plus clairement que sa propre divinité à lui. Dans le chapitre suivant, face aux opposants qui l’accusent de se faire l’égal de Dieu, ce qui n’est pas vrai, Jésus se dit « fils de Dieu » (Jean 10:33-36), et il commente le Psaume 86 qui dit « Vous êtes des dieux, tous, des enfants du Très-Haut. ».

Dire que nous sommes divins ne signifie pas pour autant que nous soyons Dieu, évidemment. D’ailleurs si Jésus et l’ancien aveugle disent « je suis » ego eimi, au présent (en cours de réalisation), le nom que Dieu se donne quand il se présente à Moïse c’est un « je suis » au participe présent (ὁ ὤν ≠ ἐγώ εἰμι). En effet, nous, nous sommes un être déjà divin, certes, mais comme un enfant, en devenir. Nous voyons, mais encore comme confusément dira Paul (1 Corinthiens 13). C’est pourquoi nous avons encore besoin de repasser par la boue et par Siloé.

Dans ce cheminement de divinisation de notre être, nous pouvons rencontrer deux obstacles que nous voyons incarnés dans deux groupes de personnages de ce récit qui s’opposent à ce que Jésus cherche à accomplir :

Il y a les disciples qui se demandent si après tout l’homme mérite qu’on l’aide ? C’est une perspective de jugement, tournée vers l’arrière, qui les empêche de se sentir « envoyés » par Dieu pour créer. Jésus leur fait remarquer que s’ils voyaient clair ils se sentiraient envoyés pour faire le travail de Dieu avec Dieu, car toute souffrance entre dans ce programme, quelle qu’elle soit.

Le second obstacle est la certitude religieuse et dogmatique des intégristes. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui est tellement certain de posséder déjà la vérité divine qu’il n’a pas besoin d’ouvrir les yeux. Le remède à cela est aussi de sortir un peu de soi-même en s’interrogeant sur ce que l’on observe.

L’homme, lui, s’en sort magnifiquement, tel qu’il est déjà, il est déjà assez grand pour dire « je suis », et pour dire que cela lui vient de Jésus, le salut de Dieu.

Amen.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Jean 9

Évangile selon Jean 9

1Alors qu’il passait, Jésus vit un humain aveugle de naissance. 2Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? 3Jésus répondit : Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est pour que les travaux de Dieu soient manifestées en lui. 4Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux travaux de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient où personne ne peut travailler. 5Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.

6Après avoir dit cela, Jésus cracha par terre et fit de la boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux de l’aveugle 7et lui dit : Va te laver au bassin de Siloé — ce qui se traduit « ayant été envoyé ». Il partit donc, se lava et il devint voyant.

8Ses voisins et ceux qui auparavant l’avaient vu mendiant disaient : N’est-ce pas là celui qui était assis à mendier ? 9Les uns disaient : C’est lui ! D’autres disaient : Non, mais il lui ressemble ! Lui-même disait « moi, je suis » ! 10Ils lui disaient alors : Comment tes yeux se sont ouverts ? 11Il répondit : L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : Va te laver à Siloé. J’y suis donc allé, je me suis lavé et j’ai retrouvé la vue. 12Ils lui dirent : Où est-il, celui-là ? Il répondit : Je ne sais pas.

13Ils l’amenèrent aux pharisiens celui qui avait été aveugle. 14— Or c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. — 15A leur tour, les pharisiens lui demandèrent comment il avait retrouvé la vue. Il leur dit : Il a mis de la boue sur mes yeux, je me suis lavé et je vois. 16Aussi quelques-uns des pharisiens disaient : Cet homme n’est pas issu de Dieu, puisqu’il n’observe pas le sabbat. D’autres disaient : Comment un homme pécheur peut-il produire de tels signes ? Et il y avait division parmi eux. 17Ils disent encore à l’aveugle : Toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? Il répondit : il est prophète.

18Les Judéens ne crurent pas qu’il avait été aveugle et qu’il avait retrouvé la vue, avant d’avoir appelé ses parents. 19Ils leur demandèrent : Est-ce là votre fils, dont vous dites qu’il est né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant ? 20Ses parents répondirent : Nous savons que c’est notre fils et qu’il est né aveugle ; 21mais comment il se fait qu’il voie maintenant, nous ne le savons pas, et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez âgé pour parler sur lui-même. 22Ses parents dirent cela parce qu’ils avaient peur des Judéens ; car déjà les Judéens s’étaient mis d’accord que si quelqu’un le reconnaissait comme Christ, il serait exclu de la synagogue. 23C’est pourquoi ses parents dirent : Il est assez âgé, interrogez-le.

24Les pharisiens appelèrent une seconde fois l’homme qui avait été aveugle et lui dirent : Donne gloire à Dieu ; nous savons que cet homme est pécheur. 25Il répondit : Je ne sais pas si c’est un pécheur, je sais une chose : j’étais aveugle et maintenant je vois. 26Ils lui dirent : Que t’a-t-il fait ? Comment est-ce qu’il t’a ouvert les yeux ? 27Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas entendu ; pourquoi voulez-vous l’entendre à nouveau ? Voulez-vous, vous aussi, devenir ses disciples ? 28Ils l’insultèrent et dirent : C’est toi qui es disciple de celui-là ; nous, nous sommes disciples de Moïse. 29Nous, nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-ci, nous ne savons d’où il est. 30L’homme leur répondit : Voilà bien ce qui est étonnant, que vous, vous ne sachiez pas d’où il est, alors qu’il m’a ouvert les yeux ! 31Nous savons que Dieu n’entend pas les pécheurs ; mais si quelqu’un honore Dieu et fait sa volonté, celui-là, il l’entend. 32Jamais encore on n’a entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. 33Si celui-ci n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. 34Ils lui répondirent : Toi qui as été engendré tout entier dans le péché tu nous fais la leçon ? Et ils le chassèrent dehors.

35Jésus entendit dire qu’ils l’avaient chassé dehors. Il le trouva et lui dit : Toi, as-tu foi dans le Fils de l’homme ? 36Il répondit : Qui est-il, Seigneur, pour que j’aie foi en lui ? 37Jésus lui dit : Tu l’as vu ; celui qui te parle, c’est lui. 38Alors il dit : J’ai foi, Seigneur. Et il se prosterna devant lui.

39Et Jésus dit : Moi, je suis venu dans ce monde pour un jugement : afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. 40Après avoir entendu cela, quelques pharisiens, qui étaient avec lui, dirent à Jésus : Nous aussi, nous sommes aveugles ? 41Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Maintenant vous dites « Nous voyons » et votre péché demeure.

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4 réponses

  1. Pascale dit :

    Passionnante et très enrichissante cette mise en lumière d’un détail (ego eimi) qui devient en quelque sorte une clé de lecture pour l’ensemble. On est tout de même bien tributaire des choix des traducteurs, pour autant je n’ai pas le courage de me mettre au grec. Heureusement, il y a de bons prédicateurs qui font le boulot à notre place 🙂

    PS Petit détail : il s’agit du Psaume 82

    • Plume dit :

      Oui je cite deux paragraphes que j’ai trouvé extraordinaires :

      1er paragraphe :
      « Jésus pétrit sa salive avec la poussière du sol pour en faire un moyen de création de l’être humain augmenté. C’est un geste inspirant. Ce monde est parfois jugé péjorativement par certains courants spiritualistes. Le geste de Jésus nous montre que ce monde est bon et même source de vie pour peu qu’on le pétrisse de Parole et de Souffle, de sens, d’amour, d’espérance, de foi. Le geste de Jésus n’est pas de l’ordre du spirituel pur, ni un simple soin matériel, le geste de Jésus pétrit les deux ensemble. »
      Merci, magnifique. Pas une augmentation technologique comme dans le transhumanisme (sans juger de la pertinence éventuelle de celle-ci dans le futur, on verra bien), mais une augmentation spirituelle sur les bases physico-chimiques, biologiques, elles aussi merveilleuses en un autre sens, sur le plan scientifique.

      Deuxième paragraphe :
      « Là encore, le risque est de chercher à s’augmenter soi-même de façon maladroite, c’est ce qu’exprime le récit de la Genèse, ou le mythe d’Icare et ses ailes qui fondent au soleil. Un humain averti en vaut deux. »
      Au passage les habitants de l’île d’Ikaria semblent vivent plus longtemps que la moyenne : https://www.francetvinfo.fr/sante/senior/longevite-les-secrets-de-l-ile-d-ikaria-en-grece_2413069.html (l’île tire son nom d’Icare, le fils de Dédale dans la mythologie grecque, qui serait tombé dans la mer proche de l’île.)
      Je dirais aussi que le Psaume 82 (81 dans la Septante) insiste sur la justice sociale, avant cette fameuse déclaration, « vous êtes des Elohim, vous êtes tous des fils du Très-Haut ». D’autres passages de la Bible hébraïque invitent à ne pas se considérer par soi-même comme un Elohim. Elohim est une sorte de titre de majesté, Nabuchodonosor est considéré comme Elohim par la Bible (un Roi très puissant, dont la puissance est interprétée dans la Bible hébraïque sauf erreur de ma part comme venant de Dieu, et qui va avoir un rôle dans la destinée du peuple d’Israël bien sûr). C’est aussi un nom donné à Dieu, c’est là où cela peut porter à confusion. Peut-être s’agit-il d’une sorte de stade : de même que les stades ou essences « vivant », « animal », « humain par la chair », le stade suivant serait le stade ou l’essence ou la nature « Elohim », qui pourrait être synonyme de doté d’esprit, de spiritualité. En ce sens, cette caractéristique est partagée avec Jésus, … mais il existe ensuite d’autres qualités, essences, natures ineffables. Ou peut-être cette nature ne s’activerait qu’avec la Foi, et serait sinon une sorte de potentiel universel. A voir peut-être les interprétations dans les branches de la religion juive à ce propos. Mais la justice sociale semble être un autre prérequis d’après la Bible hébraïque à l’activation de cette essence spirituelle, et il me semble qu’Ancien Testament et Évangiles vont dans le sens d’une essence reçue (de façon sans doute éphémère, une sorte de grâce), et non décidée par soi-même.

      Sur la base de résumés ou d’introduction à son œuvre, il me semble que Spinoza propose d’adopter une démarche compréhensive si possible, je pensais à ceux qui sont sûrs de certains éléments de représentation de la réalité. On est tous un peu dans ce cas par certains aspects, juste si possible de fluidifier la relation aux autres. Le changement de conviction est très rare, c’est plutôt une évolution lente, à des moments où le pose plein de questions, ça peut être un processus continu il me semble si l’on reste curieux, ouvert, que l’on continue à se poser plein de questions dans tous les sens.
      J’ai une critique des Évangiles et des épîtres du Nouveau Testament : je trouve que les textes manquent un peu d’amour pour leurs opposants théologiques : les pharisiens par exemple pour les Évangiles, les gnostisants chrétiens ou judaïsants ou autres « hérétiques » non identifiés de l’époque pour certaines épîtres.

      Et concernant l’ouverture aux autres, cela dépend de la situation et du passé de chacun, chacune, de son environnement économique et social… Pour certains, prendre confiance en soi est très important dans un premier temps… Il y a par exemple le syndrome de l’impuissance apprise https://fr.wikipedia.org/wiki/Impuissance_apprise . En ces temps d’actualité difficile, ou même depuis la 1ère guerre mondiale ou avant, l’histoire humaine est quand même particulièrement dure… Au paradis, les gens seraient certainement plus ouverts parce qu’ils se sentiraient en confiance. Sur terre, il peut être naturel de faire un peu son bernard-l’hermite pour se protéger dans sa carapace, à l’abri des crabes et des mouettes… Enfin il existe en psychologie une dimension introversion – extraversion dans le modèle Myers-Briggs. Sans doute que l’évangile appellerait à tendre doucement à une croissance vers un équilibre, dit « ambivert » en anglais, mais même pas forcément, peut-être que Dieu se révèle aux deux extrémités de l’introversion pour soi, et de l’ouverture aux autres pour les autres, et nous accompagne dans les deux cas : aime ton prochain comme toi-même. [Les Ikariotes qui semblent heureux et un peu cachés du documentaire ci-dessus disent même : le voisin (le prochain) d’abord, Dieu ensuite…]

      *****

      A propos du grec biblique.

      Bien sûr lire et étudier en français est suffisant. Le grec permet peut-être d’accéder à une profondeur supplémentaire, si on a le goût de l’exploration…

      Le grec est une des langues source du français et une langue de la même famille indo-européenne. L’étymologie de beaucoup de mots français vient du grec, et la transcription entre le grec et le français est particulièrement régulière et fidèle à la langue grec (seul l’anglais l’est autant à ma connaissance), grâce aux nombreux hellénistes français de la Renaissance.

      Il s’agit en plus ici de grec biblique, variante du grec extrêmement étudiée, et il existe quantité d’excellents outils en ligne ou au format pdf ou des logiciels et des livres pour effectuer une petite traduction littérale par soi-même en parallèle des traductions en des langues déjà connues (français, anglais…). C’est souvent sans effort particulier, il suffit de déplacer le curseur sur les mots, et les sens possibles de chaque mot apparaissent, parfois même avec un début d’analyse grammaticale… A mon avis pas besoin d’apprendre de conjugaisons ni de déclinaisons, il suffit de trouver des tableaux à consulter. La syntaxe est assez proche du français oral, ça varie avec les auteurs, il y a certains auteurs qui ont une syntaxe très régulière et ordonnée et très facile à repérer (certains passages de 1 Jean), d’autres c’est un peu plus diversifié. Donc s’y mettre aujourd’hui au XXIème siècle avec tous les outils en ligne ou téléchargeables est relativement aisé.

      La référence écrite de notre Foi ce sont quand même des manuscrits sources (à mon sens plus que les textes grecs de reconstitution dit standards comme le Greek New Testament ou autre), qui ont été écrits en grec biblique pour une part.

      Après il y a d’autres grecs, le grec moderne, le grec du Moyen-âge, les grecs classiques et philosophiques avec différentes variantes régionales ou dialectes, le grec d’Homère… mais tous sont également relativement bien étudiés, et beaucoup d’outils restent disponibles je pense, comparativement à d’autres langues anciennes. Et le grec moderne peut être parlé aujourd’hui, à l’occasion de vacances en Grèce (à une saison sans incendies…)…

      • Marc Pernot dit :

        Bravo pour cet apport très intéressant !
        Et pour vos encouragements.
        Le fait que cela vous ait donné à penser, à chercher, à creuser est pour moi une belle récompense.

        • plume dit :

          merci, c’est très souvent le cas même si on ne le dit peut-être pas très souvent ou que l’on intervient précisément quand on pense qu’il y a un petit complément possible. Vos prédications, vos points théologies et vos réponses aux questions atteignent à mon avis très souvent à une très bonne et bienveillante sagesse, variante chrétienne libérale, ou à un point de vue éclairé, avec de nombreuses vraies pépites d’or et perles rares (les paragraphes ci-dessus en feraient partie selon moi), sur des sujets bibliques et/ou qui concernent la vie pratique, théologique, et à un niveau personnel ou social. C’est extraordinaire vu la très vaste étendue des sujets abordés.

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