Des noces bien arrosées à Cana : c’est un signe. (Jean 2:1-12)

Enregistrement audio de la prédication

(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 16 janvier 2022,
par : pasteur Marc Pernot

Enluminure (Mantoue XVe s.), Paris, BnFDeux prédication pour ce jour d’unité des chrétiens :

  1. par le Fr. Michel Fontaine, OP Prieur du couvent des dominicains, curé de la Paroisse catholique romaine Saint-Paul (Cologny)
    sur cet autre article
  2. par le pasteur Marc Pernot
    Ci dessous

Voir le très fraternel écho de cet échange de chaire sur le site des Dominicains

Prédication par le pasteur Marc Pernot

Jean nous dit en conclusion de ce récit qu’il est le « commencement des signes » ou le signe majeur concernant Jésus. C’est osé de dire cela, car un signe n’a pas d’importance en lui-même, mais seulement dans la réalité qu’il exprime. À nous, donc, de lire ce récit et de chercher de quoi il est le signe ? Nous sommes aidés par ce que Jean dit en conclusion de son Évangile (Jean 20:30-31) : il explique que les récits qu’il nous donne sont des signes afin que nous, lecteurs de son évangile ayons foi, ayons confiance en Jésus comme Christ, et qu’en ayant foi nous ayons la vie. Voilà donc comment lire ces « signes » : ces récits nous parlent de nous, du présent de notre foi naissante et de notre vie. C’est ce que nous pouvons chercher à travers les divers personnages de l’histoire, chacun a quelque chose à dire sur nous-même.

Ce récit commence par « Et le troisième jour ». Le premier mot, « et », invite à chercher d’autres jours dans ce qui précède. Nous remarquons alors que le premier chapitre est scandé par trois « le lendemain »(Jean 1:29,35,43). Ce qui place au 7e jour ce « commencement des signes de Jésus » qui nous sont donnés pour commencer à vivre en abondance. Ces 3e, 7e jours et la notion de commencement font naturellement penser au récit de création du livre de la Genèse, d’autant plus que Jean ouvre son Évangile sur un rappel de cette création « Au commencement était la Parole… toute chose a été faite par elle… ».

Ce récit de la Genèse n’est pas lu au passé, mais au présent, comme un programme dont l’aboutissement commence à se réaliser en Christ dans notre vie. Ce 7e jour où Dieu donne sa bénédiction à l’humain, homme et femme, qu’il leur donne leur vocation d’être co-créateurs avec Dieu. Et c’est aujourd’hui, pour ceux qui entendent la parole de cet Évangile que cela commence à se réaliser (cf Luc 4:21). Cela se réalise comme un miracle du Christ. L’eau ne se transforme pas en bon vin aisément, cela prend à la vigne et au vigneron des mois de travail et de passion. Mais cet Évangile n’est pas le signe que nous pourrons produire ainsi du vin. Nous l’avons compris, ce dont parle ce récit est de l’ordre de la foi, de l’ordre de notre foi à nous, lecteurs de cet Évangile du Christ. Et c’est bien là le commencement de tout.

« Et, le troisième jour, il y eu des noces ». Quelles noces ? Entre qui et qui ? De quoi est-ce le signe ? Pour des lecteurs de la Bible Hébraïque cela est une autre allusion très classique à des textes que l’on retrouve sous la plume de bien des prophètes (Ésaïe 54:5, Jérémie 2:2, Ezéchiel 16:8, Osée 2:18) et dans un livre de la Bible que le fameux Rabbi Akiba (contemporain de Jean) appelle « le livre saint des saints » : le Shir Hashirim, le Cantique des cantiques qui présente Dieu et l’humain comme deux amoureux qui se cherchent parce qu’ils s’aiment et se choisissent.

Ces noces nous concernent donc directement, c’est la joyeuse alliance de Dieu et de nous-même. C’est une magnifique image, où Dieu n’est plus seulement haut placé dans le ciel, Dieu vient à notre hauteur par amour, à hauteur d’amour, les yeux dans les yeux, cœur à cœur, en Christ. Le rapport entre Dieu et nous n’est alors plus une question de pouvoir ou de jugement pour être encore dans la crainte de Dieu, car lui nous a déjà choisi, car il nous aime.

Les amis des époux se demandent parfois : mais qu’est-ce qu’il ou elle lui trouve ? Qu’est-ce que Dieu nous trouve, qu’est-ce que Dieu trouve à l’humanité ? Ce n’est pas la question car l’amour s’enracine dans le cœur de celui qui aime, donc dans le cœur même de Dieu et c’est ce que Jean souligne dans son prologue : en Jésus Christ sont venues « La grâce et la vérité, c’est à dire la tendresse et la fidélité » de Dieu (Jean 1:17).

Les 6 jarres que Jésus remarque dans un coin évoquent les rites de purification que la crainte de Dieu inspiraient au humains ! En Christ, nous ne sommes plus sous le règne de ce chiffre 6, nous entrons dans celui du 7e jour. Christ transforme radicalement notre relation à Dieu. Plus besoin de purification puisque Dieu nous aime comme l’amoureux du Cantique des cantiques. Effectivement c’est un miracle. Reste alors la joie. Une joie supérieure à toutes les joies éphémères, comme l’indique le signe du bon vin de ces noces éternelles.

Ce récit nous dit comment nous en arrivons là. C’est un processus comme le suggère la durée de trois jours, le temps que Dieu commence à nous ressusciter un peu. Dans ce récit, chacun des personnages présente une facette de ce que nous sommes.

Nous sommes appelés à nous identifier à Marie, la fin du récit la présente comme première parmi les disciples suivant Jésus dans son cheminement. Marie est une figure de notre humanité et de notre conscience. Elle remarque que la joie de ce monde s’épuise et en appelle à Jésus. C’est une double intelligence, une double lucidité. Marie est ici notre conscience qui éveille l’enfant de Dieu qui est en nous, qui stimule notre foi, la presse de devenir active.

C’est tout notre être, dans ses multiples dimensions qui sont mobilisées dans ce récit : notre conscience en Marie, notre dimension spirituelle en Christ. Marie appelle les serviteurs à suivre ce que dira le Christ. C’est le signe qu’il serait bon que nos facultés : notre intelligence, nos sens, nos forces, nos émotions, nos moyens, nos actes religieux écoutent ce que suggère notre propre foi, que ces serviteurs de notre être soient harmonisés, rassemblés au souffle de l’Esprit.

Le dialogue entre Marie et son fils est une expression de nos difficultés à activer notre foi. Cela commence par cette interrogation essentielle « femme qu’y a-t-il entre toi et moi ? », cette phrase invraisemblable entre Jésus et sa mère prend tout son sens dans le dialogue interne en nous-même, entre notre conscience et entre notre foi. Quel rapport existe-t-il entre notre conscience et notre foi ? Entre notre raison, notre volonté, notre vision du monde et l’Esprit en nous ? Entre notre vie et notre foi ? Quelle articulation entre la créature que nous sommes, et le souffle créateur qui nous habite déjà ? C’est afin de bâtir une union entre les deux que la question mérite d’être creusée.

Jésus rechigne, étrangement, à l’appel de Marie. C’est une image réaliste de notre foi, comme tous les prophètes de Moïse à Jérémie nous ne nous sentons pas digne : « Mon heure n’est pas venue… », et pourtant elle est là, cette heure où notre foi commence enfin à mobiliser notre être . Elle vient, et elle est déjà là (Jean 4:23), cette heure où nous commençons à être uni à Dieu par une union faite de tendresse et de fidélité.

Et ces noces sont arrosées de flots de vie divine, de joie supérieure.

Dieu nous bénit ainsi, en ce jour et en cette heure.

Amen.

pasteur Marc Pernot

Texte de la Bible

Évangile selon Jean 2:1-12

Or, le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là. 2Jésus lui aussi fut invité à la noce ainsi que ses disciples.

3Comme le vin manquait, la mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » 4Mais Jésus lui répondit : « Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore venue. »

5Sa mère dit aux serviteurs : « Quoi qu’il vous dise, faites-le. »

6Il y avait là six jarres de pierre destinées aux rites juifs de purification ; elles contenaient chacune de deux à trois mesures.

7Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d’eau ces jarres » ; et ils les emplirent jusqu’au bord.

8Jésus leur dit : « Maintenant puisez et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent, 9et il goûta l’eau devenue vin – il ne savait pas d’où il venait, à la différence des serviteurs qui avaient puisé l’eau –, aussi il s’adresse au marié 10et lui dit : « Tout le monde offre d’abord le bon vin et, lorsque les convives sont gris, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ! »

11Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. 12Après quoi, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples.

(Traduction Œcuménique de la Bible)

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