Faire le bien par amour ou par culpabilité ? Un éclairage sur la liberté chrétienne face au discours moralisateur. Pour retrouver un cheminement spirituel serein, où la responsabilité naît de la reconnaissance et non de la peur.
Question de Hervé : Le poids de la culpabilité religieuse
Bonjour cher Marc, quelques nouvelles. Je suis toujours en cheminement spirituel, mais en ce moment j’ai beaucoup de doutes. Ohlala ! Dernièrement, j’ai assisté à un culte protestant, le prédicateur, après la grâce, a commencé par faire un listing de toutes les actions que nous avons faites : vous avez été tièdes, vous avez négligé le SDF devant chez vous, vous avez même pas eu le courage d’aller frapper à la porte des voisins qui faisaient beaucoup de bruit, etc. ; etc.
Très culpabilisant. Et à la fin il a conclu : de toute façon vous avez le pardon du Seigneur. Amen.
Peut-être que je n’ai rien compris, je fais n’importe quoi et de toute façon j’aurai le Seigneur qui me pardonne, ce n’est pas cela ?! J’espère. Auriez-vous dans vos prédications une qui aborde le thème de la responsabilité de nos actes, et aussi dans les Évangiles, Y a-t-il un passage où Jésus évoque la responsabilité des actes ?
Je vous remercie infiniment et vous adresse mes salutations fraternelles.
Réponse du Pasteur Marc Pernot : De la Loi à la Liberté
Cher Hervé,
Personnellement, je ne supporte pas ce genre de leçons de morale, surtout pendant les cultes dont le but est de nous élever, pas de nous écraser… Surtout qu’en général la personne qui fait ce genre d’appel pourrait largement mettre trois SDF à dormir dans sa salle à manger, et ne le fait pas non plus. Cette personne se donne une bonne conscience, a l’impression d’avoir fait sa part pour aider les pauvres, les migrants, les exclus et la paix dans le monde en ayant fait la leçon aux autres et en ayant ajouté une jolie prière pleine de pensées pour eux dans l’intercession, sans compter un rappel de s’occuper des pauvres pendant la bénédiction.
La primauté de la grâce sur le moralisme
Surtout que, comme vous dites, en Christ nous sommes sous la grâce, nous ne sommes plus sous la loi. Et effectivement ça change tout, car si nous avons une action pour une personne qui souffre, ce ne doit à mon avis pas être pour soulager notre culpabilité d’avoir eu de la chance, mais ça doit être uniquement par amour pour cette personne, par volonté de faire le bien, par amour pour la justice, parce que nous sommes inspirés par l’amour de Dieu, mais certainement pas sous la pression d’un moralisme et encore moins d’une culpabilisation. Si nous faisons quelque chose, cela doit être par grâce, par amour, pas par devoir. Alors que quand c’est fait librement et par amour, c’est alors que nous le ferons de bon cœur, dans la joie.
Personnellement, en entendant cette sorte de leçons de morale parfois dans l’Église, hélas, au-delà de mon irritation, j’entends quand même un appel à chercher ma propre vocation, ce qui n’est pas inutile, quand même. Mais c’est vrai que j’ai complètement fini de me laisser culpabiliser par ces sortes de discours moralistes, ils révèlent plus la psychologie du prédicateur et son propre malaise, et finalement ça inspire de la compassion pour lui.
La liberté de conscience dans la théologie protestante
L’avantage de l’Église protestante, c’est qu’on n’est absolument pas obligé d’être d’accord avec ce que raconte le prédicateur du jour, pasteur ou non. Ce qui sort de sa bouche n’est pas la parole de Dieu, c’est son témoignage sur sa pensée et sur sa foi, sur sa relation à Dieu, sur ce qui l’anime, lui ou elle. C’est donc de toute façon touchant, mais cela ne nous impose rien. Je pense que l’on peut prendre ces paroles, quelles qu’elles soient, comme un appel à réfléchir, à se poser des questions, et à mon avis, il y a quand même la plupart du temps une idée ou une interrogation à grappiller au cours d’un culte. Au moins dans la lecture biblique, car il restera toujours au moins cela, je pense, dans un culte protestant (quand même).
C’est pourquoi je ne regrette pas de vous avoir conseillé d’aller de temps en temps au culte. Mais peut-être qu’il faut choisir sa paroisse, et les prédicateurs qui vous correspondent le mieux. Et peut-être faire évoluer le rythme de vos cultes, en fonction de ce qui convient ou éprouve…
Le sens du pardon et l’éthique de la gratitude
Oui bien sûr, le pardon de Dieu est absolu et il n’a pas d’autres causes à ce pardon que la nature même de Dieu qui est d’aimer. Cela implique le pardon bien sûr, puisque l’amour est même au-delà du pardon, l’amour précède même la faute et reste après, considérant toujours que la personne est digne d’intérêt et de soins. Donc dans un sens oui, nous pouvons faire n’importe quoi, Dieu nous aimera et nous sauvera quand même.
Seulement, il existe une autre qualité de vie, d’épanouissement et d’accomplissement dans une vie engagée. L’amour de Dieu est très inspirant pour cela. Et finalement c’est assez naturel, car la gratitude est un sentiment assez fort dans la personne humaine, comme pour bien des animaux. Donc oui, je pense qu’effectivement cet amour premier de Dieu est la meilleure des stratégies que Dieu puisse avoir pour créer une humanité qui grandit et qui devient capable d’aimer et de servir l’autre volontairement. Cela ne peut pas se former avec un dressage fait de contraintes, de menaces, de culpabilisation et de punitions.
L’appel de Jésus à la responsabilité
Ensuite oui, bien sûr, dans les paroles de Jésus les plus essentielles, il y a cet appel à aimer notre prochain : c’est un appel à nous en sentir responsables, mais dénué de toute menace, mais comme une suite naturelle au fait d’être en relation avec Dieu. On trouve cela en particulier dans ce double commandement de l’amour par lequel il résume toute la Loi, c’est-à-dire ce qui nous est conseillé pour vivre d’une belle façon :
“Tu écouteras et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. » (Marc 12:29-31)
Dieu aime en premier, Jésus nous propose d’écouter et d’aimer Dieu, de réfléchir avec intelligence, cela débouche sur l’amour de notre prochain, de l’aimer par l’action, pas seulement en belles paroles et jolies prières, et certainement pas en faisant la leçon aux autres… C’est cela aimer Dieu avec nos forces.
Mais l’amour de Dieu est premier et restera de toute façon, oui.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
Réponse de Hervé : Un souffle nouveau
Merci cher Marc, Génial, extra, super votre message.
J’ai beaucoup « rigolé » pour vos premiers commentaires et cela m’a fait un bien fou d’un peu d’humour face à ces cultes hyper sérieux…
Les prédications sont souvent longues et ennuyeuses. Alors que, comme vous le dites si bien, une simple parole du Christ est plus efficace que ces commentaires qui nous endorment. À nous de nous les approprier.
En ce qui concerne la responsabilité, vous évoquez de façon judicieuse que c’est la gratitude, l’amour qui nous motivent à agir correctement sans faire n’importe quoi. Je vous remercie pour votre message qui me redonne du peps dans mon cheminement spirituel.
Avec mes salutations fraternelles. À bientôt.
Hervé







