Question qui me taraude, est ce qu’un fœtus est un être humain ?

Par : pasteur Marc Pernot

Graphiti représentant un spermatozoïde - Image: '15-SpermatoUitGZ.JPG' by S.E.H.E. https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/53832604@N00/2507793891

Question d’un visiteur :

Bonjour pasteur,
J’ai une question qui me taraude, est ce qu’un fœtus est un être humain ?
Ayant subi un avortement j’ai du mal à penser que c’est un être humain et pourtant je me culpabilise un peu pour son existence dans un paradis et cela m’empêche d’avancer .
Merci pour votre réponse.
Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Chère madame

Je reconnais que votre question est délicate.

Nous sommes habitués, trop, à penser de façon binaire, avec comme seul choix de réponse le oui et le non.

Mais pour les cas difficiles, il nous faut mettre de la nuance, sinon c’est impossible de raisonner avec justesse. Car la vie réelle est souvent plus complexe et riche que ce genre de jugements à l’emporte pièce.

Vous le dites très bien. Il est à la fois faux et absurde de dire que le fœtus est humain, et il est tout autant faux et absurde de dire que le fœtus n’est pas humain.

  • Il y a de l’humain dans le fœtus par son patrimoine biologique,
  • mais il n’est pas humain puisqu’il est loin d’avoir une vie personnelle en dehors du corps de sa mère.

De plus. Quelle définition donne-t-on d’un « être humain » ? Si c’était les caractéristiques habituelles physiques, cela pose un problème car une personne qui perd ses jambes n’a plus les caractéristiques habituelles mais il n’est évidemment pas moins humain qu’avant (allez demander à ses parents) ! Il y a continuité entre les différentes formes de vie, il y a continuité au cours de l’évolution. Quand alors commence l’humain ? Quelle est la caractéristique d’un être humain : il y a certaines caractéristiques physiques, oui, mais il y a aussi le fait que cet être vivant est reconnu comme humain par d’autres, au moins par Dieu.

Il y a de l’humain s’il est espéré, attendu, connu par quelqu’un. C’est pourquoi il n’est pas possible et même souvent particulièrement cruel de raisonner sur le statut de l’embryon, sur celui du fœtus de façon aussi tranchée. Personnellement, je dirais qu’il y a de l’humain dans le fœtus mais qu’il n’est pas humain.

Pour la question de l’avortement, c’est encore plus dangereux de répondre de façon péremptoire. Car si effectivement le fœtus est directement concerné, il n’est pas le seul. Il y a aussi la mère, en premier lieu, puisque le fœtus est en partie de son corps à elle. Il y a aussi le géniteur qui a peut-être investi déjà une profonde espérance dans cette vie potentielle. Il y a aussi tout l’entourage, par exemple les enfants de la famille.

C’est tout l’ensemble qui doit être considéré. Tout dépend des circonstances, de la psychologie, de la santé des uns et des autres. Il arrive qu’un avortement soit la moins mauvaises des solutions. Ce qui n’en fait pas une bonne solution non plus, mais un choix envisageable.

En tout cas, il me semble que plusieurs choses sont essentielles en ce qui concerne cette question :

Il est bon qu’un avortement ne soit pas fait « à la légère », ce que vous ne faites manifestement pas. Et donc avant de prendre cette décision, il convient de se poser des questions et que la mère décide ce qu’elle « sent » le mieux. Parce que c’est elle qui porte cette grossesse, il est donc bon qu’elle ne se laisse pas forcer par les autres, ni à coup de chantage, ni à coup de menaces, ni par ceux qui adorent taper sur les autres (ce qui dit en général plus sur leurs propres souffrances que sur ceux qu’ils cherchent à blesser). La prière peut vraiment être d’une grande aide et secours pour être éclairé, fortifié dans le choix à faire. Et pour nous aider dans la suite de la route.

Si la décision est prise de demander un avortement, il me semble qu’ensuite il n’est ni juste ni bon de regarder encore et encore en arrière. Dieu comprend la détresse et pardonne. On peut donc s’appuyer sur lui pour regarder vers l’avenir. Oui il y a effectivement une part de mort dans la perte du fœtus. Si cette décision a été prise c’est qu’il y avait aussi une part de mort dans le fait de le garder : une part de mort qui peut être terrible. Ce n’est pas facile non plus d’être porté et d’arriver au monde non désiré par sa mère.

Pour ce qui est de l’avenir de ce fœtus, je pense que nous pouvons faire confiance à Dieu, là aussi, pour qu’il fasse ce qu’il a à faire et qu’il le fasse le mieux possible. C’est pourquoi, dans le protestantisme, nous ne prions pas pour les personnes qui ont quitté ce monde où nous sommes de passage. Mais nous pouvons prier et bénir, et aider comme nous le pouvons ceux qui vivent en ce monde complexe.

Dieu vous bénit et vous accompagne sur votre chemin, l’éclairant de sa lumière et de son amour pour vous.

Amitiés fraternelles

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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