Que pensez-vous du fait de « se choisir » une religion, afin de nous cadrer et de calmer notre angoisse ?

Par : pasteur Marc Pernot

sous bois avec un chemin à peine tracé - Photo by Robert Bye on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc.

Je me permets de vous écrire à propos d’un choix qui serait celui de s’orienter vers un Dieu choisi intellectuellement avec la raison principale et assumée qui est celle d’une tentative d’apaisement face à une angoisse existentielle.

J’ai, depuis plus de 10 ans de quête, approfondi mes connaissances sur la philosophie, les divers courants de pensée, les diverses religions, la littérature, etc…
Et vraiment, il y a tellement de beauté dans ce que l’homme peut faire, mais tellement de contradictions, tellement d’affirmations, de certitudes aussi.

Que pensez-vous du fait de  » se choisir » un Dieu, une religion, pour cadrer la pratique et le quotidien, en étant conscient que c’est un choix motivé par une angoisse, une peure existentielle?

Est-ce une malhonnêteté intellectuelle ou un courage de parier et d’assumer sur quelque chose et pas une autre, malgré les doutes et les failles, conscient qu’on cherche un refuge (par le choix de s’orienter vers le christianisme plutôt que l’islam par exemple) ?

Peut-on se coucher en paix le soir, où se réveiller bien en soi le matin en sachant qu’on s’anesthésie peut-être par ce choix ?

Ne vaudrait-il pas dans ce cas ne parier sur rien ? Se contenter de se laisser vivre dans l’angoisse, lâchant prise sur tout questionnement et en  » passant le temps » qu’il me reste à vivre de la façon la « moins pire » possible ?

Je vous remercie de m’avoir lu

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo et bon courage.

Il me semble excellent de choisir sa religion, sa foi, sa pratique individuelle et collective.

Effectivement, cela ne doit pas être un anesthésiant, c’est à dire une distraction de l’essentiel, par exemple sous l’effet d’une manipulation de groupe. C’est pourquoi la part de recherche personnelle est importante, la part de prière intime, secrète. Je ne pense pas que cela anesthésie, cela est toujours complexe, cela comprend toujours une part de découverte, de recherche, d’évolution. A mon avis. Ce n’est alors pas une anesthésie mais une dynamique, une nourriture. Qua cela fasse du bien, c’est vrai. Et alors ? En quoi est-ce que ce serait mauvais de choisir une activité qui nous fait du bien en profondeur à notre être ? Ensuite, je ne suis pas convaincu que le critère de choix d’une religion doive être de chercher celle qui calme le plus à court terme notre angoisse existentielle. Ce n’est pas le meilleur des critères. Cela peut effectivement conduire à choisir la plus anesthésiante. Un chemin plus exigeant, qui comprenne une part de remise en question, et de soi-même et de la doctrine, est moins rassurant mais plus édifiant, plus en harmonie avec soi-même, et il a bien des chances d’être à terme plus prometteur.

Choisir ? oui, je pense que c’est bien. Car vivre, aimer, être libre : c’est choisir, c’est s’attacher à une des voies possibles. Ce n’est pas rejeter les autres solutions, bien des religions et philosophie ont leurs qualités aussi. C’est en retenir une qui nous correspond à peu près, une qui nous semble être la plus belle et la plus inspirante et la creuser, l’affiner, la travailler, la parcourir, l’épanouir. Ce côté personnel et créatif est tout sauf une anesthésie, n’a rien d’une aliénation. Au contraire.

Je n’ai par contre pas la plus grande admiration pour le « lâcher prise ». A vrai dire. « Lâcher prise » est par définition lâcher prise à l’humeur de l’instant, à l’influence de la foule, de l’ambiance, du chaos de l’univers. Là, oui, il me semble y avoir une aliénation. Profonde, impérieuse, tyrannique. Si choisir est un cheminement qui rassemble notre être dans ses multiples dimensions, le lâcher prise le laisse s’effilocher. Effectivement, cela n’entre pas du tout dans ma vision de l’humain, ou plus précisément de l’humanisation de la personne humaine.

Il existe effectivement des religions qui visent à encadrer la pratique et le quotidien. « Régler » est une des lectures possibles du mot « religion ». Ce n’est pas ma vision de la religion. Plutôt que de cadrer, de contraindre de l’extérieur, je verrais plus la religion comme visant à nous construire de l’intérieur d’une belle façon, sur mesure. Et cela en nous permettant de nous relier avec Dieu, source de création et de vie (« Relier » est autre lecture possible du mot « religion »), et la religion vise à nous aider à « relire » notre existence et ce monde, nos relations (« Relire » étant la troisième lecture possible du mot « religion). Sur les trois sens possible du mot « religion », j’en garderais deux, les deux derniers. Ensuite, c’est fort de cette inspiration divine, fort aussi de cette lucidité pacifiée, que nous pouvons nous fixer des règles de vies pour nous même, et le plus extraordinaire : arriver un petit peu à les tenir. Mais pas sous la contrainte, la menace, le chantage conduisant à filer doux dans un chemin tracé par d’autres. Juste par choix personnel de ce qui nous semblerait bien à ce moment là. Tranquillement.

En tout cas, Dieu vous bénit et vous accompagne fidèlement.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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