Pourquoi la pédophilie ne touche-t-elle que le clergé catholique ?

Un enfant seul et triste dans un stade de foot (illustration) - http://www.flickr.com/photos/32122928@N08/4463603661 Found on flickrcc.net

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour
pourquoi la pédophilie ne touche-t-elle que le clergé catholique ?
Merci

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

A mon avis, ces crimes ne sont pas commis que par des prêtres catholiques, mais aussi malheureusement par des pasteurs, et aussi des professeurs, des moniteurs de sport et de musique, des animateurs de centre aéré… mais surtout des membres de la famille (qui représentent en réalité les 3/4 des cas de pédophilie). Ce qui est peut-être le comble de l’horreur.

Je ne suis pas certain qu’il ait plus de pédophiles en proportion dans le clergé catholique que parmi les autres personnes ayant des responsabilités éducatives sur des enfants. Certaines études le montreraient, mais je n’en sais rien. A mon avis, l’abstinence sexuelle imposée aux prêtres catholiques par leur église n’a pas d’influence sur la question. On ne devient pas pédophile par manque d’occasion d’assouvir ses pulsions sexuelles. Ayant moi-même été un célibataire endurci jusqu’à un âge avancé, je peux témoigner que la pulsion sexuelle ne peut pas être qualifiée de « besoin » mais seulement de « désir », puisqu’en réalité il est possible de s’en abstenir sans difficulté insurmontable.

L’attirance pour les enfants est quelque chose de très différent et n’a rien à voir avec le manque d’activité sexuelle. On le voit bien avec cette immense majorité des pédophiles qui sont des membres de la famille, des voisins, oncle, frère, cousin, beau-père… qui peuvent par ailleurs vivre en couple avec leur famille, apparemment sans aucun problème aux yeux des proches qui sont les premiers surpris et qui disent, effarés, que cela ne lui ressemble pas ! Cette attirance sexuelle pour les enfants est un vrai problème pour la personne qui en est frappée. Car elle ne peut assouvir ce désir sans nuire très gravement et profondément à la personne et à la vie de l’enfant qui la subirait. Il me semble donc que ce n’est pas un jugement moral de qualifier cette attirance de maladie, et de maladie très très grave. Ce serait tout à l’honneur de la personne qui ressent cela de consulter un psychiatre pour se faire soigner. Ce n’est pas une honte en soi de ressentir ce désir, car ce n’est pas sa volonté. Mais c’est une honte de ne pas se faire soigner, de ne pas prendre ce qu’il faut peut-être comme médicament, ou comme soins afin de se prémunir contre tout risque de passage à l’acte. On pourrait dire la même chose pour un prédateur sexuel. Cela doit être analysé par la personne, reconnu par elle comme problème et soigné.

Alors, pourquoi est-ce que l’on parle surtout de ces crimes dans le cadre de l’église catholique ? C’est qu’effectivement, le scandale est encore plus grand dans le cadre d’une église chrétienne, car elle entend témoigner de cette magnifique nouvelle qu’est l’Evangile du Christ, qui annonce que l’amour de Dieu est source de vie pour tous, et que le service de l’autre est une chose si belle qu’elle mérite d’être inscrite au cœur de notre façon d’être… Le contraste est évidemment particulièrement cruel quand la même personne produit à la fois ces paroles de vie et des actes de mort particulièrement monstrueux. Et les média adorent les choses spectaculaires. A juste titre car ce sont souvent les cas extrêmes qui sont révélateur d’un problème profond. Mais il ne faut pas que ces cas spectaculaires fassent oublier l’immense majorité du mal ordinaire, plus sournois.

Le contraste est le même quand c’est un pasteur qui est pédophile. Mais le protestantisme n’a pas cette réputation de donner des leçons de morale au monde entier. Peut-être parce que nous n’avons pas de pape ? Surtout parce que nous sommes plus une éthique de la responsabilité personnelle qu’une morale catégorique qui tomberait du ciel ou d’un palais de marbre blanc. C’est donc moins spectaculaire pour la presse de coincer pour contradiction le protestantisme que le catholicisme. C’est comme dans les histoires de schtroumpfs, ils ont souvent envie de taper sur le schtroumpf à lunettes.

Mais peut-être quand même que les prêtres de l’église catholique ont un problème avec le sexe. Collectivement, en tant que groupe, évidemment pas en ce qui concerne tel prêtre en particulier. Peut-être que c’est un effet secondaire des doctrines réservant la prêtrise aux humains de sexe mâle et en leur interdisant toute activité sexuelle. Tout cela n’est pas neutre sur la perception profonde que l’on peut se faire de ce qu’est le sexe, la femme, l’homme, le couple, la relation sexuelle, la fécondité, la virginité, le célibat, l’homosexualité, la réassignation sexuelle… Du coup il est possible qu’une personne ne se sentant pas très bien avec son propre désir se sente attirée par cette étrange statut de vierge consacré qu’est le prêtre ? Mais ce n’est qu’une hypothèse de recherche de ma part. Ce serait à mon avis à étudier.

Ce que je remarque c’est que la hiérarchie catholique fait actuellement de vrais et très courageux efforts pour avancer et ne pas manquer d’écarter toute personne, prêtre ou laïc présentant des difficultés de comportement sexuel. J’espère qu’une telle ferme politique existe dans les églises protestantes. Souvent, comme on dit, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Le collègue qui a été coupable d’agression n’a-t-il pas droit lui aussi au pardon de Dieu ? Certes, mais le pardon ne consiste absolument pas à le laisser en tentation de faire encore du mal, mais plutôt de l’en préserver. Et évidemment, par dessus tout, de prendre toutes les dispositions pour minimiser au maximum les risques de victimes.

Amitiés fraternelle

par : pasteur Marc Pernot

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2 réponses

  1. Cyril dit :

    Bonjour,
    Avoir des désirs de pédophilie ce n’est pas être malade (sauf peut-être à un très haut niveau) mais plutôt avoir des tentations. Or les tentations c’est bien car ce sont des épreuves, cela permet de montrer que l’on aime vraiment Dieu. D’ailleurs, pourquoi Jésus-Christ est-il parti 40 jours dans le désert ?

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour

      Je pense quand même que si l’on a des tentations sexuelles envers les enfants il est une bonne idée, une très bonne idée de demander de l’aide à un médecin. Car cette tentation peut assez facilement être plus forte que notre propre contrôle (un jour). Et que les dégâts sont si immenses sur l’enfant que, vraiment, la moindre chute est terrible. Une catastrophe.

      La responsabilité d’une personne ressentant ce désir est de consulter un médecin et de demander de l’aide. Ce serait tout à son honneur : on n’est pas responsable de son désir, mais on est responsable de ce que l’on en fait. Dans ce cas, ne pas demander de soins est s’exposer à commettre un épouvantable crime.

      Dieu n’a pas besoin qu’on lui montre qu’on l’aime ! Il nous connaît mieux que nous-même, et cela sans nous tester. Il sait combien nous l’aimons.

      Les épreuves ne viennent pas de Dieu, les tentations viennent de notre propre faiblesse, de nos blessures, parfois de nos mauvaises décisions. Mais les tentations ne viennent jamais de Dieu. Au contraire : Dieu est avec nous contre la tentation.
      Et les médecins qui nous soignent de nos maladies participent donc à l’œuvre de Dieu.

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