Mon copain revient encore et encore sur mon passé

Par : pasteur Marc Pernot

Un couple devant une double flèche peinte sur le sol - Photo by Emma Frances Logan on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur,
Je vous contacte puisque je ressens depuis quelque temps un grand tiraillement intérieur et ne sais comment le résoudre.
Je suis en couple depuis plusieurs mois avec un jeune homme, également catholique pratiquant. Nous projetons de nous marier, partageons les mêmes projets et souhaitons tous deux avoir Dieu pour premier servi.
Pourtant, quelque chose semble nous éloigner tous deux. Lui n’a jamais eu aucune relation avant la nôtre, tandis que j’ai eu pour ma part plusieurs relations. Je regrette amèrement ces dernières et lui ai exposé cela, tout en lui montrant que je voulais désormais vivre en ayant la chasteté pour idéal.
Toutefois, bien que nous ayons plusieurs fois évoqué ce sujet, il n’a de cesse de revenir dessus. Je comprends que cela soit une forme de blessure, mais cette forme de blocage me ramène sans cesse à mon tour à cela, lors même que je n’y pensais même plus.
Je ressens désormais un sentiment de profonde nullité, de désœuvrement intérieur et en arrive à penser qu’il serait assurément plus heureux en cheminant vers Dieu avec quelqu’un s’étant préservé en vu du mariage, comme lui. Lorsque je lui expose cela, il s’engage à ne plus jamais me parler de ce sujet mais ne peut s’en empêcher plusieurs jours ou semaines plus tard.
Que me conseilleriez-vous ?
Je vous remercie et vous porte dans ma prière.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo pour la sincérité de votre démarche, bravo pour votre courage dans cette difficulté, et pour votre volonté d’avancer.

Le problème n’est pas votre passé.

Le problème est que ce monsieur espère vous posséder entièrement, vous posséder comme on possède un objet, totalement, sans résistance, posséder votre passé (ce qui est impossible), posséder votre être tout entier, votre personnalité profonde, votre souffle, votre présent. Or, un être vivant est vivant, il a son passé, sa personnalité profonde que personne ne peut enfermer à moins de la détruire, sa spontanéité. La question n’est pas votre passé, je pense, c’est celle du présent. Et c’est insupportable. Pour vous, d’abord, et cela ne l’aide pas non plus.

Ce n’est sans doute pas de sa faute. comme vous le soulignez. Il va devoir faire un vrai travail sur lui-même avant d’être en capacité de vivre en couple.

Si vraiment vous tenez à cet homme, comment faire ? Peut-être qu’il faudrait faire un bon break d’une année, et qu’il se fasse aider par un psy pour travailler sur ce qui ne va pas dans sa façon d’être en relation avec le monde et avec les êtres qui l’entourent, du temps aussi pour se construire avec l’aide de Dieu.

Jésus a un bon conseil pour aider des personnes prisonnières de leur envie de juger une autre personne. Jésus leur conseille de se souvenir et de s’occuper de leurs propres fautes à eux, pour travailler dessus, et que cela devrait les aider à ne pas être dans la condamnation de leur prochain, plutôt dans la compréhension et la compassion. C’est ce travail à l’intérieur de lui-même qui pourrait ouvrir le cœur de cet homme au respect, et à accepter de ne pas tout maîtriser dans la vie des autres, en particulier de ceux qu’il aime.

Mais à distance sans vous connaître, je suis obligé de vous conseiller un peu à l’aveugle, et je ne suis moi-même pas médecin. Juste théologien et pasteur.

Avec compassion et plein d’espérance pour vous.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. Claire-Lise Rosset dit :

    Bonjour,

    Je vous ai lue et je me permets de vous donner des pistes de réflexion pour la situation ambivalente dans laquelle vous vous trouvez.
    On veut bien se marier pour le meilleur comme pour le pire, mais on peut aussi éviter que le pire arrive avant de se passer l’alliance au doigt.

    Dans toute prise de décision, il y a un lien entre l’état émotionnel et les changements dans le corps (viscères, système musculosquelettique, modification électrodermale).

    Antonio Damasio, prof. de neurologie, psychologie et neurosciences, a ainsi développé l’hypothèse des marqueurs somatiques que vous pouvez étudier dans son livre : L’Erreur de Descartes.

    Votre état émotionnel va « marquer  » corporellement la situation comme bonne ou mauvaise selon les expériences du passé. C’est ce qui va vous permettre de rechercher la meilleure solution pour vous dans la décision de vous lancer ou non dans le mariage avec la personne que vous évoquez.
    Ces sensations ambivalentes , ce fond d’angoisse que vous ressentez et qui transparaissent dans votre texte et dans votre corps sont donc à prendre très au sérieux.
    ( cf à ce sujet : L’Erreur de Descartes, Antonio Damasio, Odile Jacob 2001 / difficile à lire)

    Dans la jalousie possessive – tu es à moi rien qu’à moi – se cache un manque d’altérité.
    Je connais des maris qui ne supportent pas que leur femme ait un gynécologue de sexe masculin et non féminin. Parce que le corps de leur femme leur appartient en propre et de droit (ben voyons !).
    Or, nous ne sommes plus au Moyen-âge.

    D’autre part, votre expérience sexuelle peut aussi induire de l’insécurité chez votre copain : serais-je à la hauteur de ses anciens prétendants ?

    Or, on ne construit pas un couple sur la culpabilité aux siècles des siècles, mais sur le respect et l’amour.
    Il faut savoir si vous êtes objet ( comme sa chose qui vous demande d’être une oie blanche à tout prix et de vous culpabiliser encore et encore si vous ne l’êtes pas )
    ou sujet de votre vie (votre passé sexuel vous appartient) dans la relation avec un copain qui vous respecte.
    Ne vous laissez pas réduire à être un simple objet sexuel. Vous valez mieux que ça au niveau de votre dignité humaine.

    Au sujet de l’altérité dans l’amour, je vous laisse réfléchir sur ce magnifique texte de Maurice Bellet, philosophe, théologien et psychanalyste :

    « Ce qui est en cause n’est pas la sexualité, dit Maurice Bellet. Ce n’est même pas le corps. Cette façon de nommer les choses en fait des choses, précisément. Ce qui est en cause est ce qui enveloppe le corps et l’âme, le sexe et tout le reste.

    La seule façon d’en approcher, d’en approcher décemment, c’est le nom propre, les prénoms qu’on évoque, qu’on invoque, qu’on murmure dans l’intimité , qu’on gémit bienheureusement dans les moments de l’extrême douceur.

    Il est significatif que, dans l’orgie comme dans le massacre, le nom disparaît. Il n’y a vraiment que le corps, c’est-à-dire personne.

    Le nom de l’aimé(e) enveloppe tout son être, et chaque fois de façon propre à cet amour-là qui est unique ; qui peut être vrai dans l’abstention joyeuse de tout ce qui relève d’Eros que dans la libre acceptation de tout ce que le corps, longtemps meurtri, demande pour être apaisé et reconstruit.

    Il n’y a rien d’infâme dans le corps, rien d’obscène. L’obscénité est dans l’oeil du voyeur, dans la main dure et blessante, dans la bouche dévoreuse, dans le sexe qui ne cherche que son soulagement.

    Mais tous les lieux du corps, tous les organes des sens, tous les orifices, toutes les humeurs, c’est, pour le regard aimant, pour la main caressante, pour la bouche dont la faim n’est pas dévoreuse mais toute à l’exaltation de celui ou celle qui nourrit la grande faim ( qui est faim d’amour), tout ce qui est le corps devenant parole et présence, c’est bon, c’est la fine fleur de la création, c’est justifié à jamais d’exister. »

    (La traversée de l’en-bas, Maurice Bellet, Bayard, 2021, p. 97, 98)

    Et enfin, pour nourrir votre réflexion et vous aider dans votre décision

    Livres et vidéo de Robert Neuburger, thérapeute couple et famille, formateur thérapie couple
    et famille

    – Vidéo ( env. 6 min ) Robert Neuburger , sur son livre :
    Le couple, le désirable et le périlleux, Robert Neuburger, Payot, 2014
    https://www.youtube.com/watch?v=XH_0kVNA61s

    – Et son dernier livre : J’y vais .. ou j’y vais pas ? Les questions à se poser avant de se mettre en couple, Robert Neuburger, Payot 2021

    Bien à vous, écoutez bien votre ressenti
    Claire-Lise Rosset

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