Une boucherie et un fleuriste rue Montorgueil à Paris : boeufs abattus et fleurs coupées - Photo de Roxanne Boudrot sur https://unsplash.com/fr/photos/fleurs-en-pot-dans-la-rue-5PujaUzindM
Ethique

Liberté chrétienne et souffrance animale : faut-il suivre des lois alimentaires ?

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Dans cet échange, un pasteur répond à une visiteuse sur le sens des interdits alimentaires dans le Nouveau Testament. Au-delà des règles anciennes, la réflexion se porte sur la liberté de conscience face à la souffrance animale et à l’éthique de consommation aujourd’hui.


Question d’une visiteuse de jechercheDieu.ch :

Cher Pasteur,

Comment allez-vous ? Je me permets de vous écrire pour vous poser une question.

Dans Actes 15:29, il nous est dit : Ne mangez pas la viande qu’on a offerte aux faux dieux, elle est impure. Ne mangez pas de viande qui contient encore du sang. Respectez les lois du mariage. Si vous obéissez à cela, vous agirez très bien. Nous vous saluons fraternellement.

Après quelques recherches, j’ai pu comprendre (il me semble) que ce verset était destiné aux païens qui venaient de devenir chrétiens et que c’était pour que les Juifs les acceptent. Et que ce verset ne s’appliquait plus aujourd’hui.

Mais je me posais la question : dans l’Ancien Testament, il y a beaucoup de règles concernant l’abattage d’animaux pour leur éviter de souffrir. Mais dans le Nouveau Testament, il n’y en a pas, et il nous est autorisé de manger n’importe quel type d’animaux, peu importe la façon dont ils ont été abattus.

Je pense que vous le savez bien, les conditions des animaux dans les abattoirs sont épouvantables, ils se font électrocuter, battre, broyer, torturer Comment est-ce que Dieu nous laisserait consommer et donc participer à cette horreur sans restriction ?


Réponse d’un pasteur

Grand bravo pour votre réflexion, c’est vraiment formidable.

Le contexte historique et théologique d’Actes 15

Ce passage du livre des Actes des apôtres a été écrit à un moment assez décisif de l’histoire de l’Église chrétienne, ouvrant la porte à des personnes issues du monde grec et romain. C’était en effet attendu que le Messie ouvrirait la foi à toutes les nations. Jésus était loin d’être rigoriste par rapport aux lois religieuses, il s’est fait à de multiples reprises dénoncer et critiquer à cause de cela par les intégristes de son époque.

Donc, beaucoup des premiers disciples de Jésus étaient juifs et continuaient à pratiquer plutôt librement les lois religieuses ; c’était en particulier le cas dans l’église de Jérusalem, avec le temple et avec les synagogues où on lisait et interprétait la Bible. Mais dès que le christianisme a commencé à attirer pas mal de personnes venues du monde non juif, la question s’est posée de savoir si on allait leur imposer les lois religieuses juives ? C’était discuté.

Une question de théologie plus que de facilité

La question n’est pas de faciliter leur entrée dans la foi chrétienne (les gens étaient motivés). C’est avant tout une question de théologie. Avec le Christ, on a déjà une certaine idée de Dieu : il n’est pas un dieu qui vérifie le menu de nos repas ou le nombre de prières, mais Dieu est un Dieu d’amour et de grâce, un Dieu qui libère les personnes, un Dieu qui nous envoie en contact vers les autres, sans discrimination.

Or les lois religieuses sont basées sur un système de bons et de mauvais points, comme si Dieu était un comptable et un juge, plus qu’un Dieu qui aime et qui libère. De plus, les lois religieuses ne facilitent pas les relations avec les personnes diverses, en particulier les règles concernant la nourriture : si on est invité par un collègue de travail ou un voisin et qu’on commence à avoir des règles alimentaires à suivre, ça complique les relations simples et directes avec les autres.

La circoncision juive pose aussi un problème, d’abord parce que c’est une mutilation : cela ne cadre pas bien avec la théologie chrétienne où il n’est pas question de retrancher une part de notre personnalité ou de notre corps, mais au contraire d’ajouter l’Esprit Saint pour que la personne puisse s’épanouir et se développer. Il y a aussi un autre problème avec la circoncision, c’est qu’elle est réservée aux garçons. Or, dans la foi chrétienne, il y a égalité entre l’homme et la femme, donc, comme signe d’alliance avec Dieu, la circoncision devient un problème.

Donc : dès les premières années du christianisme, bien des personnes ont commencé à trouver que ce système de lois religieuses juives était tout à fait facultatif : comme un exercice spirituel libre pour ceux qui ont envie de le pratiquer, mais pas imposé à personne.

La liberté face aux interdits alimentaires

Dans ce passage du livre des Actes : les responsables de l’Église de Jérusalem (les plus en faveur de la loi religieuse) acceptent que l’on ouvre l’Église chrétienne aux personnes d’origine non juive sans leur imposer toutes les règles religieuses juives, mais quand même ils gardent ce qui leur semble le minimum, c’est-à-dire ce qui est dans l’alliance avec Noé (Genèse 9). C’est l’opinion de ces personnes de Jérusalem, qui étaient donc très liées au judaïsme, mais très vite, loin de Jérusalem, ce genre de règle évoquée ici n’est pas connu, ou plutôt : pas suivi.

C’est ainsi que Paul, pour cette même question d’aller manger avec des amis païens, dit que si on sert quoi que ce soit à manger : que les chrétiens ne fassent pas d’histoire et qu’ils sont libres de manger ce qu’ils veulent (1 Corinthiens 10:27), car Dieu n’est pas du genre à surveiller le menu.

La question moderne de la souffrance animale

Je ne sais pas si, dans l’Ancien Testament, il y a des règles qui évitent que les animaux souffrent. Je ne suis pas sûr que ça soit même une question que l’on se posait à l’époque. Mais c’est bien de vous poser la question aujourd’hui, évidemment. Par ailleurs, je ne suis pas du tout certain que ça fait moins souffrir les animaux de les égorger alors qu’ils sont conscients ; il me semble que, quand c’est fait de façon correcte, le choc électrique a pour but de les rendre inconscients immédiatement, et donc de ne pas subir l’égorgement, où la douleur est forte et la mort vécue en état d’éveil. Mais je reconnais que de toute façon, ce n’est pas drôle et que je serais bien incapable de faire cela.

Pourquoi n’y a-t-il pas de loi chrétienne sur l’éthique animale ?

Il y aurait bien des choses à fixer : de l’esclavage aux mariages forcés, du viol conjugal au harcèlement, à l’écologie… Mais de toute façon, l’idée dans la foi chrétienne est de compter sur la conscience et la responsabilité de chacun. C’est pour cela que Jésus nous aide à nous poser plein de questions et qu’il nous appelle à réfléchir et à prier, puis à discerner par nous-mêmes.

Alors que des commandements fixés une fois pour toutes pour tout le monde par la religion déresponsabilisent les gens. Et la technique de Jésus marche : La preuve, c’est que ce n’est pas marqué de ne pas faire souffrir les animaux et que vous vous posez la question : c’est tout à fait excellent, bravo, et c’est infiniment mieux que si on vous avait ordonné de manger ceci et de ne pas manger cela, car votre attention ne sera pas motivée par l’amour et la recherche consciente de ce qui est bien et de ce qui est juste, mais vous auriez été motivée par une obéissance à un code de loi.

Vivre et manger en conscience

Mais là, librement, vous pensez à la conséquence de vos actes, vous pensez à l’animal, vous vous interrogez sur ce que Dieu en pense : non pas pour craindre son jugement, puisqu’il vous aimera de toute façon, mais pour chercher avec lui ce qui est juste.

Ensuite, moi-même, je ne suis pas végétarien, car de toute façon nous sommes obligés de manger du vivant et que je pense qu’il y a égalité entre tous les vivants en dignité. Mais j’essaye de manger en conscience, sans gâcher, et dans la gratitude pour le vivant que je mange, qu’il soit un steak ou une salade. Et ces questions de la production des aliments sont tout à fait pertinentes. Et aussi la rémunération des producteurs, l’accès à de la nourriture saine pour tous.

Donc, bravo. Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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