Un couple marche en se tenant par la taille sur une route qui passe sous un pont et va dans la nature - Image par Rainer Küster de https://pixabay.com/fr/photos/pont-peu-paire-homme-femme-525615/
Ethique

J’éprouve un sentiment de dépravation lié à l’acte sexuel, c’est peut-être dû à mon éducation, et cela nuit à ma vie de couple.

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Entre héritage familial et épanouissement personnel, le poids de la morale religieuse peut parfois entraver la vie intime. Ce dialogue entre un fidèle et un pasteur explore comment se libérer de la culpabilité pour vivre sa foi et sa sexualité avec bienveillance et vérité.


Question d’un internaute

Cher Marc,

Je suis de confession catholique (famille bourgeoise et très à cheval sur certains principes et, en tout cas, m’ayant transmis une certaine éducation qui parfois peut-être m’empêche de pouvoir assumer certains désirs). Je vous écris malgré tout car j’ai eu l’occasion de voir certaines de vos interventions et que j’ai pu alors constater que le foi véritable n’empêchait pas une réelle ouverture d’esprit.

Il s’avère que j’éprouve de grandes difficultés dans ma vie sexuelle : je ressens en effet une grande anxiété/culpabilité dès lors qu’il est question de sexualité. J’ai l’impression que c’est peut-être dû à mon éducation catholique familiale (lycée privé catholique bourgeois parisien).

J’éprouve depuis toujours (et j’ai 48 ans…) un sentiment de dépravation lié à l’acte sexuel. Ceci nuit évidemment à ma vie amoureuse (j’ai été marié et ai pourtant toujours vécu ma vie sexuelle ainsi, esquivant toujours les occasions de consommer le mariage).

J’ai depuis divorcé de mon épouse pour laquelle je n’ai jamais éprouvé de désir mais qui m’a permis de fonder une famille. J’ai retrouvé une femme depuis (que j’avais connue avant mon mariage mais jamais vue pendant celui-ci) : j’éprouve pour celle-ci désir et amour mais suis incapable de consommer sereinement cette relation.

Comment pensez-vous que je puisse concilier ces considérations, et pensez-vous que mon éducation religieuse y soit pour quelque chose, ou ceci vient-il de moi ?

Je vous remercie de pouvoir m’aider à surmonter ces difficultés qui nuisent à mon couple et peut-être même à m’aider à envisager plus sereinement à l’avenir la question de la sexualité.

Avec toute ma considération,

Réponse du pasteur Marc Pernot

Cher Monsieur,

Je trouve que vous faites preuve d’une belle lucidité, ce n’est pas facile pour personne d’arriver à faire un petit peu le point sur un aspect de notre fonctionnement, et de chercher comment le gérer.

L’humain est très divers, et a des façons d’être personnelles. Cela fait partie de la richesse de l’humanité. À quoi est-ce dû ? C’est en partie culturel, c’est en partie dû à notre personnalité propre, c’est en partie dû aux rencontres et expériences que nous avons eues. Une éducation un peu stricte est à la fois un handicap par certains côtés, et c’est une chance car cela nous donne une capacité à se structurer soi-même après s’être libéré de la loi des autres. C’est à cela que sert une crise d’adolescence. C’est autre chose s’il y avait de la violence physique ou morale, du chantage affectif ou autre source de traumatismes profonds.

C’est pourquoi il me semble juste et bon de ne pas nous laisser martyriser par les « il faut » des moralistes de toute sorte. On peut écouter les conseils, mais à titre d’inventaire, sans se sentir le moins du monde obligé de se sentir concerné.

En particulier en ce qui concerne le sexe. Pour l’homme comme pour la femme, il faudrait absolument aimer cela, pratiquer à telle fréquence, avoir donc des objectifs de « performance ». C’est une forme d’oppression aussi. Les ados la subissent cruellement et sont considérés parfois comme des attardés s’ils n’ont pas tout expérimenté dès leur jeune âge, jusque parfois à ce qu’ils voient dans les vidéos pornos. Les adultes et les couples subissent aussi cette pression cruelle et culpabilisante. Cela cause bien des malentendus et des souffrances dans les couples, je peux vous le dire.

La liberté d’être soi-même dans le couple

Vous n’êtes pas très à l’aise avec le sexe ? En tout cas, aujourd’hui ? C’est tout à fait respectable. Et alors ? Cela n’empêche pas de former un excellent couple, pas du tout. D’abord, il est bien possible que la femme que vous aimez soit soulagée d’apprendre que vous n’êtes pas trop porté sur la chose mais plutôt sur une tendresse, comment dire, moins portée sur les organes. Et si elle avait des désirs sexuels assez forts, elle trouvera les moyens de les exprimer en solo de façon discrète, si elle vous aime. Former un vrai couple n’est pas nécessairement être sur la même longueur d’onde sur tous les plans, mais il s’agit d’être soi-même, sincère et vrai, de communiquer. Et de s’accepter mutuellement comme chacun est en vérité, un être limité, imparfait, surprenant, toujours un peu inconnu, mais que l’on choisit d’aimer et de lier à nos solitudes singulières.

Ce qui pourrait nuire à vous-même et à votre couple, ce serait à mon avis de ne pas être vous-même. Pour cela, il faut se connaître (ce qu’à mon avis vous faites très bien) et s’aimer suffisamment en vérité, avoir de la bienveillance vis-à-vis de soi-même. Cela se fait, à mon avis, dans la louange, dans la gratitude, la prière régulière.

Et alors, alors seulement, voir un point ou deux sur lesquels vous aimeriez arriver à progresser un peu, et d’y travailler avec une raisonnable intensité. Est-ce que vous voudriez avoir plus de libido ? Pas forcément, mais peut-être. Il est possible que votre amour pour cette femme vous décide à travailler cela, il y a des sexologues et psychiatres pouvant aider, sans doute, mais je n’y vois aucune obligation. Envisager sereinement l’avenir, je verrais cela d’abord sur le plan de vous-même vis-à-vis de vous-même, puis d’envisager sereinement l’avenir de votre couple en travaillant à vous accepter chacun et mutuellement comme vous êtes.

Une perspective théologique sur le corps et le plaisir

Du point de vue théologique, il est vrai que les églises ont parfois été péjoratives vis-à-vis du sexe, mais cela n’a rien de biblique, en vérité. La conception de l’humain telle que voulue par Dieu comprend et bénit toutes les dimensions de notre être : le corps, l’intelligence, les relations, et la foi. Les bénédictions de Dieu sont sur toutes ces dimensions. Le sexe en soi et ses plaisirs, le plaisir de bien manger, de recevoir des amis à table, des débats théologiques et philosophiques, la santé et l’entretien de son corps, la gymnastique, les plaisirs de la culture, de l’intelligence, de l’art, de la créativité, des relations sociales, les joies de la prière personnelle et des liturgies communautaires… tout cela fait partie de la beauté et de la richesse de l’humain. Et donc le sexe aussi, et le couple. Bien entendu, comme pour tout, il y a la droiture et la fidélité (à soi et aux autres) à rechercher. Et tout particulièrement quand une autre personne entre en ligne de compte dans notre activité.

C’est une influence plus tardive venant de philosophies grecques ou venant d’Orient que cette anthropologie et cette éthique biblique ont été contaminées avec l’exaltation de la chasteté et du célibat comme étant supérieurs au couple, et que le sexe a été considéré comme sale, tout juste sauvé, et encore, quand il y aurait une certaine possibilité de fécondité génétique. Ce n’est pas biblique, cela ne repose en rien sur les paroles de Jésus. Il n’est pas rare que les échanges sexuels aient une fécondité autre que génétique dans le couple humain, bien sûr, et que ce soit ainsi une bénédiction. Mais encore une fois, ce n’est pas obligatoire, et ce n’est pas sale en soi. Il est utile donc de travailler la question, mais il me semble que vous avez déjà un bon recul par rapport aux théories qui vous ont été enseignées. Mais quand cela a été martelé durant des années de jeune âge, cela peut effectivement avoir été un traumatisme. On peut travailler sur ses traumatismes et évoluer, en partie, et il est bon aussi d’accepter que cela fasse partie de notre histoire et qu’il nous reste des cicatrices. Peut-être qu’il a aussi des sévices que vous auriez subis et dont vous n’avez pas le souvenir, ce n’est, malheureusement, pas rare (entre 10 et 20 % de la population).

Mais c’est peut-être simplement que vous n’avez que peu de désirs sexuels, il n’y aurait alors rien de bizarre à cela, c’est comme de ne pas aimer manger des épinards, ou de ne pas aimer écouter du jazz… Il n’y a pas de quoi en avoir honte.

Avec mes pensées fraternelles.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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3 Commentaires

  1. Daniel dit :

    Dans sa réponse, il me semble que Marc oublie (volontairement ?) 1Cor 7 où Paul dit clairement que le  » non-sexe » est préférable.
    Le mariage apparaît comme un pis-aller.
    Je pense que cela a beaucoup marqué et marque encore la relation de certains chrétiens avec le sexe.

    1. Marc Pernot dit :

      A mon avis, cette façon de voir qui effleure parfois sous la plume de Paul est conjoncturelle, pragmatique, dans une période où la croyance était que la fin du monde était imminente. Ce n’est pas une pensée anthropologique sur la nature de l’humain. Ensuite, la façon de voir qu’a l’apôtre Paul du sexe dans le couple est assez inacceptable : dans ce contexte où il semblait inutile de faire des enfants, Paul encourage les mecs qui auraient des désirs sexuels brûlants à se marier pour pouvoir avoir des relations sexuelles : la femme y est alors un accessoire pour que l’homme puisse se masturber en elle. Elle ne doit surtout pas se refuser à son bouc de mari… Effectivement ces paroles de Paul ont influencé, ou servi de prétexte bien commode, au machisme de toujours.

      1. Pascale dit :

        Je vous trouve un peu dur avec Paul. Ce passage a été, et est encore, utilisé pour justifier des comportements inadmissibles, mais il me semble que les intentions de Paul sont plus difficiles à discerner. Par exemple, le verset que vous évoquez ne concerne pas seulement les hommes puisqu’il y est aussi question des veuves. De plus on y lit une réponse à une question qu’on ne connaît pas. On pourrait imaginer qu’il s’adresse à des personnes qui, tout en pensant que la vie de célibat est supérieure à la vie maritale, ne renoncent pas pour autant aux relations sexuelles. Mais peut-être que je suis trop optimiste.

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