Une réflexion théologique sur la relation énigmatique entre Jean-Baptiste et le prophète Élie. À travers l’analyse des textes bibliques, ce texte explore le sens spirituel de leur mission commune et la manière dont la figure de l’un prépare à la grâce manifestée par l’autre.
Bonjour,
Bravo de vous poser des questions, de rapprocher les textes, de creuser. Assez souvent, quand il y a une difficulté dans un texte biblique, on peut chercher s’il n’y a pas un autre niveau de lecture de ces textes.
Le paradoxe : entre le déni de Jean et l’affirmation de Jésus
Certaines personnes pensaient que le prophète Élie avait été enlevé au ciel sans mourir. Cela semble assez surréaliste, et ça l’est. À mon avis c’est une façon de parler qui n’est pas à prendre au sens matériel mais plutôt spirituel. Mais c’était débattu.
« Ils lui demandèrent : Quoi donc ? Es-tu Elie ? Et il dit : Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit : « Non. » » (Jean 1:21)
Jean Baptiste ne serait donc pas matériellement le prophète Élie qui serait resté vivant en chair et en os quelque part tous ces siècles pour se montrer en train de prêcher et de baptiser au 1ᵉʳ siècle. C’est en tout cas ce que Jean-Baptiste nie.
Pourquoi Jésus identifie-t-il Jean à Élie ?
Alors, vous avez raison, pourquoi est-ce que Jésus dit :
- Matthieu 11:14 : Jésus dit : « Et si vous voulez le comprendre, c’est lui [Jean-Baptiste] qui est l’Élie qui doit venir. »
- Matthieu 17:12 : Jésus dit encore une fois que « Élie est déjà venu et ils ne l’ont pas reconnu ».
En quel sens Jésus serait Élie par certains côtés et pas le prophète Élie par d’autres côtés ?
Une mission spirituelle commune : préparer le chemin
Certains pensaient que le prophète Élie préparerait la venue du Messie. Si ce n’est pas un travail physique, bien sûr, c’est plutôt par sa prédication. Le nom même d’Élie (Éli-Yah) est une prédication, cela signifie littéralement « Mon Dieu c’est YHWH ». Or, dans la Bible hébraïque, quand Dieu est appelé YHWH (le Seigneur, ou l’Éternel dans nos traductions), c’est en général pour le présenter comme donnant la vie, comme sauvant, pardonnant, faisant grâce.
C’est ce que manifeste Jean-Baptiste. En effet, ce nom même de « Jean » (Yo-Ranane) signifie littéralement « YHWH est grâce« , amour inconditionnel, pardon gratuit. C’est le cœur de ce que Jean-Baptiste nous propose : nous plonger dans cette grâce et ce pardon de Dieu.
L’esprit d’Élie et la grâce du Christ
- C’est ainsi que Jean nous prépare effectivement à recevoir le Christ dans notre vie, puisque Jésus manifeste effectivement ce salut de Dieu venu pour nous, venu même en nous par son Esprit. En ce sens, Jean a effectivement accompli le rôle qui était attendu d’Elie, ou dans l’esprit d’Elie.
- Mais en même temps, ce prophète Élie a vécu 900 ans avant Jésus, il n’a aucune chance d’être vivant du temps de Jésus (à moins de croire à la réincarnation, ce qui n’est pas du tout le cas des Hébreux).
C’est pourquoi je pense que Jean est à la fois l’Élie qui devait venir, sans être le prophète Élie en chair et en os.
L’héritage de Jean-Baptiste au 21ème siècle
Quant à nous, je ne pense vraiment pas que nous allons croiser non plus en chair et en os le prophète Élie se promenant dans les rues au 21ᵉ siècle afin d’aider la population à accueillir Jésus comme Christ dans leur vie. Mais il reste ce message de Jean, et nous avons en plus ce qu’a accompli Jésus par ses paroles et par sa vie tout entière pour manifester la grâce de Dieu. Nous pouvons bien plus facilement que du temps de Jean nous ouvrir à la confiance totale en Dieu comme source de vie, et nous préparer ainsi à avancer avec et par le Christ, c’est plutôt une bonne chose, je pense.
À l’époque, il semble que de nombreux disciples de Jean-Baptiste sont devenus effectivement disciples de Jésus. Mais certains sont restés disciples de Jean, même si leur groupe de disciples diminue effectivement. Il reste aujourd’hui encore des disciples de Jean-Baptiste qui parlent encore l’araméen, qui pratiquent encore le baptême, et qui ne sont pas devenus chrétiens pour autant : ce sont les mandéens, ils étaient assez nombreux en Irak jusqu’au temps de Saddam Hussein, mais après le chaos qui a suivi la guerre, ces pauvres mandéens ont été massacrés ou dispersés abondamment.
Cette histoire montre la liberté qu’il y a face à l’espérance de Dieu. Il propose, il appelle, mais il laisse libre chacun de suivre son chemin. Et je suis persuadé que Dieu garde tout son amour, évidemment, aux disciples de Jean-Baptiste, ceux qui pensent qu’il était un prophète, de se voir le prophète ultime.
Donc bravo à vous pour votre interrogation féconde. Dieu vous bénit et vous accompagne.







