
Je voudrais croire en Dieu, mais peut-être est-ce pour de mauvaises raisons ?
Avez-vous le sentiment de vouloir croire en Dieu par peur de l’enfer ? Découvrez la réponse bienveillante et éclairante du pasteur Marc Pernot.
Question posée :
Bonjour Monsieur le pasteur. J’ai 25 ans. J’ai grandi dans une famille d’une église très étroite et j’ai étudié la Bible avec eux pendant près de 2 ans lorsque j’avais 19 ans. Après avoir quitté cette église, j’ai passé quelque temps sans me soucier de Dieu, mais me voilà maintenant pris avec cette quête de vérité à son sujet. J’ai ce sentiment au fond de moi que Dieu existe, ce sentiment d’éternité qui ne veut pas partir. Est-ce lié à mon enfance et mon éducation ? Tel un métal en fusion que l’on forge et qui garde les marques du forgeron. Je ne sais pas. Par contre, je sais qu’aujourd’hui je dois le trouver s’il existe. À la manière du pari de Pascal, j’ai l’impression que mes intentions sont tournées vers la peur du feu éternel et non pas par amour pour lui.
Je suis sceptique. D’un côté, on peut voir la complexité du monde dans lequel on vit, le changement qu’il apporte dans la vie de ses fidèles, une sagesse remarquable dans ces écrits et cela donne un sens à la vie. De l’autre côté, on a les fossiles retrouvés, les incohérences de la Bible telles que : la Genèse a plagié les Sumériens, l’Arche de Noé ne pouvait définitivement pas contenir tous les animaux, les Amérindiens qui vivaient sur le continent américain sont probablement en enfer car ils n’ont jamais entendu parler de la Bible, les kangourous qui sont retournés en Australie je ne sais comment, etc. Et moi, dans tout ça, je dois mettre tous ces faits de côté et croire en Dieu ?
La chose qui me pousse à chercher des réponses, c’est que si Dieu n’est pas à l’origine de toutes choses, nous ne sommes que de la matière en mouvement affectée par diverses énergies depuis des millions d’années et le mal qui est commis ne sera pas puni, il est simplement là et c’est tout. D’autres seront plus chanceux que d’autres et il faut l’accepter.
Peut-être que l’homme est tellement orgueilleux qu’il ne peut accepter qu’il n’y ait pas de sens à la vie. Je prie quelquefois Dieu de me prouver qu’il existe. Je suis un cas difficile, un peu comme avec l’histoire de la toison sèche. Je n’ai pas envie d’aller en enfer si cela existe, mais je ne veux pas non plus servir Dieu par peur tout simplement.
Merci de l’écoute que vous m’apportez. J’attends votre réponse avec enthousiasme. Bonne journée à vous. Et si Dieu existe, qu’il vous bénisse.
Réponse d’un pasteur :
Bonjour Monsieur,
Bravo de chercher Dieu et d’espérer pouvoir encore lire la Bible malgré ce qui vous a été infligé.
Foi, intelligence et lecture de la Bible
Cette lecture de la Bible que l’on vous a inculquée est une lecture faite avec une grille de lecture traditionnelle propre à cette église. Il existe bien d’autres façons de la lire, heureusement. Je suis moi-même de formation scientifique, avec des diplômes d’ingénieur, et d’autres en informatique. Et non seulement je ne vois aucun conflit entre ma foi, la lecture de la Bible et la science, mais en plus je suis venu à la foi et à la lecture de la Bible au cours et grâce à mes études scientifiques.
Il est hors de question de renoncer à son intelligence et à son bon sens pour lire la Bible, pour croire ! Ce serait contradictoire, puisque l’intelligence est un don de Dieu, une bénédiction spéciale. L’exercer et l’entraîner font partie de la vocation de chaque personne. Et Jésus insiste pour dire que notre réflexion personnelle est une des dimensions de notre amour de Dieu. Pour lire la Bible, j’ai mis sur le site quelques conseils pour lire la Bible et quelques outils. Il y a des prédications, aussi, qui peuvent vous aider à comprendre comment tirer du sens de ces textes anciens.
Se libérer de la pédagogie de la peur
Votre peur de Dieu est un petit peu comme un syndrome post-traumatique. Cela demande quelque temps pour s’en libérer en sortant d’une église comme celle où vous avez été instruit, où est utilisée une « pédagogie de la peur ». Mais les personnes s’en sortent en général quand même assez rapidement. Tout dépend bien sûr à quel point vous avez été traumatisé. Mais ne vous inquiétez pas : travaillez votre conviction intellectuelle que Dieu est amour, qu’il n’est qu’amour. Priez ce Dieu dans la contemplation et dans la confiance. Dieu s’occupe du reste, comme le fils prodigue qui revient vers son père en n’étant pas bien sûr de son amour : le père, le voyant venir de loin, fait le reste du trajet et le fait entrer dans une grande fête joyeuse (Luc 15).
Ce n’est pas par peur que nous cherchons Dieu, ni que nous essayons de faire du bien. C’est parce que cela nous plaît. Parce que cela fait partie de la vie bonne, belle et vraie. C’est à mon avis la seule bonne raison. Si l’on prie Dieu par crainte d’aller en enfer, ce n’est pas à Dieu que l’on pense, ce n’est pas Dieu que l’on honore en priant, c’est à nous-mêmes que nous pensons et nous prions par égoïsme. De même, si l’on aide un pauvre en pensant gagner des bons points pour avoir son paradis, ce n’est pas le pauvre que l’on aime, c’est nous-mêmes et nous nous servons du pauvre pour soigner notre avenir. C’est assez nocif pour tout le monde (même si le pauvre a eu à manger, ce n’est pas tout).
Construire le sens de sa vie
Croire en Dieu ne donne pas automatiquement un sens à sa vie. Cela aide à le chercher, à le bâtir, à l’inventer. Mais Dieu n’est pas comme ça, un tyran qui nous place sur des rails. Il ouvre au contraire des possibilités nouvelles devant nous, et nous aide à avoir de la lucidité (c’est ce qu’évoque l’image de la lumière que Dieu nous donne).
Pourquoi alors croire en Dieu ? Comment expliquer… c’est un peu comme si l’on me demandait pourquoi aimer ? Ça sert à quoi ? Je répondrais la même chose : parce que c’est génial, que c’est parmi les plus belles choses de l’existence humaine. La plus belle parmi quantité de belles choses que la foi et l’amour rendent encore plus belles.
Vous êtes une bonne personne, avec une intelligence, une sincérité, un cœur, une foi (une vraie recherche, et donc une foi). C’est tout à fait encourageant.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
Pour approfondir : Retrouvez l’éclairage théologique sur ce que signifie existence de dieu : comment savoir ? qui est dieu ? au sein du Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Je voulais savoir comment on fait pour croire ? (et autres questions dans ces premiers pas)
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Est-ce qu’un jour je serais capable de ressentir Dieu à mes côtés ?
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J’ai a cœur d’aimer Dieu, mais j’ai peur car j’ai grandi dans un milieu chrétien très moralisateur
