Entre tradition catholique et vision protestante libérale, ce dialogue explore comment transmettre une image bienveillante de Dieu aux enfants. Un conseil pastoral pour naviguer avec respect entre les différentes sensibilités chrétiennes au sein d’une même famille.
La question d’une grand-mère sur la confession à l’école
Bonjour,
Mon petit-fils de 8 ans vient de me dire qu’à l’école (catholique) on lui a demandé de se confesser et le prêtre lui a demandé ce qu’il avait fait comme péché (il n’avait aucune idée, donc le prêtre lui a suggéré : est-ce que tu as mangé des bonbons en cachette… Évidemment oui !)… et il lui a dit : « Je te lave de tes péchés. »
J’ai essayé, très maladroitement, de lui expliquer que tout cela ne correspondait pas à ce que Dieu pensait de lui, mais je ne crois pas que j’y ai vraiment réussi. Que peut-on dire pour éviter de disqualifier l’Église catholique et en même temps lui donner une autre image de Dieu et de la religion ? Il vit dans un foyer mixte mais peu pratiquant, dans une école catholique assez traditionaliste, avec une grand-mère bretonne très traditionaliste et une grand-mère protestante (moi) plutôt libérale.
Merci pour un conseil !
Réponse d’un pasteur : La confession et l’absolution en question
Chère Madame,
La confession obligatoire et l’absolution par l’Église ?
Je partage votre gêne devant cette pratique imposée à un enfant : une confession assez intrusive, donnant une image de Dieu et du Christ comme étant à l’affût de nos fautes. Un Dieu qui garderait rancune de ces fautes tant que nous ne les aurions pas avouées. Cette façon de pratiquer l’absolution est loin d’être neutre : elle peut laisser penser à l’enfant que c’est le prêtre qui est bon et qu’il le sauve d’un Dieu terrible dans sa rigueur.
Il y a d’autres façons de comprendre notre ministère confié par Jésus à ses disciples (Mt 18:18 ; Jean 20:23) : nous avons précisément pour rôle d’annoncer le pardon systématique de Dieu, et donc de témoigner de son amour manifesté en Christ même pour le pécheur. Car si nous n’annonçons pas le pardon de Dieu, des personnes resteront dans la culpabilité et la crainte d’un Dieu terrible. Alors qu’effectivement l’annonce du pardon de Dieu a priori peut aider la personne à se tourner vers Dieu avec confiance et donc à travailler avec Dieu main dans la main pour progresser et réparer nos dégâts si possible.
Nous sommes donc d’accord en ce qui concerne le côté intrusif de cette demande, le côté obligatoire de la confession et cette forme d’absolution à la première personne par le prêtre « je te lave de tes péchés ». Mais tout n’est pas négatif non plus dans cet appel à l’introspection, tout dépend de comment c’est fait (ou plutôt de comment c’est entendu par l’enfant). Prendre en cachette un bonbon n’est rien, effectivement, mais la confiance est un élément fondamental de tout contrat social aussi bien en famille qu’entre amis, au travail, et dans le monde. Ce n’est donc pas tant contre Dieu qu’il a péché, évidemment, mais en même temps il serait bon de pouvoir travailler sur la valeur de la confiance que d’autres ont en nous, et nous en eux ? Je pense que c’est une question dont ils discutent en catéchisme à différents stades du développement de l’enfant, puis du jeune.
Une éducation œcuménique favorable à l’enfant
Mais là n’est pas la question, je pense, dans le cas de votre enfant. Vous posez excellemment la question et les objectifs : ne pas disqualifier l’église sœur à ses yeux, l’église de son autre grand-mère, et néanmoins donner au garçon aussi votre vision. C’est non seulement légitime, mais c’est précieux pour lui et c’est tout à fait possible. À mon avis.
Le fait qu’il bénéficie d’une pluralité de témoignages chrétiens différents peut véritablement être une chance pour lui, offrant une palette de façons d’être chrétien. C’est ce qui peut lui donner envie de retenir ce qui est commun : le Christ, Dieu, la prière, les évangiles… et de sentir la profondeur de ces questions, et de saisir qu’il a le droit de se façonner sa propre façon d’être chrétien.
Cette pluralité de témoignages chrétiens est une chance pour cet enfant à une condition, comme vous le dites très bien : qu’il y ait un vrai respect entre les différents chrétiens de sa famille. C’est largement le plus important : éviter tout contre-témoignage et, au lieu de cela, lui offrir à la fois le Christ et l’amour du prochain. L’amour de Dieu sincère et la bienveillance, de sorte que la foi nous rassemble et ne nous divise pas.
Comment faire concrètement ?
Rappeler sans cesse que l’attachement au Christ nous est commun à tous et que c’est l’essentiel. Qu’il est normal qu’il y ait des points de vue différents sur certains points : que c’est une richesse, comme la diversité des goûts et des visages. Certaines personnes aiment le foot et d’autres l’aviron, et que l’on peut être amis quand même ! qu’on peut aimer ou non le kouign-amann, la choucroute et la pizza. Chacun ses goûts. La diversité de points de vue lui offre une liberté pour se faire sa propre opinion, peu à peu, dans le respect de ceux qui pensent différemment (tant que c’est une idée qui respecte les autres).
Et donc :
- Ne jamais, absolument, dire du mal de la position de l’autre église. Dire même que c’est très bien, que c’est une belle façon de voir et de faire.
- Et alors parler en « je », comme un témoignage de ce qui vous fait vivre vous, sans que cela soit présenté comme LA vérité. Mais une alternative possible.
Par exemple, sur la question des fautes et de la confession, vous pourriez dire quelque chose comme : Moi, je confie à Dieu directement dans la prière secrète, dans mon cœur, tout ce que j’ai sur le cœur ; car je sais bien, je sens que Dieu est le meilleur de mes amis : il n’est et ne sera jamais contre un de ses enfants, il est toujours là pour me soutenir. Je lui confie quand je suis heureuse et fière de moi, et je lui confie quand je regrette de ne pas avoir été meilleure : dans les deux cas il m’aide beaucoup, augmentant ma joie et mes forces… Quand j’ai été vraiment nulle, il n’est pas en colère contre moi, mais il m’aide à avancer. Comme un bon médecin : il n’est pas en colère contre celui qui a de la fièvre : il prend soin de lui, lui indique de ne pas sortir dans le froid, lui donne du Doliprane et du sirop contre sa toux…
Et effectivement dire à l’enfant que cela nous fait du bien de travailler sur nos fautes, que cela aide à progresser, que c’est sans doute le but de ce prêtre.
Ce garçon a vraiment de la chance, ou plutôt une double bénédiction d’avoir carrément DEUX grands-mères sincèrement engagées dans la foi chrétienne et qui l’aiment toutes les deux très fortement.
Dieu vous bénit, vous, ce garçon, et tous ceux qui ont à prendre soin de lui.
par : pasteur Marc Pernot






