Je suis catholique de sensibilité progressiste, pas facile. Dois-je me tourner vers le protestantisme ?

Par : pasteur Marc Pernot

Visage d'une femme qui tourne son regard vers ailleurs - Photo by Kevin Wolf on Unsplash

Un regard qui se questionne, qui se tourne, s’oriente, cherche le chemin. Cela fait partie du processus même de conversion. Pour le meilleur. Avec Dieu.

Question d’un visiteur :

Bonjour
Je me permets de vous écrire car je suis un peu perdue et j’ai trouvé votre site. Je me suis dit que peut-être vous pourriez m’aider à y voir plus clair.
Voila, j’ai 40 ans, mariée, un enfant. J’ai été athée jusqu’en 2012. Je ne croyais pas du tout, n’ai pas fait de mariage à l’église et j’avais des propos assez durs sur la religion. et puis un jour je me suis posée la question, et si Dieu existait… s’il attendait que je le vois. j’ai commencé à me poser beaucoup de questions, j’étais comme poussée à agir et j’ai fini par assister à une messe catholique. Le prêtre, lors du sermon, a parlé des nouveaux convertis, de ceux qui finissaient par croire sur le tard et j’ai pris ça pour un signe. J’ai donc commencé à fréquenter l’église, à assister aux messes. J’étais baptisée mais je n’avais pas fait ma première communion et ma confirmation. Je l’ai donc fait et c’est à cette période alors que j’avais des difficultés à avoir un enfant que je suis tombée enceinte.
Pour moi, Dieu avait exaucé ma prière.
Le problème, c’est que j’ai commencé à me poser des questions. Pas sur l’existence de Dieu, j’y crois de tout mon coeur, mais sur la religion. On m’a dit qu’il fallait suivre le pape alors que je n’approuve pas du tout certaines de ses positions, on m’a dit qu’il fallait que je prie Marie, que c’était très important, mais je n’arrive pas à la prier, je n’arrive qu’à prier Jésus, pour moi Marie n’est pas « importante ».
du coup je ne suis plus allée à l’église et je me suis demandée est-ce que je suis vraiment catholique ? je suis plutôt d’idée progressiste, je suis pour le mariage des prêtres, les femmes ont à mon avis le droit d’officier comme les hommes et devraient pouvoir accéder aussi à la prêtrise. des choses comme cela… je me suis demandée si je devrais pas plutôt me tourner vers le protestantisme. Est-ce que cela me conviendrait mieux ?
je ne sais pas comment avancer dans ma foie. J’ai lu la bible (pas tout, mais les 4 évangiles, la genèse et l’exode) et je ne sais plus maintenant quoi faire. Dois je retourner à l’église alors que les positions de la majorité des catholiques ne me correspondent pas ? est-ce que je dois prier chez moi simplement ? est-ce que je dois me tourner vers le protestantisme ? je ne sais plus…
je me dis qu’en parler avec quelqu’un m’aidera à y voir plus clair
en vous remerciant
cordialement

Réponse d’un pasteur :

Chère Madame

Grand bravo pour votre démarche de foi, d’abord et surtout, bravo de vous poser des questions : c’est ce qui permet d’avancer, et d’approfondir la sincérité de notre relation à Dieu, dans la perception de l’Evangile du Christ, et dans notre propre vocation. Bravo aussi de chercher une communauté à fréquenter, ce n’est pas l’essentiel mais c’est bien et c’est profitable.

La religion est relative, toute église est appelée à se convertir, bien sûr, comme nous le sommes tous. En général un groupe de personnes n’est pas meilleur que la moyenne des personnes qui y appartiennent, souvent il est même un peu moins bon, et il présente les défauts du plus pécheur de ses membres. Même si l’église est appelée à être par Dieu, même si l’on fait tout pour qu’elle soit le mieux possible, nous n’échappons pas à cette réalité très concrète. Quand on sait cela, on attend de l’église tout le bien qu’elle peut apporter, et on fait avec les désagréments qui peuvent arriver. Tant que ce n’est pas trop grave quand même. Tant que cela ne nous met pas nous-même en souffrance, tant que l’on peut aller le dimanche à l’office le cœur léger et dans l’impatience heureuse de ce que on va recevoir.

Effectivement, si le prêtre ou pasteur refuse les sensibilités diverses, la paroisse devient un club de personnes à la pensée homogène et cela peut devenir très pénible. Heureusement que toutes les paroisses catholiques ne sont pas comme cela. Peut-être que vous pouvez essayer de fréquenter plutôt une paroisse un petit peu plus loin ? Ou une église desservie par des prêtres dominicains, jésuites ou oratoriens, ils ont souvent un degré de formation théologique et biblique excellent, et souvent moins attachés à la ligne du parti, si je puis dire.

Vous n’êtes pas seule dans le catholicisme à avoir cette ouverture, et vous pourriez retrouver d’autres personnes avec qui vous vous sentiriez plus à l’aise. Vous pouvez aussi vous investir moins dans la paroisse et prendre des temps de retraite dan sdes monastères.

Mais si vous ne trouvez pas de communauté catholique où vous soyez bien, et que la paroisse protestante à côté de chez vous est intéressante et ouverte, si elle comporte également une belle part de questionnement biblique et théologique, vous pouvez y aller, de temps en temps, pour certaines activités, ou régulièrement. Vue votre ouverture, je pense que vous devez éviter les églises dites « évangéliques » et certaines paroisses protestantes qui auraient évolué dans le sens d’une certain durcissement des positions (cela peut arriver aussi). Si vous choisissez de bénéficier des services des églises protestantes, rien ne vous oblige à quitter totalement ni officiellement le catholicisme pour autant, vous pouvez aussi choisir de devenir officiellement protestante. Dans une église ouverte, il ne vous sera pas demandé de baptême. Si vous le voulez une cérémonie d’accueil, ou de profession de foi peut être organisée. C’est comme vous le sentez.

En tout cas, c’est la foi, votre relation à Dieu, votre réflexion sur vous-même et votre vie devant Dieu qui est l’essentiel. La religion et les églises ne sont que des salles de musculation pour avancer. Rien de plus. Et rien de moins non plus.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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2 réponses

  1. CAPMEIL dit :

    En ce qui me concerne, j’ai grandi dans une famille catholique et ai travaillé dans un milieu catholique. Cela m’a permis d’avoir une foi solidement chevillée au corps mais ne m’as pas empêché de m’éloigner d’une Église catholique trop hiérarchique et pas assez ouverte à mon goût.
    C’est pour cette raison que je me suis tourné en 2013 vers les protestants réformés libéraux de l’Oratoire du Louvre à Paris où Marc Pernot était pasteur alors. Je n’ai jamais regretté mon choix et me sent chaque jour heureux d’être protestant.

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