13 décembre 2023

verre brisé, troublant la vue - Image par PublicDomainPictures de https://pixabay.com/fr/photos/contexte-violation-verre-cass%C3%A9-164695/
Question

J’avais déjà des réticences en ce qui concerne l’église, mais alors là c’est décourageant !!

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Face aux récits de miracles eucharistiques surprenants et aux scandales ecclésiaux, le pasteur Marc Pernot invite au discernement spirituel. Il rappelle que la vraie foi ne repose pas sur des illusions miraculeuses, mais sur un engagement sincère et incarné au service de l’Évangile.


 

Question posée :

Bonjour,
Je suis née dans une famille catholique mais je cherche toujours Dieu !
Hier j’ai entendu un écrivain parler du miracle eucharistique qui s’est produit lors d’une messe. Une hostie se serait transformée en un morceau de chair provenant d’un cœur vivant !
J’ai été profondément choquée d’entendre cela, surtout que le pape François aurait constaté l’événement quelques jours après !
Alors soit le pape François aurait été berné, ou alors si c’est la vérité, comment peut-on l’expliquer ?
J’avais déjà des réticences en ce qui concerne l’Église catholique, mais alors là c’est décourageant !
J’aimerais savoir ce que vous en pensez.
Merci beaucoup pour votre réponse que j’attends avec impatience.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour.

Miracle ou pieuse supercherie ?

Personnellement, je ne pense pas une seconde que cette transformation d’une hostie en morceau de cœur humain vivant (!) ait pu arriver au sens matériel du terme.

À mon avis, c’est une pieuse supercherie. But pieuse sans doute, car cherchant à dire que la transformation opérée à la communion a des implications bien réelles dans notre monde, que ce ne sont pas que des paroles. Notre communion avec le Christ doit s’incarner dans notre chair : dans notre façon d’espérer, d’aimer, d’écouter Dieu, et dans des actes de compassion.

Au sens spirituel, cette mise en scène a un certain sens. Je suppose que c’est pour cela que Mgr Jorge Mario Bergoglio (qui deviendra le pape François) a reconnu ce miracle. Mais je n’en sais rien, bien sûr. Cela m’attristerait qu’il ait lui-même participé à monter cette supercherie, abusant de la confiance et de la naïveté des fidèles.

La fin justifie-t-elle les moyens ?

Même si les intentions sont bonnes, je ne pense pas que ce soit une façon de transmettre l’Évangile. Ce n’est pas par le mensonge que l’on témoigne de la vérité. Le mensonge reste le mensonge, et pour transmettre l’Évangile, il y a là une choquante contradiction. Ici, c’est plus que du mensonge : c’est abuser de la naïveté des populations, ce qui n’est pas loyal. Tout cela porte au détriment de l’Évangile un triste contre-témoignage.

De toute façon, si c’était vrai, qu’est-ce que cela dirait de Dieu ?

  • Il serait capable de ce genre de tour de magie, et il ne multiplierait pas les pains et les poissons pour éviter que dix mille enfants meurent de faim chaque jour dans le monde ? Quel exemple nous donnerait Dieu !
  • Reconnaître ce « miracle » signifie qu’il nous faudrait adhérer à ce surnaturel invraisemblable et mettre de côté notre raison au nom de la foi. C’est un message très ennuyeux pour le monde.

Donc en définitive, je ne pense pas que le bilan de cette communication sur cette affaire soit intéressant pour développer la foi en Christ dans le monde, ni la droiture, ni la fidélité, ni la confiance dans les Églises…

Mais ce n’est certes pas le pire des contre-témoignages que portent les hommes et les religions. Il nous faut bien le reconnaître. Comme tout groupe humain, les Églises ne sont pas meilleures que la moyenne des personnes qui les composent. Un groupe est même en général plus mauvais que la moyenne des personnes qui le composent : c’est ainsi pour toutes les associations, groupements, partis et syndicats.

Dénoncer les scandales et faire preuve de bienveillance

Seulement, comme pour tout, nous pouvons faire preuve de bienveillance et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les Églises apportent un réel et bon service dans le monde, y compris l’Église catholique. Dénoncer ce qui ne va pas est utile et nécessaire afin de faire progresser nos institutions, mais cela ne nous empêche pas d’avoir de l’admiration et de la gratitude pour les services rendus dans le monde, pour les témoignages d’hommes et de femmes dans les paroisses, les associations, les monastères… et de le dire, de le publier, de nous y engager. Nos institutions ne progresseront que de l’intérieur : elles deviendront ce que nous en ferons, collectivement.

Il me semble que c’est aussi la juste réponse à des faits bien plus graves qui secouent les institutions : les scandales d’actes pédophiles et d’atteintes sexuelles commis et cachés. La réponse ne me semble pas être de quitter l’Église, et encore moins de quitter la foi, car les personnes choquées sont précisément celles qui pourraient aider à faire avancer les choses.

Il faut tout simplement plus de personnes ayant vraiment la foi, des personnes que cela fait vivre, des personnes qui s’engagent avec droiture et fidélité, qui parlent de ce qui ne va pas ET de ce qui va bien. Des personnes de bon sens et de foi, actives dans la société et qui fassent avancer leur Église. Sinon quoi ? Abandonner la société à une absence de foi sincère, ou laisser les Églises aux personnes qui ne sont pas dégoûtées par la compromission ? Dieu nous donne la force, au contraire, de tenir debout et de témoigner du Dieu vivant.

Dieu vous bénisse et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Sur ce sujet : Découvrez la définition et les enjeux autour de la question de l’Église dans le Petit Dictionnaire de Théologie.

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En écho à ce texte :

2 Commentaires

  1. andiran nathan dit :

    Je partage, en grande partie, le commentaire de Marc Pernot : l’on ne peut rien bâtir de solide sur la falsification de la vérité . Que de tels « miracles » n’éclairent en rien et apportent de la superstition là où il faudrait mettre de la foi .

    Là où je suis à peine un peu plus nuancé, ce sont sur les graves dérives touchant l’Institution catholique. Plusieurs rapports en France, Espagne, Irlande identifient des milliers d’enfants victimes d’agressions sexuelles. Cela n’est donc pas seulement des dérives individuelles ( ce qui peut arriver dans toute institution) mais des dérives institutionnelles. Cela met donc la responsabilité morale de l’Eglise en cause !
    Yvan Illich employait la formule « La perversion du meilleur engendre le pire » ». Il me semble donc sensé qu’on puisse se poser la question d’appartenir à une institution aussi pervertie. Tout en reconnaissant que beaucoup de bonnes personnes puissent s’y trouver . Juger l’Institution n’est pas juger chaque individu.

    1. Marc Pernot dit :

      Il ne faut pas non plus confondre l’institution avec la paroisse de base, ses paroissiens engagés, le curé qui fait ce qu’il faut. Il y a un monde entre ce petit peuple de la vie de tous les jours et Rome, ou même l’évêque.

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