Dans notre groupe interreligieux, se pose la question de savoir si on peut prier ensemble ou non ?

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4 réponses

  1. Robinson dit :

    Cher Marc, merci pour ta longue réponse ! Je comprends les nuances pour syncrétisme et prosélytisme. Au fond, l’essentiel est de rester sincère et bienveillant dans l’échange, avoir assez confiance dans ce qu’on est pour ne pas avoir peur d’être transformé par l’autre.

    Pour le relativisme, voilà bien un des mots qui piquent de la théologie qui demandent d’abord une définition ! Bien d’accord pour relativiser les dogmes. Le dialogue interreligieux entre amis peut être d’ailleurs un catalyseur pour faire grandir les croyants dans leur théologie – et devenir plus libéraux.

    Le problème serait de penser qu’on peut tout accepter au nom de l’ouverture d’esprit. Non seulement des opinions qui s’opposent à l’éthique et à la loi, tu cites l’homophobie et le racisme à juste titre, mais aussi des opinions qui s’opposent à la science. Notamment l’arquéologie sur le contexte d’écriture de nos livres, la biologie sur l’apparition et l’évolution de la vie et de l’homme, l’histoire sur la Shoah, l’écologie sur le dérèglement climatique. Parfois il n’y a pas de dialogue possible, les faits ne sont pas des opinions.

    • Marc Pernot dit :

      Bonsoir
      & merci pour les encouragements !

      Le problème du mot “relativisme” est que c’est une injure dans la bouche de certains, la définition c’est donc quelque chose comme “pouah ta pensée sent mauvais, car elle transgresse la limite que j’impose à liberté de ma propre pensée”. Donc effectivement la définition du relativisme est relative ! Elle dépend de ce qui est tabou pour celui qui porte ce jugement.

      Dans un groupe interreligieux, la discrimination est une sorte de tabou, je pense, et celui qui dirait que l’on a bien le droit d’être raciste et homophobe serait frappé d’anathème. Alors que dans une église à fond sur la très sainte trinité, quelqu’un qui dirait qu’après tout Jésus est un homme normal aura peut être le même type de difficultés à se faire entendre.

      C’est vrai que je suis très attaché à la solidité de la cohérence de la pensée, personnellement. Cela dit, une personne qui a une pensée fantaisiste, faisant fi de toute vraisemblance, a bien le droit de s’exprimer, et ne me dérange pas outre mesure tant qu’elle est tolérante. Par exemple une personne qui pense que Jésus aurait marché sur l’eau physiquement, matériellement. Je considère que cela n’a aucun sens (à mon avis), mais cela ne me gène pas qu’une personne le pense. Je suis bien d’accord avec toi, il n’est alors pas la peine de discuter alors que les univers mentaux sont sur des plans parallèles. Cependant, entre personne civilisées on peut néanmoins tout à fait être dans la même église, et étudier la Bible ensemble pour chercher comment on peut s’ouvrir, grâce à ce texte, au salut de Dieu pour nous aujourd’hui. Et il est bien possible que cette personne pense comme moi que notre espérance n’est pas d’arriver à traverser le lac à pieds, mais que par la foi, Christ fasse que nous puissions faire notre chemin sans être englouti par le chaos, les tempêtes de l’existence. Et si cette personne persiste à penser que si, absolument, elle attend que la foi en Jésus la fasse marcher sur l’eau, alors je lui proposerai de nous prévenir pour que nous soyons là pour la soutenir quand elle essayera.

  2. Robinson dit :

    La différence entre “être ensemble pour prier”, chacun à sa façon les uns après les autres, et “prier ensemble”, dire les mêmes mots et poser les mêmes gestes en même temps me paraît fondamentale. C’est le second qui nous interroge.

    Qu’est-ce qu’une prière inclusive ? Faut-il prendre en compte chaque culture, un peu de patois de Canaan et un peu d’ailleurs, au risque de faire un mélange morue aux fraises-épinard-chocolat indigeste ? Ou chercher le plus petit dénominateur commun, viser l’universel sans les contingences culturelles ? Une prière déiste ? Tu me répondras peut-être que la solution est de méditer ensemble sur l’instrumental d’une cantate de Bach !

    Un point important est que notre association accueille aussi des personnes de convictions agnostiques et athées. Ce temps spirituel risque de les exclure. Cette minute de silence laïque, que chacun interprète et vie à sa façon est d’une tristesse infinie mais au moins fait l’unanimité.

    • Marc Pernot dit :

      Je ne comprends pas trop.

      Si le silence de l’athée sur Dieu n’exclut pas le croyant. Pourquoi la prière du croyant exclurait l’athée ?

      En fait, l’absence de prière est un plus petit dénominateur commun réduit donc au néant, c’est à dire à l’athéisme.

      Il me semble qu’entre personnes de bonne volonté, et c’est précisément un peu le but de ce genre de réunions, chacun devrait pouvoir être lui-même (se limitant seulement à ce qui n’injurie pas un autre), sans que les autres se sentent exclus. Et si dans un tour de table où chacun dirait une courte prière à sa façon, l’athée faisait silence ou lisait un poème d’Eluard, il aura eu sa place dans l’expression de l’essentiel pour lui. Cela me semble plus intéressant. A la fois dans le fond (de ce qui sera dit), et dans la forme (faire attention à ce que l’on dit et comment cela peut être entendu, et accepter qu’il y ait une diversité explicite de façon d’espérer).

      Cela me semble mieux que le zouli poème bien consensuel, et donc qui ne dit pas grand chose sur le fond, et qui, sur la forme, n’assume pas vraiment la diversité comme étant une richesse.

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