
Dans notre groupe interreligieux, se pose la question de savoir si on peut prier ensemble ou non ?
Prier ensemble dans un groupe interreligieux : faut-il craindre le syncrétisme, le prosélytisme ou le relativisme ? Un pasteur invite à déplacer la vigilance vers l’intégrisme et le dogmatisme, et à reconnaître dans la prière d’autrui un même élan vers Dieu.
Question posée :
Bonjour Marc,
Je fais partie d’un groupe interreligieux dans ma ville. Beaucoup d’actions communes, de dialogue ou de solidarité, mais encore en plein cheminement sur la question de la spiritualité qu’on peut avoir ensemble. Pour l’instant on se limite à une minute de silence au début de nos réunions.
A Assise en 1986 un Pape avait décrété qu’on ne pouvait pas prier ensemble, mais seulement être ensemble pour prier. On voudrait éviter les trois écueils que sont le syncrétisme, le prosélytisme et le relativisme – comment faire ? Au moins entre chrétiens et juifs, n’y a-t-il pas une proximité qui devrait permettre de partager quelque chose de la foi sans se trahir ?
Amitiés,
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir,
Je ne suis pas absolument certain que le syncrétisme, le prosélytisme et le relativisme puissent être décrétés trop vite comme les trois écueils. À mon avis, je commencerais par examiner pourquoi cela le serait nécessairement et à quel moment.
Est-ce que décréter cela ne viendrait pas des autorités religieuses ? Cela me semble probable. Cela dit, je comprends que votre association veuille politiquement et diplomatiquement protéger les sensibilités de ces autorités. Chacune et chacun est à accompagner, pas à pas, selon ses forces.
Repenser la notion de syncrétisme
Mais si une brave personne met son cœur dans une recherche de Dieu et fait son miel en prenant un peu à gauche et à droite : de quel droit pourrait-on lui dire que c’est du syncrétisme ? D’ailleurs, notre foi à tous s’est historiquement construite ainsi ! Le pluriel de Elohim (Dieu en hébreu) n’est pas seulement un pluriel de majesté, c’est aussi un pluriel qui récapitule tout le divin : c’est « l’assemblée des dieux » qui devient alors le sujet des verbes conjugués au singulier.
Quand ensuite la confession de foi fondamentale du judaïsme, reprise par Jésus, est d’écouter Yhwh Dieu comme unique, on pourrait taxer cela de syncrétisme aussi. Et le culte marial, ou la prière à Jésus que l’on entend dans nos temples et cantiques… c’est également proche d’une forme de syncrétisme. Il serait intéressant de consulter des théologiens comme Thomas Römer ou Jean-Daniel Dubois sur ce sujet.
Personnellement, je suis très attaché aux textes bibliques et ne suis pas prêt à mettre un bouddha, une icône, un cristal, ni même une croix ou une bougie sur un petit autel de prière. Mais chacun son chemin. La sincérité est, à mon avis, l’élément le plus important dans notre recherche de Dieu.
Prier ensemble sans se trahir
Je ne suis pas du tout opposé au fait de prier ensemble. Mais dans ce cas, il est préférable que ce ne soit pas une seule voix qui soit représentée, mais plusieurs, ou alors à tour de rôle. Que ceux qui veulent prier leur Dieu, leurs divinités ou leur arbre comme ils l’entendent le fassent ; j’y reconnais une communion possible avec ma propre prière. Même si elle s’exprime différemment, cela ne met pas ma foi en danger.
Prosélytisme, intégrisme et dogmatisme
Le prosélytisme est certes un mot chargé, mais quand je dis à quelqu’un combien ma foi est précieuse pour moi, tant que je ne prétends pas que celui qui pense différemment est dans l’erreur ou rejeté par Dieu, cela me semble être une façon de reconnaître l’autre comme un frère. Plutôt que le prosélytisme, je désignerais l’intégrisme et le dogmatisme comme de véritables écueils.
Le relativisme et la transcendance
Quant au relativisme, dans une certaine mesure, il ne fait pas de mal. S’il faut rester ferme sur des valeurs de base (contre l’homophobie ou le racisme), il me semble sain de relativiser les doctrines, les rites et les institutions par rapport à Dieu. C’est la base même de l’idée de transcendance.
Quand on sacralise sa propre confession de foi ou son institution, on a parfois du mal à reconnaître que Dieu est d’un autre ordre. Ce relativisme, qui reconnaît la transcendance de Dieu par rapport à la religion, ne signifie pas que le croyant cesse de chercher. On peut avoir de vraies convictions, d’autant plus fortes qu’on a réfléchi sincèrement et en liberté.
En résumé, je chercherais à placer les points de vigilance ailleurs. Par exemple, on peut établir comme règle que tout texte lu ou prière prononcée ne doit pas stigmatiser autrui ni poser un exclusivisme radical. On peut admirer la foi d’un autre priant et reconnaître dans son élan quelque chose qui est dirigé vers ce que j’appelle Dieu.
Qu’il te bénisse et t’accompagne.
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Dieu – Élohim, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Dans quelle mesure notre relation à Dieu relève-t-elle du domaine de l’intime, de la pudeur ?
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Si la lecture de la Bible est source d’un vrai bonheur, prier reste pour moi une épreuve
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Comment concilier toutes les religions qui prétendent détenir la vérité. Elle ne peut pas être multiple !

Comment vivre une relation religieuse avec ma soeur ou mon frère musulman en humanité ?
A bientôt
Fraternellement en Christ
Eh bien simplement en respectant leur façon d’être religieux, tant que leur foi est ouverte, ne prétendant pas avoir l’unique véritable et bon chemin vers Dieu. Respecter leur philosophie de vie, tant que la personne humaine est également respectée, quelle que soit son sexe, sa religion, ses préférences sexuelles, ses origines, sa foi.
Pour nous, dès lors que l’on pense qu’il y a un seul Dieu, toutes les religions mènent nécessairement vers le même Dieu. Au bout de nos chemins respectifs, nous nous retrouverons devant Dieu.
C’est lui qui nous bénit et nous accompagne.
La différence entre « être ensemble pour prier », chacun à sa façon les uns après les autres, et « prier ensemble », dire les mêmes mots et poser les mêmes gestes en même temps me paraît fondamentale. C’est le second qui nous interroge.
Qu’est-ce qu’une prière inclusive ? Faut-il prendre en compte chaque culture, un peu de patois de Canaan et un peu d’ailleurs, au risque de faire un mélange morue aux fraises-épinard-chocolat indigeste ? Ou chercher le plus petit dénominateur commun, viser l’universel sans les contingences culturelles ? Une prière déiste ? Tu me répondras peut-être que la solution est de méditer ensemble sur l’instrumental d’une cantate de Bach !
Un point important est que notre association accueille aussi des personnes de convictions agnostiques et athées. Ce temps spirituel risque de les exclure. Cette minute de silence laïque, que chacun interprète et vie à sa façon est d’une tristesse infinie mais au moins fait l’unanimité.
Je ne comprends pas trop.
Si le silence de l’athée sur Dieu n’exclut pas le croyant. Pourquoi la prière du croyant exclurait l’athée ?
En fait, l’absence de prière est un plus petit dénominateur commun réduit donc au néant, c’est à dire à l’athéisme.
Il me semble qu’entre personnes de bonne volonté, et c’est précisément un peu le but de ce genre de réunions, chacun devrait pouvoir être lui-même (se limitant seulement à ce qui n’injurie pas un autre), sans que les autres se sentent exclus. Et si dans un tour de table où chacun dirait une courte prière à sa façon, l’athée faisait silence ou lisait un poème d’Eluard, il aura eu sa place dans l’expression de l’essentiel pour lui. Cela me semble plus intéressant. A la fois dans le fond (de ce qui sera dit), et dans la forme (faire attention à ce que l’on dit et comment cela peut être entendu, et accepter qu’il y ait une diversité explicite de façon d’espérer).
Cela me semble mieux que le zouli poème bien consensuel, et donc qui ne dit pas grand chose sur le fond, et qui, sur la forme, n’assume pas vraiment la diversité comme étant une richesse.
Cher Marc, merci pour ta longue réponse ! Je comprends les nuances pour syncrétisme et prosélytisme. Au fond, l’essentiel est de rester sincère et bienveillant dans l’échange, avoir assez confiance dans ce qu’on est pour ne pas avoir peur d’être transformé par l’autre.
Pour le relativisme, voilà bien un des mots qui piquent de la théologie qui demandent d’abord une définition ! Bien d’accord pour relativiser les dogmes. Le dialogue interreligieux entre amis peut être d’ailleurs un catalyseur pour faire grandir les croyants dans leur théologie – et devenir plus libéraux.
Le problème serait de penser qu’on peut tout accepter au nom de l’ouverture d’esprit. Non seulement des opinions qui s’opposent à l’éthique et à la loi, tu cites l’homophobie et le racisme à juste titre, mais aussi des opinions qui s’opposent à la science. Notamment l’arquéologie sur le contexte d’écriture de nos livres, la biologie sur l’apparition et l’évolution de la vie et de l’homme, l’histoire sur la Shoah, l’écologie sur le dérèglement climatique. Parfois il n’y a pas de dialogue possible, les faits ne sont pas des opinions.
Bonsoir
& merci pour les encouragements !
Le problème du mot « relativisme » est que c’est une injure dans la bouche de certains, la définition c’est donc quelque chose comme « pouah ta pensée sent mauvais, car elle transgresse la limite que j’impose à liberté de ma propre pensée ». Donc effectivement la définition du relativisme est relative ! Elle dépend de ce qui est tabou pour celui qui porte ce jugement.
Dans un groupe interreligieux, la discrimination est une sorte de tabou, je pense, et celui qui dirait que l’on a bien le droit d’être raciste et homophobe serait frappé d’anathème. Alors que dans une église à fond sur la très sainte trinité, quelqu’un qui dirait qu’après tout Jésus est un homme normal aura peut être le même type de difficultés à se faire entendre.
C’est vrai que je suis très attaché à la solidité de la cohérence de la pensée, personnellement. Cela dit, une personne qui a une pensée fantaisiste, faisant fi de toute vraisemblance, a bien le droit de s’exprimer, et ne me dérange pas outre mesure tant qu’elle est tolérante. Par exemple une personne qui pense que Jésus aurait marché sur l’eau physiquement, matériellement. Je considère que cela n’a aucun sens (à mon avis), mais cela ne me gène pas qu’une personne le pense. Je suis bien d’accord avec toi, il n’est alors pas la peine de discuter alors que les univers mentaux sont sur des plans parallèles. Cependant, entre personne civilisées on peut néanmoins tout à fait être dans la même église, et étudier la Bible ensemble pour chercher comment on peut s’ouvrir, grâce à ce texte, au salut de Dieu pour nous aujourd’hui. Et il est bien possible que cette personne pense comme moi que notre espérance n’est pas d’arriver à traverser le lac à pieds, mais que par la foi, Christ fasse que nous puissions faire notre chemin sans être englouti par le chaos, les tempêtes de l’existence. Et si cette personne persiste à penser que si, absolument, elle attend que la foi en Jésus la fasse marcher sur l’eau, alors je lui proposerai de nous prévenir pour que nous soyons là pour la soutenir quand elle essayera.