Dans le couple, sur la durée, les habitudes s’installent, la routine aussi, l’usure. Qu’attendre ?

un couple sur un vélo - Image par Karen Warfel de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc.

Une question ou plutôt réflexion qui, je pense, peut concerner beaucoup de personnes.

Dans le couple, sur la durée, les habitudes s’installent, la routine aussi.
Bien que beaucoup s’y fassent et/ou s’y plaisent, pour d’autres, ce sont les défauts de l’autre qui, peut à peut, prennent le plus de place. Du mal à supporter l’autre, à se remettre en question, à faire les efforts, à désirer quoi que ce soit avec l’être pourtant aimé.

Mais, quand l’absence de sentiment semble demeurer, comme une usure, quand les bons moments se font rare, l’on peut se demander, Est-ce que je l’aime toujours, Faut-il rester pour la sécurité des enfants, Faut-il se résigner?
Quand l’incertitude nous envahi, il est facile d’attendre en évitant les conflits mais en perdant une certaine saveur de vie.

Alors, pensez-vous que l’amour est suffisant ou bien faut-il  » Provoquer  » L’amour pour qu’il (Re)naisse? Le comportement aimant suffit-il à faire naitre cet État d’amour même face à une personne qui nous apparaître voilée derrière les jugements, préjugés, habitudes du passé commun? Ou bien faut-il  » Couper  » Cette relation usée?
Le ressenti est-il suffisant pour choisir, ou bien trop se pencher sur soi en désirant à tout prix un bien-être de chaque instant n’est ce pas preuve d’un égoïsme?
Au final, qu’attendre et qu’obtenir du couple.

Bien complexe affaire que le couple humain.

Merci.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Ce n’est un secret pour personne que chacun a sa part d’ombre et sa part de lumière. Evidemment.
Alors comment se fait-il que quand on est amoureux on ne voit (presque) que la part de lumière de l’autre, et qu’il puisse arriver qu’après quelque temps on ne voit plus que la part de ténèbres ?

  1. Il peut arriver que l’autre ait une personnalité problématique, toute dans le charme et la séduction dans un premier temps, puis se révèle être un terrible bourreau, jouant avec l’autre comme un chat ayant capturé un oiseau et le laissant juste assez vivant pour jouer avec ? Dans ce cas-là : il faut fuir le plus vite possible, bien entendu.
  2. Il peut arriver que l’autre ait des soucis, et sans que sa personnalité soit trop atteinte, soit effectivement moins rigolo sous la pression d’un travail harassant et stressant, ou de la maladie. La situation est à envisager au cas par cas, mais la situation est compréhensible, et puisqu’elle dépend de circonstances extérieures, il est possible d’espérer.
  3. Mais bien souvent, comme vous le dites, c’est plutôt une sorte d’usure de soi-même et du couple. Sans que ni l’un ni l’autre se porte particulièrement mal. C’est plutôt le point de vue subjectif qui a changé. Au lieu de voir le verre à moitié plein; on le voit à moitié vide.
  4. Parfois, et c’est ce que personnellement, j’ai le plus de mal à penser, on continue à aimer l’autre assez bien, mais sentant que l’on est encore assez jeune pour avoir une sorte de 2nde vie, on zappe son conjoint pour essayer de faire un nouvelle famille. C’est une façon particulière de concevoir sa vie que je ne trouve pas saine, car trop égocentrique (ce qui n’est pas génial), et trop superficielle, négligeant la profondeur, la durée. Chaque année passée avec un autre permet d’approfondir ce que c’est que l’humain, si l’on vit quarante ans en couple, c’est 100 fois plus profond et vrai dans la découverte de l’humain que si l’on vit deux fois 20 ans de conjugalité sur deux couples successifs. La fidélité me semble essentielle aussi, non seulement vis à vis de l’autre mais vis à vis de soi-même. Il n’est pas bon de « zapper » l’humain, ni son conjoint, ni son enfant, ni ses parents (là encore, sauf cas exceptionnels).

Personnellement, je pense que le mariage est quelque chose de puissant si on le vit avec sincérité, pas seulement comme une fête mais comme un choix de vie pour soi-même. On choisit de tout faire pour voir le verre à moitié plein. C’est une grande libération : on n’a plus à se demander, comme vous dites « est-ce que je l’aime toujours ? », mais l’on se demande « comment mettre sa part de lumière sur le dessus ? », « comment gérer ses manques, ses défauts ? « , « comment faire pour que l’autre se porte mieux, pour que notre entente s’élève, et pour que je me porte mieux afin de mieux l’aimer ? Au lieu de se demander « est-ce que je l’aime encore », se demander « comment se porte-t-il/elle ? Comment se sent-il/elle ? » : chercher à l’observer, le demander, l’analyser, chercher à ajuster, trouver ce que je peux faire pour faire avancer…

C’est comme une révolution copernicienne. Copernic a fait la révolution en remarquant que la terre n’était pas le centre de l’univers. L’Evangile du Christ propose ce genre de révolutions en nous proposant de ne pas nous penser comme le nombril du monde. En ce qui concerne l’amour dans le couple, ce qui est proposé finalement, c’est cette révolution, ce changement de regard où l’on n’est plus le seul centre de l’univers, mais où le bien de l’autre et du couple a une place essentielle. Bien entendu, comme dans la mission que nous donne Jésus (et qui correspond à cette révolution copernicienne, il nous propose « d’aimer notre prochain comme nous même », il ne convient donc pas d’oublier de nous aimer nous-même, sinon rien n’est possible évidemment. Ce n’est donc pas le sacrifice de soi-même qui est demandé, mais un soi-même en forme et vivant d’une belle façon sa vocation. En l’occurrence, quand on est en couple, la vocation que l’on a discernée et choisie est de servir l’autre et le couple. Et quand on a un enfant, il faut normalement partie de notre vocation, vous avez raison.

Hors cas pathologiques, oserais-je dire, dans les cas normaux, cette révolution du regard suffit. À condition que ce soit une gymnastique régulière, quotidienne peut-être, ou en tout cas hebdomadaire : celle de se placer dans cette optique de penser à l’autre. Cela se muscle comme un muscle, cela s’exerce comme le piano, cela se plante comme une vigne, nous dit la Bible (cela pousse lentement et demande un entretien constant).

Et puis, avant même son « aime ton prochain comme toi-même » qui se décline si bien pour le couple (à mon avis), Jésus propose d’aimer Dieu. Et cela aussi s’avère très très fécond, à l’usage. Car il est si difficile de faire le bien que l’on sait être bien et d’éviter le mal même quand on sait que c’est mal (voir ce que dit l’apôtre Paul à ce sujet en Romains 7). L’aide de Dieu, dans la réflexion, dans la prière quotidienne, est d’une aide considérable. Il poursuit notre évolution, nous aide à grandir.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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3 réponses

  1. le mecreant dit :

    Humm, je ne suis pas certain que « la morale » sur l’engagement, la fidélité soit de nature a régler le problème, si on en arrive a se poser la question de la séparation, il faut essayer de regarder lucidement ce qui ne nous convient pas (plus) , non pas dans l’autre, mais dans la vie que l’on mène ensemble, et de se demander si en réalité on a envie d’une séparation d’avec la personne ou plutôt de modifier le quotidien et qu’on préférerais continuer le chemin ensemble.

  2. Dova dit :

    Est-ce que si nous avons eu une relation sexuelle avant le mariage
    Est-ce que Dieu peut nous pardonner?
    Est-ce que nous devons plus continuer ?
    Est-ce qu’une amour veritable peut commencer le péché et après Dieu leur pardonne et leur montre le chemin de l’amour véritable?
    Est-ce qu’une une amour veritable ne peut être au commencement une amourette et après Dieu change tout?

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