02 juillet 2024

Un jolie framboise sur sa branche - Image par Katharina N. de https://pixabay.com/fr/photos/framboise-fruit-prendre-arbuste-7313702/
Bible

L’humour dans la Bible : comment interpréter le récit surréaliste de Daniel et l’ange ?

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Ce texte explore la présence de scènes cocasses dans les Écritures, notamment celle de Daniel transporté par les cheveux. Loin de décrédibiliser le message spirituel, ce surréalisme invite à une lecture symbolique et libératrice, où l’humour devient un vecteur de réflexion théologique.


Question d’un lecteur sur l’humour dans les textes sacrés

Bonjour,

Je me posais une question sur la présence d’humour dans la Bible. Je viens juste de relire la toute fin du livre de Daniel. Il y a un moment où l’ange de Dieu vient apporter de la nourriture à Daniel, les cheveux « pris » dans les mains d’un ange. L’auteur précise qu’une fois le repas apporté, l’ange est allé reposer le prophète là où on l’avait tiré. Sans oublier le moment où Daniel parle avec le prophète accroché à l’ange.

Si on imagine cette scène, cela semble tout à fait ridicule. Imaginez le type, au fond de son trou, parler avec un prophète qui se déplace accroché par les cheveux. Quand je lis ça, je lis le récit au second degré, comme si le texte se moquait de lui-même. Qu’en pensez-vous ? Mais une telle présence d’humour ne risque-t-elle pas de nuire au message transmis par la Bible, est-ce que cela ne le décrédibilise pas ?

Merci de l’intérêt que vous porterez à ce mail.
À bientôt.

Réponse d’un pasteur : un récit tout à fait surréaliste

Bonsoir.

Je trouve comme vous que la scène est tout à fait cocasse, maintenant que vous attirez mon attention sur cet aspect.

Note : Le prophète « suspendu » est Habacuc, venant au secours de Daniel. L’humour vient du contraste entre la gravité de la situation (la fosse aux lions) et le mode de transport « capillaire » pour une livraison de nourriture. Pour lire ce passage, rendez-vous dans le livre de Daniel 14:33 à 39. Ce texte fait partie d’un ajout plus tardif, écrit en langue grecque. Vous ne le trouverez donc pas dans toutes les éditions de la Bible (ces textes ne sont plus dans certaines éditions protestantes de la Bible depuis le XIXᵉ siècle). Mais votre remarque est tout à fait valable pour bien d’autres textes de la Bible.

Et effectivement, il faut lire ce texte au figuré, comme bien d’autres. Mais cela ne veut pas dire que ce récit n’est qu’une blague. Il est possible qu’il y ait vraiment eu un homme qui s’appelle Daniel dont la vie tourmentée (on sait que cela arrive) a servi d’inspiration pour l’écriture de ce récit. Mais le reportage historique n’est pas du tout le sujet de la Bible, ce dont parle la Bible, c’est de théologie, de vie, de foi, de spiritualité.

Ce récit est donc une prédication. Peut-être est-ce en hommage d’un monsieur Daniel, mais c’est une prédication où l’auteur est un croyant inspiré qui cherche à transmettre à son lecteur ce qui effectivement le fait vivre, et il le fait afin de nous aider, de nous inspirer. C’est un cadeau qu’il veut nous faire en écrivant cela. Et si en plus il y met un brin de cocasserie, c’est sympa.

Le sens profond de ce genre de récit

En tout cas, ce récit a un intérêt bien plus large et plus profond qu’un simple reportage objectif sur la vie de Daniel. Ces récits un peu surprenants ne décrédibilisent pas du tout la Bible, au contraire, par leur exagération même, ces récits font sentir comment la Bible a été écrite, et que le lecteur doit l’interpréter au sens spirituel afin de trouver la nourriture offerte pour sa foi et sa réflexion, sa vie. C’est d’ailleurs l’avantage des récits par rapport à une leçon de théologie ou de morale, car le lecteur reste plus libre dans la façon dont il va se projeter lui-même dans le récit et comment il va pouvoir ainsi faire le pas qui sera peut-être essentiel.

Quelques pistes pour une interprétation spirituelle

« Un ange » dans l’hébreu comme dans le grec de la Bible : ce mot désigne une fonction courante : celle de messager, de facteur. Ce mot ne parle donc pas spécialement d’une catégorie de créatures ailées. Toute personne, et même tout média, peut être messager pour nous de quelque chose de puissant qui vient de Dieu (ou qui nous donne un supplément de vie). Ce « quelque chose », on l’appelle aussi « Parole de Dieu » dans notre jargon théologique : une proposition, un acte de Dieu qui nous parvient afin que nous en fassions ce que nous voudrions bien faire.

Vous soulignez parfaitement des points saillants de ce récit qui me semblent faire partie de ce que l’auteur de ce texte désire nous proposer comme sujets de réflexion :

  • L’ange fait des miracles : c’est vrai qu’il peut nous arriver par la foi des bénédictions de Dieu qui nous changent vraiment la vie, qui nous sauvent. Des milliards de gens peuvent en témoigner.
  • Il nous apporte un prophète, même dans la détresse la plus profonde, dans la violence des humains contre nous, peut-être. Ce prophète, cela peut être une personne qui nous est envoyée au juste moment, nous portant une bénédiction. Ce prophète, cela peut être notre propre esprit prophétique : une idée surgit dans notre conscience.
  • De la nourriture nous est donnée : cela nous donne une force nouvelle, dévoilant ou décuplant des forces qui étaient en nous et que nous avions peut-être méconnues. C’est vrai que la Parole de Dieu nous nourrit, c’est vrai que dans la prière nous recevons une nourriture, dans la louange, dans la communion, dans un vrai dialogue avec une ou deux bonnes personnes. C’est vrai que ces récits de la Bible nous nourrissent à condition que nous les mastiquions, les déconstruisions et que nous fassions un travail de digestion de ces textes pour garder ce qui nous nourrira et rejeter le reste (comme le dit Jésus (Marc 7:19)…
  • Et l’ange nous fait la grâce de repartir avec son prophète : il y a un temps pour la prière et la contemplation et il y a un temps pour revenir sur terre et avancer, agir.

Voici quelques pistes, à titre d’échantillon de ce que vous pourriez chercher et trouver par vous-même en relation avec ce que vous êtes et vivez. Surtout que cela ne vous contraint pas à être d’accord au point de ne pouvoir sortir de cette interprétation. Il y a bien des lectures possibles et justes.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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5 Commentaires

  1. ANDIRAN NATHAN dit :

    Bon, tout seraient images, paraboles et allégories ? Cette propension à juger tout à hauteur de notre intellect ! Tout ce qui serait en dehors de la compréhension humaine ne pourrait exister ? Comme Blaise Pascal l’affirmait :  » Si quantité de choses du domaine naturel échappe à notre entendement, que devrions nous en conclure pour les choses surnaturelles ?  »
    Tout spiritualiser dans la Bible est un choix qui est certes possible, mais qui est aussi critiquable sur bien des aspects . Cela renvoie aussi à des voies assez sombres .. Mais je ne fais ici le procès de personne ! Je pense qu’on peut opter pour ce choix mais que l’on peut être plus nuancé et ne pas écarter à priori les choses qui dépassent notre entendement ! Dieu est infini en toute chose ??

    1. Marc Pernot dit :

      « tout seraient images, paraboles et allégories ? » On a le droit de penser cela, bien sûr. Mais ce n’est pas ce que j’ai écrit. Il est très possible qu’il y ait eu un monsieur Daniel à la base, historiquement.
      Mais ce qui me semble certain, c’est que tout écrit de la Bible a un sens, il y a une intention de proposer quelque chose à son lecteur.
      Et je suis du même avis que vous, ces textes renvoient à une réalité, Dieu, qui dépasse de bien des façons tout ce que nous pouvons en dire et même e, penser. C’est pourquoi le langage poétique ou allégorique est très utile.

  2. Deedee dit :

    Il y a aussi beaucoup de paraboles, pour nous expliquer des phénomènes qui ne sont pas toujours faciles à comprendre..

    1. Chris dit :

      Mais effectivement nous pouvons nous demander comment interpréter certaines paraboles 😌

      1. Marc Pernot dit :

        Les paraboles sont faites habilement pour nous inviter à réfléchir, à nous poser des questions. Ce sont comme des énigmes.

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