Comment discuter avec les haineux, faut-il discuter ou les laisser ?

Une femme discute d'une manière assez animée - Image par 7921333 de Pixabay

Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour
Si tu parles, parles par amour
Si tu corriges, corriges par amour
Si tu pardonnes, pardonne par amour.
Aie au fond du cœur la racine de l’amour
De cette racine, il ne peut sortir que du bien…
(Saint Augustin)

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour, j’espère que vous allez bien. Je souhaitais vous livrer mon expérience: je suis chrétienne depuis peu et j’aime apprendre de jour en jour. Je suis particulièrement libérale et j’apprécie lire des livres mêlant foi et raison ( Paul Tillich étant un auteur absolument formidable à mon sens, liant philosophie et théologie). Néanmoins, dernièrement je me suis sentie particulièrement frustrée en lisant des commentaires sur un réseau social critiquant le christianisme ( ce qui est « amusant » c’est que la personne confondait christianisme et catholicisme). Face à cela j’ai ressenti beaucoup de tristesse. Que la personne ne comprenne pas le message de Jésus c’est une chose, chacun à sa sensibilité, néanmoins les attaques m’ont blessée. Face à cela, comment réagir ? Faut-il discuter avec une personne qui ne souhaite pas comprendre ? Faut-il ignorer et donc laisser cette personne dans sa méchanceté? Je vous remercie d’avance pour votre réponse qui, j’en suis sûre, m’éclairera.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Cette question est bien intéressante.

J’ai moi-même évolué sur cette question, il y a une dizaine d’années. Avant cela je répondais à tout, même aux haineux, aux intégristes (chrétiens, athées, musulmans), aux de-mauvaise-foi. A l’usage, j’ai vu que cela consommait beaucoup d’énergie pour un résultat négatif. Cela ne fait qu’envenimer les choses sans faire avancer d’un pouce l’interlocuteur, au contraire, cela le conforte dans sa haine.

Votre exemple est intéressant : face à cette personne qui critique le christianisme avec acrimonie. Si l’on répond, même aimablement et factuellement, une bataille s’engage. Et c’est déjà perdu, de ce fait. Car on a accepté d’entrer dans un monde au schéma binaire où il n’y a qu’une vérité et tout le reste est un mensonge, et donc où la question est de savoir qui aura raison contre l’autre. Or, notre univers de pensée à nous est en relief, avec des demi-teintes, et où peuvent cohabiter différents points de vue, et donc différentes vérités (par exemple, il semble que certains peuvent aimer le rugby, d’autres personnes le foot, d’autres le rugby et le foot, d’autres sont en train de passer de l’un à l’autre, d’autres n’aiment pas le sport mais le trombone à coulisse…).

Donc, face à des personnes pénibles, surtout sur internet, je ne pense pas qu’il faille répondre. Ni même lire si cela ne vous apporte rien personnellement.
A vrai dire, c’est pour cela que je supprime de mes sites tout commentaire haineux, injurieux, intégriste, immédiatement, et sans prendre la peine de discuter, ni d’expliquer pourquoi je supprime. Afin que les personnes soient dans un environnement respirable. Et votre témoignage m’y encourage. Je supprime aussi les commentaires égocentriques qui font la publicité pour leur propres affaires, car là aussi, c’est un univers mental parallèle.

C’est vrai que c’est bien dommage de laisser cette personne dans sa méchanceté. Seulement, nous ne sommes pas Dieu pour chercher à aider tout le monde. La question est celle de notre vocation, et de nos possibilités. Est-ce que l’on pense que ce chantier-là fait partie de notre mission personnelle ? Est-ce que l’on a la moindre chance de faire que cette personne se porte mieux ? Bien souvent, quand une personne est méchante c’est plus profond. Et ce n’est pas en argumentant qu’on la soignera. Au contraire. Et si l’on s’use soi-même à cela, et bien la méchanceté et la mauvaise humeur a, elle, gagné du terrain (sur nous) au lieu d’en perdre.

On peut se dire qu’en présentant calmement nos arguments avec douceur et ouverture d’esprit, d’autres personnes verront notre réponse et pourront, elles, être convaincues. Sauf que les choses n’en restent pas là, le méchant va encore rétorquer, et en définitive la personne à l’esprit ouvert aura eu une mauvaise expérience de débats autour du christianisme.

Mais souvent, si nous discutons, c’est afin d’avoir raison, et nous ressentons comme un petit peu une perte le fait d’avoir laissé l’autre penser ce qu’il pense contre nous… C’est alors sur cela qu’il faut travailler.

Cependant, il arrive que ce soit une personne que l’on désire aider, parce qu’il nous semble qu’elle nous est confiée d’une certaine façon. Par exemple un ami, un collègue, son conjoint ou son enfant, ou une personne rencontrée dont on pense que l’on ne devrait pas laisser les choses en plan. Alors oui, il est bon d’entrer dans la discussion. Il me semble qu’il est bon alors de chercher à changer de niveau de discussion, d’essayer de la déplacer en amont de la question posée. Par exemple avec une personne totalement opposée à la religion, il est peut-être possible de discuter de l’importance de chercher les quelques valeurs essentielles pour nous, et de chercher ce qui nous a permis d’avancer, de devenir meilleur : une personne ? un sentiment ? La nature ?… et comment s’exercer pour travailler ces questions de notre but et de nos sources ? et de voir alors que la religion (hormis la question de Dieu), n’est pas si éloignée de ce qu’une personen de bonne volonté peut pratiquer???

Alors discuter ou pas discuter ? Saint Augustin donne cette célèbre et magnifique réponse :

Une fois pour toutes, Ce bref commandement t’est donné : Aime et fais ce que tu veux.

  • Si tu te tais, tais-toi par amour
  • Si tu parles, parles par amour
  • Si tu corriges, corriges par amour
  • Si tu pardonnes, pardonne par amour.

Aie au fond du cœur la racine de l’amour, de cette racine, il ne peut sortir que du bien. « En cela consiste l’amour. Dieu a fait paraître son amour pour nous, en envoyant son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Et voilà en quoi consiste cet amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés le premier »
Saint-Augustin (Commentaire de la 1e lettre de Jean)

Dieu vous bénit et vous accompagne
.

par : pasteur Marc Pernot

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1 réponse

  1. Émile Morantin dit :

    Bonsoir tardif,
    Une solution envisageable ,est de répondre et d’entamer un échange avec une personne qui avance à visage découvert,assumant ce qu’elle écrit et donc signant de sa vraie identité en ne se cachant pas derrière un pseudo ,bien commode pour insulter derrière un paravent!!
    Evidemment plus facile à dire qu’à faire!! alors peut-être une pensée positive,et compter sur l’effet papillon!!
    Bonne nuit à tous!

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