A toujours entendre les uns ou les autres parler de prier, je fini par légèrement culpabiliser, moi qui ne prie jamais

Par : pasteur Marc Pernot

Un homme sort de son tracteur en plein champs - Image paranned de Pixabay

Question d’un visiteur :

Cher Pasteur.
Je m’interroge et je ne suis sans doute pas le seul. Qu’est-ce que prier ?
Dans mon esprit, sans doute conséquence de ma (dé)formation de départ, prier c’est demander a Dieu de faire quelque chose. gagner au loto, trouver sa moitié d’orange, sauver l’humanité etc… accessoirement nous pardonner… , prière d’intercession au culte etc. mais c’est toujours lui demander de faire quelque chose pour nous.
Et franchement je ne peux pas aborder Dieu sous cet angle.
J’aurais plutôt tendance a m’émerveiller de tout ce qu’il fait pour nous sans qu’on lui demande rien. Quand au reste j’aurais plutôt tendance a me retrousser les manches et a faire de mon mieux, même si c’est très peu, en me disant qu’au final il me connait assez pour voir mes motivations profondes et ne pas me tenir rigueur de mes faiblesses.
Ce peu, ce très peu, que je peut faire, (comme disait Théodore Monod) je le fais et je crois que c’est ça la prière que Dieu attend.
Pour tout dire je ne m’inquiète pas du retour sur investissement, fut-ce de la part de Dieu.
« Quand on donne on attend pas la monnaie » disait Denise Grey. C’est, dans mon esprit,tout au plus une tentative de partager ce que j’ai reçu, avec plus malheureux que moi.

Je crois que j’ai la chance de me savoir aimé de Dieu, gratuitement,  et c’est cette joie que j’essaye de partager.
Toutefois, a toujours entendre les uns ou les autres parler de prier, je fini par légèrement culpabiliser, moi qui ne prie jamais.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

C’est vrai que la tentation est de penser faire passer à Dieu notre liste de vœux, comme un enfant envoie sa liste au Père Noël. C’est bien autorisé (bien sûr), mais ce n’est pas indispensable, ce n’est pas génial. 1) parce que l’on a bien des chances d’être déçu. 2) parce que l’on risque de tellement être fixé sur ce que l’on attend que l’on risque de manquer le truc génial que Dieu pouvait et aurait bien voulu nous donner. 3) parce que l’essentiel est quand même ce que nous sommes, nous, bien plus que ce qui nous arrive comme chance ou comme malheurs.
Je suis bien d’accord avec vous. Ce n’est pas très intéressant.

Prier, je dirais que c’est penser à Dieu. Déjà. Donc rien qu’en vous posant la question vous étiez déjà en train de prier. Prier sans le savoir, comme le M. Jourdain de Molière faisait de la prose sans le savoir.
Prier, c’est penser à Dieu et laisser infuser ou diffuser. Cela me semble très très utile, car cela met en rapport l’idée que nous nous faisons de Dieu et ce que nous sommes, avec nos difficultés, nos émotions, notre humeur, nos joies et nos soucis, nos projets et espérances. Du coup : il me semble qu’il y a effectivement une diffusion de Dieu dans tout cela. Et (je pense) une ouverture pour que Dieu fasse ce qu’il a à faire, ce qu’il peut faire de tout cela.
Donc un grand grand oui pour l’émerveillement. En particulier de ce qu’est Dieu (cela suppose d’affiner sa théologie pour en garder la fine fleur de ce qu’a manifesté Jésus-Christ), et de ce qu’il fait pour nous de merveilleux (on est d’accord qu’il n’est source que des bonnes choses).

Et donc d’accord pour se retrousser les manches après, normalement, cela devrait être les fruits naturels d’une prière sincèrement vécue.

Hyper d’accord pour le faire ce que l’on peut, ne serait-ce que pour la beauté du geste. Non seulement Dieu ne nous tient pas rigueur du peu que l’on fait, mais il est reconnaissant même de la première intention et encore plus de chaque petit geste sincère de bonté ou de beauté.

Mais je ne pense pas que le geste tient lieu de prière. C’est autre chose. A mon avis, ce serait trop matérialiste de dire cela. C’est comme une respiration : on inspire et on expire. La prière est au cœur de cela, ce ce travail d’échange entre l’inspiration et l’expiration, entre ce que l’on reçoit et ce que l’on va en faire.

Cela dit, chacun fait ce qu’il veut (manquerait plus que ça), selon sa sensibilité du moment.
Et en plus, chacun fait ce qu’il peut, bien sûr.
Donc : ne pas culpabiliser (de toute façon).

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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