Un père de famille me dit qu’un chrétien doit corriger ses enfants, que c’est écrit dans la Bible.

Par : pasteur Marc Pernot

poupée abîmée et salie dans la nature - Photo by Artem Maltsev on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur le pasteur, j’aime beaucoup aller sur votre site et lire les questions réponses. Quand j’étais plus jeune je gardais des enfants chez des gens baptiste .ils corrigeaient leurs enfants avec un bout en plastique parce que ils disaient que les enfants étaient désobéissants. j’ai été témoin 2 fois de cela j’en ai pas parlé parce que je me disais que ça s’arrangerait .j’ai arrêté de garder dans cette famille et j’ai appris plus tard que les 5 enfants ne parle plus à leurs parents ,parce que les parents sont des fervents chrétiens et ils disaient qu’ils les frappaient à cause que dans la bible il y’a un verset qui dit qu’ils faut corriger nos enfants et que c’est biblique … j’en ai ras le poupon que les gens lisent la bible et qu’ils interprète à leur manière. au Québec il y’a un couple de pasteurs qui viennent d’être arrêtés ça passe au télé journal ils ont battu leurs enfants pendant des années et d’autre tortures au nom de Dieu ….bon pour en revenir à mon couple dont je gardais les enfants j’ai parlé ce matin au père et il me dit que un chrétien doit corriger ses enfants et que c’est écrit dans la bible. il me dit que je suis supposée savoir ça parce que je suis chrétienne. Si c’est ça être chrétienne je débarque .merci de m’avoir écouté continuer votre excellent travail🙏

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

A mon avis, ce n’est souvent pas la peine de discuter avec un fanatique, religieux ou non, cela est une perte d’énergie et cela ne fait absolument pas avancer la personne.

Le problème ne vient pas de la Bible. Le problème est de la lire n’importe comment. Il existe effectivement un texte qui commande de lapider un enfant rebelle à ses parents : Deutéronome 21:21 ! Seulement, depuis les origine les juifs n’ont jamais appliqué ce commandement de la Loi écrite. Bien sûr. Et heureusement. Comme quoi, rien n’oblige de lire ce genre de textes au sens matériel. Le fanatisme est une sorte d’athéisme, car au lieu de chercher à écouter DieuDieu, de chercher quel est le bon chemin avec notre cœur éclairé par l’Esprit, le fanatique préfère adorer sa propre pensée, sa propre interprétation des écritures. Et de déclarer comme certitude qu’il faut frapper son enfant avec un bâton pour être un bon chrétien. Il faut vraiment être enragé d’appliquer cela. Pour au moins deux raisons :

    • Il y a effectivement plusieurs versets dans le livre des proverbes, repris par la lettre aux Hébreux, qui invitent à frapper son enfant avec un bâton pour le corriger, et que c’est une manifestation d’amour ! Certes. Mais quelques éléments de ces versets ont toujours soulevé des réserves quant à leur application matérielle, qui serait fort cruelle. D’abord il est question d’aimer et quand on aime, on ne frappe pas, c’est en tout cas comem cela que Jésus nous montre comment on aime. Ensuite, le mot bâton utilisé dans ces versets (par exemple Proverbe 23:13) est le mot hébreu shebet qui évoque plus la houlette du berger (par exemple dans le célèbre Psaume 23:4). On pourrait donc le comprendre non pas comme de la violence physique mais plutôt de montrer l’exemple en marchant soi-même sur le bon chemin qui mène à la vie. C’est cela qui doit « frapper » l’enfant. Comme quand Jésus dit que l’amour dont Dieu l’a aimé lui a donné d’aimer à son tour. Cet usage du bâton est exactement l’inverse de ce que propose votre épouvantable papa fanatique. Cette houlette peut ouvrir à une interprétation plus proche de ce que propose Jésus dans l’Evangile : de faire du bien à celui qui se comporte mal, de le bénir, de surmonter le mal par le bien, en faisant ainsi comme « notre Père qui est aux cieux », montrant là une méthode d’éducation donc ce monsieur chrétien aurait pu s’inspirer. Il préfère prétendre soigner le mal en ajoutant du mal. Et faire cela au nom même du Dieu que révèle Jésus Christ.
    • La Bible est une source de questionnement sur la vie, sur nos pulsions, nos façon d’être, sur ce qui pourrait faire sens, et sur Dieu, sur notre relation avec lui, ce qu’il nous promet et ce qu’il espère. La Bible est une source de questions pour nous ouvrir les yeux sur une vie en abondance, pas un code de Lois pour nous enfermer. Cela ne devrait pas être possible de lire la Bible au sens matériel comme le fait ce monsieur en isolant un verset et en l’appliquant sans réfléchir une seconde. Car bien d’autres versets pourraient inviter à une solution différente. C’est ce que font à juste titre une multitude de rabbins et de chrétiens par rapport au commandement de lapider l’enfant rebelle, ou de le frapper. Je suppose que votre voisin maltraitant ne laisse pas les portes de sa maison ouvertes, et les clefs de sa voiture sur le tableau de bord, qu’il ne se laisserait pas dépouiller, qu’il n’est pas pour laisser les violeurs et les pédophiles courir en liberté ? Pourtant Jésus lui-même dit fermement « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. » (Matthieu 5:39). Ce n’est pas un petit verset quelconque, mais un commandement du Christ, appuyé par un solennel « Mais moi je vous dis ». Et pourtant, ce verset là aussi, il n’est pas à prendre comme à lire au sens matériel, mais comme une solution possible à envisager, comme une question qui précisément aurait pu éveiller la conscience de ce papa maltraitant avent de se mettre à faire preuve de violence contre son propre enfant, soit disant méchant ce jour là.

Donc même si c’est écrit dans la Bible, cela ne veut pas dire qu’il faille le faire sans réfléchir, sans se poser des questions, sans prier, sans chercher à trouver une façon de lire ce passage qui soit cohérent avec ce qu’a manifesté le Christ : une bonne nouvelle, et non une menace ni une punition.

Et donc non, être chrétienne ne signifie pas frapper un enfant, cela n’impose pas de salir la Bible en la rendant responsable de sa propre perversion. Être chrétienne c’est s’inspirer de Jésus pour cheminer vers ce Père qu’il nous présente, plein de bonté, de patience, de soins.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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