Un chrétien peut faire de l’art martial ? Comment interpréter le verset invitant à tendre l’autre joue ?

Par : pasteur Marc Pernot

Deux hommes dans un combat de karate - Photo by Thao Le Hoang on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour !! cella m’intrigue depuis toujours ?! est ce qu’un chrétien peut il faire de l’art martial et surtout comment interpréter le verset si quelqu’un te gifle sur la joue donne lui l’autre!! je vous remercie !

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Comme souvent, cela dépend dans quel esprit on fait une chose. Si la pratique d’un sport de combat a pour but d’aller casser la figure des gens, ce n’est pas génial. Si cela vous permet de vous défendre, c’est bien (avec le minimum de dégâts sur l’agresseur), ou de défendre une personne agressée (c’est alors très bien), c’est bien aussi si cette pratique vous donne une souplesse, un calme, une maîtrise de vous-même et de votre propre force, de vos impulsions.

Ce passage d’un enseignement de Jésus de Matthieu 5:38-48 sur la réaction en cas d’agression est géniale :

  • Elle n’est pas possible au sens premier : quand Jésus ajoute solennellement de « ne pas résister au méchant », il n’est pas possible de laisser des fous massacrer une grand mère pour s’amuser, ni des pédophiles violer des enfants. C’est une horreur, et ce serait laisser faire le mal, un mal extrême.
  • Comme Jésus n’est pas le dernier des crétins, cela nous oblige de nous creuser la tête, ce qui est le but recherché par Jésus. Car le moralisme tue, lui aussi. Il enferme l’individu, il culpabilise et charge encore plus la personne dont la vie connaît un moment tragique, difficile où toutes les solutions qui s’offrent à lui sont à moitié bonnes et à moitié mauvaises. Donc bravo à vous de vous poser des questions, vous êtes dans l’attitude tout à fait appropriée à l’écoute du Christ.
  • Ce que disent ces phrases de Jésus est à mon avis d’abord que, autant que faire se peu, il est bon de ne pas faire preuve de violence, de ne pas amplifier la violence en répondant systématiquement par la violence à un degré plus grand encore. Cela appelle à se poser la question avant de réagir, d’avoir un temps de contrôle parce que ce n’est plus si évident pour nous alors de « foncer dans le tas », et d’utiliser en tout cas une violence minimale.
  • Il existe des cas où ne rien répondre à la méchanceté est la meilleure des solutions, par exemple quand une personne habituellement si gentille être ponctuellement méchante, elle est possible qu’elle est souffrante et que le moment est plus à l’apaisement et à chercher ensuite comment l’aider ? Il existe des cas où nous avons été frappé sur un côté de notre visage, et que la meilleure attitude pour désamorcer le conflit serait de montrer un autre aspect de nous-même, de montrer une autre joue ? Ce n’est bien entendu pas une recette magique ni un absolu à appliquer systématiquement. D’ailleurs Jésus lui-même, quand il est frappé par un de ses bourreaux ne lui tend pas l’autre joue mais cherche à le faire réfléchir en lui demandant pour quoi (pour quelle raison) en en vue de quoi (pour quel but), il le frappe ainsi. C’est parfois aussi la meilleure solution.

Donc à vous, à chaque personne de chercher la meilleure chose à faire face au mal, face à l’agression, à la méchanceté, dans la situation particulière de l’instant ! Pas facile, non ? C’est pourquoi il est bon de s’entraîner, de s’observer soi-même, de se donner une panoplie de réponses possibles et l’habitude d’analyser la situation pour chercher le meilleur outil à prendre dans cette trousse le moment donné. Et il est bien possible que votre maîtrise des arts martiaux participe à cela ?

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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3 réponses

  1. Peyroux dit :

    Bonjour,
    ancien éducateur d’aïkido (comprenne qui pourra) et pratiquant de diverses disciplines nipponisantes, je crois et pense qu’adjoindre art à martialité est non un oxymore mais un non-sens; les disciplines qu’ont dit martiales ne sont, du moins le comprend-je ainsi, que des disciplines morales que l’on « s’imposent » à nous-même via des techniques et une utilisation de son propre corps (les japonais disent shin-gi-taï: esprit-technique-corps, l’un n’étant pas aller sans ou au détriment d’un, voire des deux autres) et ne sont pas éloignées de ce que nous explique le Pasteur Marc Pernot. Si ces pratiques ne sont orientées que vers la compétition (incompréhensible pour les anciens) elles sont, ne sont que sportives… Etymologiquement sport viendrait de « se divertir »: si gagner et ou faire mal à l’autre sciemment (même dans un cadre défini dans un lieu défini) est divertissant, la question première ne se pose pas(à mes sens et réflexions répétè-je), l’enrobage de philosophie et d’art de vivre est mince voire fallacieux et émétique. Le samuraï n’est pas un guerrier, je crois que sa signification est une « personne qui sert, est au service »; de plus l’idéogramme bu (plus ou moins guerre) est composé d’ « Hallebarde » et « Arrêter » : qui arrêtent les hallebardes ou contient les siennes propres.
    Cette diatribe pour dire: il n’y pas d’art dans la martialité ou dans l’étude de la martialité pour gagner, détruire, avilir: changeons de paradigme.
    J’espère ne pas avoir fait preuve d’acrimonie mais le « verbe » est important et essentiel ce me semble. Et le dernier paragraphe du Pasteur résume intelligemment et conclu mon abstruse logorrhée.

  2. Peyroux dit :

    Je me suis perdu dans mes explications : pour faire court associer art et martialité ne me semble pas « chrétien » , mais on me dit trop souvent intransigeant lexicalement ou autre.
    Votre réponse est sans conteste plus appropriée, approfondie que mes ratiocinations.

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