Quelle est la position des protestants sur le célibat des religieux ?

Par : pasteur Marc Pernot

Pasteure de l'Eglise Protestante de Genève

Question d’un visiteur :

Bonjour, je suis étudiante à l’université de droit et je prépare un mémoire sur le célibat des religieux. Pourriez-vous me renseigner sur la position des protestants sur le sujet et qu’elle est la cause de la divergence d’opinion avec les catholiques sur cette question?

D’avance Merci.

Aurélie

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Aurélie,

Les pasteurs, hommes ou femmes, ont le droit de se marier évidemment, comme de rester célibataire.

Cela était le cas dans les églises chrétiennes des premiers siècles et c’est redevenu ainsi, pour nous, avec la Réforme du XVIe siècle.

En fait, les paroisses préfèrent plutôt les pasteurs mariés. Cela leur semble plus « normal », et les fidèles pensent que le fait d’être marié aide le pasteur à mieux comprendre les personnes qu’il est amené à accompagner. Moi-même, j’ai longtemps été célibataire, et il arrivait souvent que l’on me dise que je devrais me marier, et j’étais souvent abordé par des femmes et des hommes célibataires de la paroisse dans ce but. Pas facile. Mais dans un autre sens, les paroisses sont bien contentes quand même d’avoir un pasteur célibataire, car il est alors bien plus disponible. Comme tout métier de service, le pasteur est très pris en dehors des heures de bureau: en fin d’après-midi, le soir, le week-end. Et cela n’est pas facile pour un père ou une mère de famille qui est toujours un peu tiraillé entre son ministère et le temps qu’il voudrait passer en famille. C’est ainsi que je comprends que le prêtre qui est célibataire et sans perspective de se marier a un investissement plus protégé.

Mais après une douzaine d’années comme pasteur célibataire, voilà qu’il m’est arrivé de rencontrer la femme de ma vie et que je suis maintenant depuis une douzaine d’années un pasteur marié. Sans compter le fait non négligeable qu’elle est théologienne, il y a effectivement des avantages personnels qui rejaillissent sur la qualité de mon ministère au service des fidèles. D’abord celel de la tendresse et de l’échange qui nourrissent une certaine façon d’être, une compréhension aussi de ce que c’est que le couple, la richesse extraordinaire et les difficultés (extraordinaires aussi) de faire alliance, de connaître et comprendre vraiment une autre personne. Cela apprend non seulement sur le couple mais aussi sur la nature humaine et sur sa propre nature.

Dans la Bible, on voit souvent la personne humaine vivre en couple. Mais pas nécessairement non plus. Avec pou sans enfant. La preuve en est de Jésus, mais encore de l’apôtre Paul qui vivaient apparemment sans conjoint et sans enfant (pour autant qu’on le sache, mais en fait cela a peu d’importance). Il est donc normal de laisser chacun libre, pasteur ou non. D’être en couple et alors de s’engager par le mariage dans un couple fidèle et durable (hétéro ou homo). De choisir librement d’avoir le projet d’avoir des enfants ou avec d’autres projets de fécondité que la procréation. Ou de rester célibataire l’ayant choisi ou restant simplement disponible à ce qui peut arriver comme surprise.

Le célibat est accepté pour les pasteurs, mais il ne peut être l’occasion de voeux solennel de célibat pour lui. Cela existe chez les rares communautés religieuses protestantes, comme les diaconesses, ou les soeurs de Pomeyrol, mais c’est vraiment une exception. Le pasteur célibataire est tenu, évidemment à avoir une conduite qui ne fasse pas scandale, et qui soit cohérente avec sa confiance en Christ.

La vie en couple homosexuel est acceptée pour les paroissiens, mais pour les pasteurs ce n’est théoriquement pas accepté.

La vie en couple sans être marié, est évidemment acceptée pour les paroissiens (on ne fait pas tellement la morale aux gens chez nous en leur disant ce qu’ils doivent faire ou non). Pour le pasteur, il est demandé d’être marié si l’on vit en couple. Bien entendu, le fait de tromper son conjoint, de l’abandonner salement est assez mal vu pour un pasteur. Cela me semble naturel. Un minimum de cohérence entre les paroles et les actes est en droit d’être attendu, quand même. Ensuite, le cas de pasteurs séparés ou divorcés dans le respect du conjoint et des enfants éventuels est une chose mieux comprise par les paroissiens. Car le divorce arrive au moins aussi souvent chez les pasteurs que dans les autres couples actuellement (comme je vous le disais, notre rythme de vie ne favorise pas trop la vie de famille, et ce n’est pas forcément rigolo pour le conjoint et les enfants d’être un peu comme dans une vitrine au milieu de la paroisse!).

Personnellement, cela ne me choque pas vraiment que l’église catholique impose le célibat à la majorité de ses prêtres. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, mais je le comprends comme une question pratique d’organisation du travail. Par contre ce qui me choque, c’est l’interdiction faite aux femmes dans diverses églises de devenir prêtre ou pasteure. Cela me choque autant que si une église quelconque disait que les noirs ne peuvent être prêtre parce que les 12 apôtres et Jésus étaient tous blancs! C’est vraiment, pour moi, une profonde erreur théologique et humaine, qui est en opposition au message de l’évangile, et qui prive ces églises de l’immense richesse qu’est le ministère de bien des femmes.

J’espère avoir un petit peu répondu à votre attente, mais sentez-vous tout à fait bienvenue pour d’autres questions, par mail ou de vive voix.

Amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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