Que penser de la compétition dans une vie chrétienne, par exemple du foot que j’aime beaucoup ?

Par : pasteur Marc Pernot

une partie de foot en soirée, sou sle feux des lampes - Photo by Abigail Keenan on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc.

Je souhaite vous faire part d’un sentiment et avoir un avis sur un rapport à la compétition, sportive et autre.

Comme chaque individu, j’évolue avec le temps.
Et il s’avère que j’ai fait le choix de Dieu, de vivre avec Lui et souhaitant évoluer dans un cheminement suivant les recommandations du Christ.
Alors, j’essaye ( en échouant souvent bien-sûr! ) d’être du côté des doux, des bienveillants, des simples, cherchant l’intérêt de l’autre, afin de ne pas sombrer dans le nombrilisme.

À côté de cette quête et de cette vie chrétienne, j’ai mes passe-temps : j’aime le sport.

Je joue régulièrement au football.
Depuis quelques semaines, je suis partagé entre le plaisir de cette pratique et la déception.
La compétition, les tensions  » normales » car  » ça fait partie du jeu » m’intéressent de moins en moins, le désir de gagner en faisant perdre l’autre, même si c’est un jeu, me conviennent de moins en moins.

J’avais également partagé des séances de musculation avec des connaissances mais l’aspect esthétique me semble très éloigné de la vie chrétienne.

J’ai du mal, dans ces loisirs, à mettre de côté mes aspirations profondes et à me dire que  » cela fait partie du jeu ».

Ne cherchant pas à vivre dans l’austérité, je désire tout de même une cohérence dans ma vie, ne faisant pas de ma foi une discipline qui se plie à mes envies du moment, je souhaite trouver l’équilibre entre plaisir et cohérence.

Tout ça m’a amené à penser au rapport à la compétition en général, au fait de viser la victoire, ce qui implique un perdant, au fait de se glorifier soit en négligeant l’autre.

Alors, je cherche des activités plus portées sur la forme et le bien-être, cherchant la performance personnelle sans la compétition avec autrui.

Je suis également témoin, au travail, de beaucoup de rivalités et je ne suis pas à l’aise avec cela.

Que penser donc de la compétition dans une vie chrétienne, dans tous les aspects de la vie ?

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Je suis comme vous. Le simple fait de marquer un point me fait de la peine pour mon collègue de jeu, et en perdre un me fait de la peine pour moi-même, je dois reconnaître aussi. Même le monopoly et autres jeux de société souvent basés sur le fait de gagner ne me mettent pas très à l’aise.

Vous avez raison, il y a de la compétition en ce monde. C’est assez naturel, les ressources étant limitées et devenant de plus en plus limitées, hélas. Il nous faut apprendre à vivre cela, l’évangile du Christ nous permet de travailler cette question de façon très fine, et l’aide de Dieu n’est pas de trop pour nous élever au dessus de notre première impulsion, parfois bonne conseillère, et parfois potentiellement dévastatrice.

Et le foot ? Le jeu est bien d’écraser l’adversaire ?

Il y a un jeu collectif qui est intéressant. Et si la compétition existe dans ce genre de sports, c’est vrai, elle est canalisée par des règles ce qui est une bon exercice pour gérer ensuite notre agressivité viscérale dans la vie quotidienne. Ce n’est donc peut-être pas inutile non plus pour ce qui est de notre développement, nous permettant d’apprendre à vivre la compétition d’une meilleure façon, dans le fair play (valeur à redécouvrir même dans le débat public), le respect de l’adversaire, dans l’estime de soi-même ne se mesurant pas à notre performance. Tout dépend l’esprit qui règne dans le jeu : il peut être vraiment dans une bonne ambiance, et peut devenir malsain.

Comme souvent, en éthique, nous sommes appelés à mesurer les différents facteurs, évaluer sur une échelle de -5 à +5 peut-être, le degré d’avantage ou d’inconvénient, de souhaitable ou de regrettable, de constructif ou non, d’élévation ou non… sur différents axes. Ensuite, le choix s’éclaircit souvent, parfois c’est plus difficile c’est qu’il y a du tragique, parfois pas trop grave comme pour cette question du foot. Il me semble tout à fait possible de faire du foot avec passion sans pour autant que ce soit mauvais, en étant attentif aux points délicats. Cela aide grandement de se poser des questions comme vous le faites. Sans étroitesse, sans intégrisme, avec lucidité et ouverture. Et de chercher à vivre d’une belle façon.

D’une façon détachée, c’est vrai qu’a priori il y a des sports comme l’escalade, ou la randonnée qui semble cocher plus de cases positives, étant un sport d’équipe, visant une victoire collective d’arriver ensemble au sommet, de passer une voie plus difficile sur un bloc, ou d’avoir vu quelques personnes du groupe pousser un peu leurs limites. Cela lie la performance personnelle, et éventuellement le travail d’une équipe, sans pour autant être en compétition avec d’autres personnes. Mais il y a aussi une question de goût (on a le droit d’adorer faire du foot et de détester faire de l’escalade), des questions d’opportunité (tout le monde n’a pas de stade de foot ou de jolis bloc à cinq minutes de chez soi), questions d’amitiés aussi avec d’autres personnes…

Merci pour cette réflexion, et aussi pour votre belle façon d’être. On a le droit d’aimer le foot (avec une dédicace spéciale à John, s’il nous lit sur ce blog).

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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2 réponses

  1. Pascale dit :

    La compétition ne me dérange pas du tout. Je n’y vois rien de négatif en soi, mais plutôt un puissant moteur, source de bien des progrès ou de recherche de l’excellence. Et comme souvent, il nous appartient de ne pas laisser notre esprit de compétition dominer en cas de conflit avec d’autres valeurs.
    Dans les compétitions concernant des domaines légers tels que le sport ou le jeu je pense que c’est davantage une affaire de goûts. Personnellement je trouve bien plus passionnant un match de tennis plutôt qu’une séance de footing, même à plusieurs, ou un jeu avec un adversaire en chair et en os plutôt qu’un mot croisé. Une compétition peut mettre en jeu bien des qualités physiques ou de réflexion qui seront particulièrement stimulées et peut apporter de vrais bons moments à partager entre amis, en famille ou dans le couple. Tout dépend de l’état d’esprit qu’on y met. On peut se réjouir de ses propres performances, admirer celles des autres, s’amuser dans la défaite, …

  2. Matthieu dit :

    Bonjour,

    Tout a fait d’accord avec cette idée de « ne pas laisser notre esprit de compétition dominer en cas de conflit avec d’autres valeurs ». Cela se traduit de façon exemplaire dans certains épisodes de la série « Alerte à Malibu », où les sauveteurs aiment bien la compétition entre eux ou entre californiens et australiens, en partie aussi pour être au mieux de leur condition physique, mais abandonnent la compétition et se transforment aussitôt à nouveau en sauveteurs effectifs (comme des pompiers) dès qu’il y a une alerte de situation de noyade. La compétition est alors reléguée à un sujet un peu secondaire. Voire un sujet de plaisanterie lorsque deux mâles alpha se défient constamment de façon un peu ridicule.

    J’avoue pour ma part apprécier le spectacle des compétitions sportives internationales, type jeux olympiques d’été ou d’hiver (hormis le contexte foufou ou dystopique comme pour cette année avec des robots qui distribuent la nourriture au village olympique…), ou à partir des quarts de finale de la coupe du monde… Une évolution humaniste historique peut-être par rapport aux jeux du cirque et autres combats de gladiateurs dans les arènes ?

    Je me sens moins intéressé en revanche par les compétitions nationales, locales, entre clubs professionnels… Il me paraît questionnable de consacrer autant d’énergie et de moyens financiers et techniques au niveau individuel et sociétal pour des choses relevant finalement un peu de l’égo des supporters des clubs locaux des grandes villes. Peut-être néanmoins que ces compétitions aident à sublimer certaines formes de violence potentielle, même si parfois cela semble au contraire entretenir certains formes de violence effective (hooliganisme). Et aident à faire la promotion de quelques produits dans les stades et à la télévision (d’où leur « utilité » économique, mais peut-être pas morale). Au niveau international, olympique, ça me semble avoir une dimension supplémentaire intéressante (à moins que ce ne soit le reflet de mon égo au niveau national combiné à une relative indifférence au niveau local, des villes), et on pourrait imaginer des coupes du monde de football entre équipes de joueurs amateurs.

    J’avoue également que j’apprécie par exemple le fait de pouvoir sélectionner entre plusieurs restaurants ou fournisseurs : il s’agit alors d’une compétition professionnelle qui a des répercussions sur le plan économique, selon les choix des clients jour après jour.

    En revanche, il faut faire attention il me semble à la comparaison entre situation des personnes (physique, réussite ou non dans touts les domaines) et au fait de ne pas envier, jalouser ce qui appartient aux autres. Peut-être ce que signifie entre autres le 10ème principe du décalogue.
    Chacun(e) étant unique, il me semble que chacun(e) devrait pouvoir être libre de définir sa trajectoire sociale « d’être au monde » parfois au moins indépendamment des habitudes sociales (lorsque celles-ci sont plutôt raisonnables ou corresponde à un consensus, à une norme établie), lorsqu’il y a de bonnes raisons à cela, ou bien lorsque cela ne nous convient pas. Je ne parle même pas de minorités ou quoi que ce soit de ce style, je parle d’individualité. Dans sa construction de soi. Dans la réalisation de soi. Selon soi-même, selon sa conscience. Selon sa nature.
    Et à partir de ce point de vue, la compétition n’a souvent plus du tout de sens sauf éventuellement pour des jeux de temps en temps. On ne se compare pas aux autres, parce que de toute façon on choisit des options personnelles ou bien on a des situations de départ personnelles qui font que la comparaison n’a pas beaucoup de sens.

    D’où l’importance il me semble des possibilités offertes dans l’économie effective de pouvoir se reconvertir professionnellement, des secondes chances au niveau des études (l’enfance, l’adolescence, le début de la vie adulte pouvant être vécues dans des situations difficiles ou des périodes de crise, de pauvreté, d’isolement, de harcèlement, qui coïncident avec la période d’études, d’où l’interrogation sur la pertinence du démérite lié à la modération de la réussite scolaire le cas échéant : ceux qui réussissent méritent, mais ceux qui réussissent seulement de façon mitigée méritent une ou des secondes chances, jusqu’à ce qu’ils atteignent le niveau requis, qui est ce qui compte) ; de pouvoir éventuellement exercer deux métiers à un niveau peut-être un peu moins compétitif (ou juste moins consacré à chaque employeur), mais d’une manière plus épanouie (si cela permet plus de diversité d’activités dans des domaines qui nous intéressent)…

    Cordialement,

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