
Bien se comporter suffit-il, sans relation avec Dieu ?
Bien se comporter sans pratiquer suffit-il ? Un pasteur répond à une question sur l’articulation entre aimer son prochain et cultiver une relation intime avec Dieu, à partir d’un exemple frappant tiré d’un procès d’assises.
Question posée :
Bonjour cher Pasteur
Nous sommes tous appelés à aimer, bien sûr. Les Écritures appellent chaque croyant à évangéliser. Nous sommes invités à faire connaître l’amour de Dieu, pas seulement en longues paroles mais aussi en actes.
Cette semaine, j’ai rencontré à deux reprises des personnes qui m’ont dit : « nous, on ne pratique pas, on essaie de bien se comporter, de ne pas faire de mal entre nous ».
C’est fort bien, ces paroles, le respect de l’autre, faire en sorte d’aimer notre prochain. C’est indiqué dans l’Évangile. Jésus nous a demandé d’aimer notre prochain. C’est le deuxième commandement.
Qu’en est-il du premier commandement ?
Qu’en est-il du premier commandement ?
Car Jésus lui-même a dit : « tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur… »
Aimer leur prochain, comme ils le disent, c’est déjà aimer Dieu. Mais n’est-il pas besoin d’aimer Dieu en intimité, dans la prière, le silence, la méditation ? Personnellement, je pense que oui. Quand on regarde que saint Paul, dans un premier temps, a pourchassé des chrétiens et en a même tué, saint Paul pensait agir pour une cause juste. Il s’agit d’un exemple un peu extrême, mais parfois, pensant bien faire, on peut être loin de la vérité.
Ajuster son cœur à celui de Dieu
J’avais lu les commentaires d’un pasteur qui insistait fortement sur le fait de nous intéresser à nos pensées, lesquelles, répétées, vont déterminer nos actes. Et ce pasteur indiquait qu’au préalable il faut « travailler » notre cœur pour l’ajuster à celui de Dieu, pas l’égaler, mais rechercher une disposition du cœur, car c’est ainsi que Dieu nous « parlera », nous donnera des instructions, des inspirations.
L’exemple d’un procès d’assises
Cette semaine, j’ai assisté à un procès d’assises. L’accusé a expliqué son enfance chaotique : son père l’a violé de nombreuses fois avec des sévices corporels. Il a expliqué qu’il avait vraiment souffert.
Les psys évoquent bien que, dans certains cas, l’enfant victime peut reproduire un schéma en étant cette fois auteur. Je dis bien « peut ». Ce n’est pas dans tous les cas, bien heureusement. Accusé de viols sur personne vulnérable, il a déclaré qu’il ne comprenait pas que ses agissements étaient si mauvais que cela.
Donc ma question : n’est-il pas essentiel d’avoir une relation avec Dieu en priorité ?
Et comment dire cela à des adultes qui sont dans la normalité de beaucoup de gens ?
Merci beaucoup pour votre réponse.
Que Dieu vous bénisse.
Réponse d’un pasteur :
Cher Monsieur
Merci pour cette belle réflexion !
C’est excellent, déjà, que ces personnes ne fassent pas de mal, c’est infiniment mieux si elles font du bien ! Notre monde a besoin de personnes qui ne vivent pas seulement dans l’égoïsme et la jouissance personnelle. Des personnes qui se soucient des autres.
Seulement, je suis bien d’accord avec vous, c’est un peu (très) dommage de s’arrêter là.
L’image de l’entreprise qui investit dans la recherche
Pour donner un exemple (c’est parfois parlant) :
Que conseillerait-on à une entreprise qui tourne à peu près bien ? On lui conseillerait d’investir dans une part de recherche et de développement. Sinon, elle risque de ne pas évoluer, de rater de nouvelles opportunités et de s’épuiser dans une routine devenant mal adaptée. Et si l’entreprise a de petits problèmes sur quelques points (rien n’est parfait), il est bon de prendre du temps pour travailler dessus.
Notre être est comme cela : il est bon d’être en recherche, de creuser, de chercher une profondeur et une élévation, une largeur de vue. Il est bon de se remettre un peu en cause (sans se culpabiliser, cela ne sert à rien non plus, mais avec lucidité et bienveillance).
L’être humain est un être en devenir, c’est sa nature, sa vocation. Et en plus c’est génial, c’est passionnant, et même : c’est une part de notre bonheur d’avancer dans son être. C’est pour cela que Jésus nous appelle à nous reconnaître comme un enfant : en croissance.
Des temps de recherche et développement pour la tête, l’esprit et le cœur
Donc, je conseillerais au moins à ces personnes de se donner des temps de recherche et de développement de leur être intérieur.
- Pour leur tête : un peu de philosophie, de théologie, de lectures diverses, de rencontres et de débats.
- Pour leur esprit : un peu de spiritualité, de prière.
- Pour leur cœur : découvrir des personnes diverses en s’intéressant aux personnes que l’on rencontre.
Mais bon, je dis cela sans jugement. Chacun vit comme il veut, comme il peut. Surtout si ce que l’on est produit déjà de bons fruits de justice, de bonté, de paix. Nous n’allons pas nous en plaindre !
Retour sur le procès : compassion sans excuse
Pour le monsieur qui a commis des crimes, le fait qu’il en ait subi dans son enfance permet de comprendre et de compatir ; seulement, ce n’est pas une excuse, car neuf personnes maltraitées sur dix dans leur enfance ne deviennent pas maltraitantes pour autant, heureusement. L’excuser serait très injurieux, ce serait le traiter comme une pauvre chose qui n’a pas de personnalité, alors qu’il est digne d’aller mieux que cela. Et pour que ce soit possible, il est bon d’être soigné, et comme vous dites : un travail spirituel et théologique nous aide, et l’aiderait à se construire, à poursuivre, la main dans la main avec Dieu, son évolution, la croissance de l’enfant de Dieu en lui.
Aimer Dieu et aimer son prochain : deux jambes complémentaires
Est-ce que cette dimension de relation à Dieu doit être une priorité par rapport à l’action d’aimer notre prochain ? Il me semble que c’est plutôt comme deux jambes : pour marcher, c’est assez pratique d’en avancer une, de la poser, puis d’avancer l’autre, de la poser. Etc. Pas à pas. Notre temps avec Dieu et notre temps dans le monde à agir se complètent, s’interpellent mutuellement, se nourrissent mutuellement, se corrigent mutuellement. À cela s’ajoute du temps pour soi, du temps de repos, un temps de jachère, improductif en apparence, mais si important pour notre respiration.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
En écho à ce texte :
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Aimer son prochain suffit-il, sans croire en Dieu ?
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Vivre en concubinage est-ce un péché aux yeux de Dieu ?
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Comment encore prier encore quand on ne croit plus en un Dieu magicien mais à Dieu comme amour ?

Cher Pasteur, merci beaucoup pour votre réponse enrichissante.
Ces personnes que j’ai rencontrées avec leur sincérité font bien des efforts de comportement, et ça va dans le bon sens. D autres personnes que j’ai rencontrées méditent et prient, remercient le Seigneur pour ce qui se passe déjà bien dans leur situation et espèrent dans le Seigneur. Ils m’ont témoigné que parfois ils ont vu le geste de grâce de Dieu par un évènement particulier , sans pour autant voir Dieu partout. La dernière personne qui m’a parlé ainsi m a dit ressentir une dynamique dans sa vie par sa foi. Il trouve un bonheur de s adresser à Dieu ainsi sachant que Dieu lui veut son bien. Et comme il me disait , » et si j’ai une épreuve, je sais que je ne suis pas seul. Il m aide « .
Quant à l accusé, c’est bien malheureux pour les victimes. Il faut bien traiter les affaires judiciaires au mieux. Je vous rejoins quand vous dîtes que tous les enfants victimes de maltraitance ne deviennent pas pour autant maltraitants, devenus adultes. Mais l origine du problème pour cet accusé prend naissance avec les parents de l’accusé. C’est bien regrettable.
Que Dieu vous bénisse.
Gérard
Bonjour,
Je reviens sur le thème de nos pensées en cogitant depuis quelques jours sur ce verset de 2 Cor. 10:5 : « nous amenons toute pensée captive à l’obéissance du Christ. » Vaste programme, qui détermine aussi nos actes, il me semble.
J’écoutais ce matin une homélie du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine dans laquelle il cite une prière à l’Esprit Saint du cardinal Verdier au début du XXème s et qui va dans le sens de mes réflexions :
« O Esprit Saint, amour du Père et du Fils, inspirez-moi toujours ce que je dois penser, ce que je dois dire, comment je dois le dire, ce que je dois vous écrire, comment je dois agir, ce que je dois faire pour procurer votre gloire, le bien des âmes et ma propre sanctification.
O Jésus, toute ma confiance est en Vous. »
Le travail de toute une vie, non ?
Bien à vous
Claire-Lise Rosset