N’y a-t-il pas le risque, lorsque l’on utilise l’auto-hypnose contre l’angoisse, d’oublier de prier et de s’en remettre à Dieu ?

Par : pasteur Marc Pernot

jeune fille les yeux fermés avec des lumières de couleur sur le visage -  Image par Leandro De Carvalho de https://pixabay.com/fr/illustrations/fille-univers-fantaisie-galaxie-5801511/

Question d’une visiteuse :

Bonjour
Es-ce que l’hypnose est compatible avec le christianisme ?
L’hypnose est une pratique en ce moment très utilisée en médecine notamment contre la douleur. Moi-même, j’ai été formée en tant qu’infirmière. Elle est utilisée aussi pour d’autres objectifs par exemple contre l’angoisse. N’a-t-il pas le risque lorsque l’on utilise par ex. l’auto-hypnose contre l’angoisse de s’appuyer trop sur soi-même en oubliant de prier et de s’en remettre à Dieu?
Merci d’avance..

Réponse d’un pasteur :

Bonjour et bravo de vous poser la question de savoir comment vivre avec Dieu.

Surtout que vous posez très très bien la question.

Il existe toute sorte de pratiques visant à notre bien être, en particulier à faire baisser le stress comme la méditation, le yoga, l’hypnose… personnellement, je préfère effectivement la prière, fondamentalement, et accessoirement la promenade dans la nature, l’exercice physique et rigoler un peu, entendre et goûter de bonnes choses. Mais si tel ou tel exercice vous fait du bien, c’est bien.

Toute la question est de savoir ce que l’on entend par « nous faire du bien » ?

  • Comme vous dites : même si l’on se « sent mieux », ce serait dommage que cela diminue la qualité et l’importance de votre relation à Dieu car cela se place sur un autre niveau, nous enracinant au delà de nous-même, à la source. C’est le premier point. Notre relation personnelle à la source de la vie.
  • Le second est ce qui est pour nous, précisément « la source de la vie ». Certaines de ces « pratiques » ne sont pas seulement des pratiques mais s’appuient sur une pensée, une vision du monde et de la transcendance. C’est normal et plutôt bien. Seulement, ce n’est pas neutre, pas du tout. Et nous arrive parfois sans que l’on y prenne attention. Mieux vaut bien saisir ce qui est en jeu avant d’adopter certaines conceptions, certains idéaux. Surtout si l’on n’a pas une solide réflexion philosophique et théologique, on est alors une proie facile, même s’il n’y a pas de volonté de manipulation (et encore plus s’il y a volonté de manipulation, évidemment, c’est souvent très habile et bien emballé). C’est en amont de cela que nous « travaillons » avec les jeunes au catéchisme, avec les prédications et autres formations bibliques ou théologiques : non seulement connaître la théologie chrétienne, mais quels sont les enjeux, afin de mieux saisir par soi-même ce qui nous semble juste et bon.

Ces deux point sont à analyser, comme vous dites. Cela demande une vigilance personnelle, de s’examiner soi-même devant Dieu, avec l’aide de Dieu. Voir si l’on avance ou si l’on stagne, si l’on régresse du point de vue de notre évolution en ce qui concerne : notre foi, notre prière, notre capacité à aimer les autres, notre élan pour espérer et entreprendre, agir, notre ouverture confiante à Dieu, notre dynamique de vie, notre paix intérieure et vis à vis des contrariétés de la vie… Puis réagir, ajuster. Mais encore une fois, dans ce large évantail du développement de notre être, Dieu (notre relation à Dieu et notre pensée sur Dieu) : Dieu n’est pas un élément parmi d’autres, il est et doit-être « spécial », « hors concours », car il nous enracine dans la transcendance, pas seulement dans le confort de notre être. Cela concerne la métaphysique, pas seulement la vie en ce monde.

Une fois cela posé, dans le domaine de la religion et de la pratique, il me semble qu’il est bon d’être pragmatique, et non dogmatique :

  • si tel exercice vous plaît mais que vous ne remarquez pas de progrès significatifs (dans ce qui est essentiel, et dans l’essentiel de l’essentiel) par la pratique de cet exercice, vous pouvez alors le laisser à d’autres. C’est un encombrement.
  • mais si tel exercice vous fait du bien, c’est que cet exercice fait partie de ce qu’est la bonne religion pour vous. En particulier : vous pouvez faire suivre l’exercice qui vous apaise par de la prière. L’exercice est alors comme un marchepied à l’essentiel, une préparation, un hors d’œuvres. Et approfondir sa réflexion théologique.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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2 réponses

  1. Claire-Lise Rosset dit :

    Bonjour,

    L’hypnose a fait couler beaucoup d’encre, comme toutes les thérapies de conscience modifiée.

    Il y a une différence entre l’hypnose de « foire » et l’hypnose « médicale ».

    Pourtant, ponctuellement, l’état d’hypnose nous habite. Quand, par exemple, vous êtes sur l’autoroute, et que vous dites : on a déjà dépassé telle ou telle ville, en zappant le panneau d’affichage, sans vous en rendre compte, vous étiez en était d’hypnose.

    La rédaction qui suit m’appartient, elle lie théologie et expérience de vie.

    Quand un agresseur commet par exemple un crime sexuel, la victime subit une effraction dans son corps et son psychisme qui dépasse ses capacités psychiques d’y faire face. Elle est noyée dans la boue de la terreur, du sentiment d’impuissance et d’horreur, l’angoisse, l’humiliation et la honte.
    Que se passe-t-il au niveau de son cerveau ? Elle disjoncte, elle dissocie, elle voit la scène de loin, comme si sa tête était déconnectée de son corps, tant l’épouvante l’atteint. Actuellement, on connaît bien la dissociation traumatique et ses ravages collatéraux, y compris somatiques.

    Alors, on laisse la victime se noyer dans des flash backs, des cauchemars récurrents, des bouffées d’angoisse qui altèrent sa qualité de vie ou on la soigne ?

    Expérience faite pour avoir suivi diverses psychothérapies qui traitent du trauma et des douleurs chroniques – y compris l’hypnose et l’auto-hypnose -, je remercie Dieu de m’avoir donné la possibilité de sortir de mon enfer existentiel et de traiter la perception subjective de mes douleurs physiques.

    Et spirituellement ? Depuis mes jeunes années, j’ai très vite compris que ma survie spirituelle était dans mon identification aux souffrances du Christ, ce Serviteur souffrant dont parle Esaïe et tant de psaumes.

    Cette présence intériorisée du Père des miséricordes et du Dieu de toute consolation, je la trouve dans cette Parole de Vie qui est « près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur », et par cet Esprit d’adoption par lequel je crie « Abba, Père ! ».

    Ce Dieu qui a récolté mes larmes dans son outre (Ps. 56 :9), comme celles de toutes les victimes de la folie meurtrière des personnes dites « chrétiennes » ou pas, arrivera le jour où Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, ces larmes jamais entendues, selon la magnifique promesse d’Apocalypse 21 : 4 :

    « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »

    Qui a dit que ce « Père des miséricordes et ce Dieu de toute consolation » ne nous accompagne pas depuis le jour de notre naissance jusqu’à ce jour éternel où « Dieu sera enfin tout en tous » ?

    Bien à vous
    Claire-Lise Rosset

  2. Wilfred dit :

    Bonjour,

    J’apprécie votre méthode qui consiste à essayer de définir d’abord de quoi on parle avant d’échanger ou même de partager des idées.

    Quant à l’idée que « Dieu » serait « hors concours », cela me plaît, mais en même temps cela m’a fait sourire, il faut reconnaître que cela ne marche pas pour tout le monde, et que comme l’avait pensé Freud, cela vient sans doute de la prime enfance, de l’éducation, dont l' »hypostase » est une forme du « sur-moi ». Je viens de relire « L »avenir d’une illusion ». qui date de 1927. Il y aurait énormément à dire, mais même si Freud s’est trompé, ce qui est tout à fait normal, car il est, impossible de dire l’avenir!, j’ai cependant beaucoup apprécié la différence qu’il fait entre « erreur » et « illusions ».

    Bref, bravo à vous aussi d’avoir pratiqué finalement la même distinction !

    Bien cordialement,

    Wilfred Helmlinger

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