
Canonisation et « mon heure n’est pas encore venue » : que veut dire Jésus à Marie ?
Pourquoi l’Église catholique instaure-t-elle une « canonisation » alors que la Bible appelle déjà chaque croyant « saint » ? Et que signifie la réponse de Jésus à sa mère aux noces de Cana, « mon heure n’est pas encore arrivée » ? Un pasteur éclaire ces deux questions et ce qu’elles disent de notre propre vocation à agir.
Question posée :
Bonjour,
j’ai deux questions :
1. Quel est le sens du mot « canonisation » et à quelle période a-t-elle été instaurée ?
2. Quand Jésus a répondu à sa mère « femme, mon heure n’est pas encore arrivée », faisait-il allusion à quelque chose, lui qui est le maître du temps et des circonstances ?
Merci pour votre aide.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir,
c’est bien volontiers que je me penche sur vos questions, elles sont intéressantes.
1re question : le sens biblique du mot « saint »
Dans la Bible, être « saint » est un regard de Dieu sur nous. C’est toujours Dieu qui sanctifie l’homme, cela veut dire qu’il considère chacun comme une personne irremplaçable et qu’il compte sur cette personne pour qu’elle devienne prophète, prêtre (ou prêtresse) et source de création, d’inventivité, là où elle est. Et si Dieu nous appelle « saints », il nous donne aussi ce dont nous aurons besoin pour assumer notre vocation.
On voit d’ailleurs l’apôtre Paul appeler les destinataires de ses lettres « saints », alors qu’ils étaient des personnes comme vous et moi (par exemple Philippiens 1.1). Nous sommes donc « saints », puisque Dieu l’a décidé, alors même que nous sommes loin d’être exemplaires en toute chose (c’est vrai).
D’où vient la canonisation : de la vénération des martyrs à l’institution romaine
D’où vient alors ce changement de sens entre la notion biblique et le sens courant actuel ? Cela vient de l’histoire : il y a eu quelques persécutions de chrétiens au cours des premiers siècles, et la population a été profondément marquée par le courage de personnes se laissant brûler ou dévorer par un lion pour ne pas renier le Dieu unique et le Christ. La superstition populaire s’est emparée, après quelques siècles, des reliques de ces martyrs, pensant que cela porterait chance, et quand un sanctuaire pouvait s’emparer d’un bout de corps de ces personnes, le sanctuaire devenait alors un lieu de pèlerinage couru, et lucratif. Tant mieux si la foi de ces martyrs était ainsi une source d’inspiration pour avancer soi-même dans la confiance en Dieu. Hélas, souvent régnaient plutôt beaucoup de superstitions et de manipulations des foules, profitant de leurs angoisses et de leurs souffrances pour faire de l’argent et prendre le pouvoir. Il me semble qu’afin de réguler cette pratique, tout en en profitant aussi au passage, un pape du Xe siècle a voulu encadrer cette pratique avec l’obligation de passer par Rome pour obtenir le label « saint » : c’est l’invention de la canonisation.
2e question : Marie, Jésus et « mon heure n’est pas encore arrivée »
Quand Jésus répond à sa mère que son heure n’est pas encore venue (Jean 2), il me semble qu’il se préparait encore à sa mission de Christ, et que l’intervention de sa mère l’encourage à se lancer, ce qui est remarquable, et met en valeur le fait qu’à la fin de ce récit, Marie se place en disciple. Il est possible que ce texte évoque effectivement le rôle de la mère de Jésus dans la maturation de sa vocation. En tout cas, ce texte est avant tout une prédication adressée au lecteur afin de l’aider à avancer dans la foi (dans la confiance en Dieu grâce à Jésus-Christ). Pour nous, je pense que ce texte nous encourage à réveiller la foi en nous, à sentir que l’heure est venue de nous bouger un peu (si je puis dire), pas seulement de profiter de la fête (comme Jésus le faisait, on a bien le droit, cela fait partie des bénédictions de Dieu), mais aussi d’apporter quelque chose au monde autour de nous, alors même que nous pensons ne pas être prêts, être trop jeunes, trop vieux, pas assez croyants, pas assez bons, trop occupés…
Jésus, « maître du temps » ? Ce que dit l’Évangile
Je ne sais pas si Jésus est le maître du temps : nous le voyons ici hésiter pour décider si l’heure est venue ou non de se lancer. Et Jésus reconnaît que lui-même ne connaît pas l’heure de la fin des temps, mais que le Père seul la connaît : « Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. » (Matthieu 24.36). Cela aussi est intéressant pour nous qui suivons le Christ, laissant à Dieu ce genre de questions sur la fin du monde, et nous intéressant à notre propre temps. Et le temps de passer à l’action, c’est quand une belle occasion se présente de faire une belle chose, en venant au secours d’une personne.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
En écho à ce texte :
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Saint
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Dans « Que ton nom soit sanctifié » que signifie ce « sanctifié » qui n’est plus d’usage courant ?
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Sacré ou saint : quelle différence dans la Bible ?
