
Le « je » que je suis a-t-il toujours existé ?
Ai-je toujours existé avant ma naissance ? Un pasteur répond à cette question troublante sur le « je », en distinguant l’être daté que nous sommes et le souffle éternel que Dieu nous donne.
Question posée :
Bonjour,
Je ne parviens pas à comprendre pourquoi je suis sur terre, ici, en ce moment, et pas au Moyen Âge ou dans le futur. Je suis conscient d’exister, je suis, mais comme si j’avais toujours été. Je sais que je serai toujours après ma mort terrestre, mais j’ai l’impression d’avoir toujours été. Comment des cellules qui se multiplient auraient-elles pu construire cet ensemble « je » unique ? N’ont-elles pas plutôt accueilli ce « je » préexistant ? J’espère me faire bien comprendre. Si ce n’est pas le cas, posez-vous la question pour vous-même…
Cordialement
Réponse d’un pasteur :
Cher Monsieur,
Merci pour cette question fort intéressante, conjuguant à la fois la réflexion et l’intériorité.
Je pense qu’il y a effectivement quelque chose d’éternel en nous, mais que ce n’est précisément pas ce « je » que je suis en ce moment. Ce qui est éternel en nous est quelque chose d’une autre dimension, qui est de l’ordre du souffle éternel de Dieu, et qui donne une dimension supplémentaire à cet arrangement improbable que je suis. Mais cet arrangement improbable que je suis est tout à fait daté : il est le résultat d’un assemblage totalement improbable de chromosomes, et aussi de rencontres, de circonstances particulières, d’événements historiques et de petites coïncidences, de choix ténus que j’ai faits. De sorte que ce que je serai demain n’est pas tout à fait ce que je suis aujourd’hui.
Je trouve très intéressant ce que vous proposez : faire attention à la fois à ce moi unique et aussi à quelque chose d’éternel que nous portons.
Ce que nous héritons du passé, et ce qui nous ouvre à l’éternité
- Même si notre être personnel est apparu à un moment précis de l’histoire, chacune des coïncidences qui nous ont constitués nous vient du passé. Par exemple les atomes qui nous constituent (sans cesse plus ou moins renouvelés, d’ailleurs). Mais aussi notre langue : elle a une histoire qui remonte aux origines de l’humain. Ce n’est pas l’éternité, mais cela remonte à quelques centaines de milliers d’années quand même. Nous héritons ainsi de bien des choses. Et nous ajouterons notre histoire à cette histoire.
- Et nous avons cette dimension divine, cette capacité à aimer, à être libres, à imaginer un but, à créer. Cela est d’un autre ordre que la seule chaîne des conséquences de ce qui a précédé. Et là, je pense, nous avons une dimension qui nous rattache à l’éternité, en amont même de la racine de l’histoire de l’univers, et qui se projette vers l’avenir éternel.
Le témoignage de l’Ecclésiaste : souffle passager et idée d’éternité
Le curieux livre de l’Ecclésiaste, dans la Bible, creuse cette expérience humaine. Il dit à la fois notre être comme un souffle, une légère buée qui existe un instant (mal traduit en français par « vanité des vanités, tout est vanité »), et l’Ecclésiaste dit que nous avons reçu de Dieu l’idée d’éternité (Ecclésiaste 3.11).
Un « je » qui change et qui pourtant demeure : le chemin de fidélité
Ensuite, il me semble effectivement intéressant de noter à la fois que ce « je » change sans cesse un petit peu, et que pourtant je me sais encore comme étant moi. Je suis l’ensemble de ce cheminement, de ce flot. Et je peux même influer (aussi peu que ce soit) sur ce que je serai demain, encore un petit peu différent. C’est un vrai défi. C’est ce que nous fait remarquer Jésus quand il dit qu’il est « le chemin, la vérité (la fidélité), et la vie » (Jean 14) : notre être est cheminement, cheminement de fidélité à nous-mêmes (dans le passé), et fidélité à cette source éternelle de vie qu’est Dieu.
Dans cette fidélité est la vie. Le Christ nous assure que cette vie donne à la personne que nous sommes, personnellement, née dans le temps, une dimension d’éternité, pas seulement par son souffle divin, mais dans cette dimension personnelle unique que nous appelons « je », personne en relation, personne gardée par l’Éternel. Effectivement, il est totalement improbable que ces atomes aient pu s’organiser en ce « je » qui vit, qui pense (un petit peu), et qui aime (comme il peut), qui a l’insolente idée d’éternité. Ce miracle est si improbable qu’à côté il semble presque naturel que ce « je » soit gardé ensuite… mais nous verrons bien.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
En écho à ce texte :
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Que dit la Bible et que disent les Chrétiens de la vie avant la vie ?
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Interrogation sur l’éternité et ce que nous y ferons.
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J’ai quelques problèmes avec le temps qui passe, le temps en général
