Une grande affiche dans la ville avec un verset - photo LS
Bible

Dans la ville : de grandes affiches anonymes avec un verset de la Bible… et une « correction » ?

Par : pasteur Marc Pernot

Une grande affiche dans la ville avec un verset - photo LS

Question posée :

Bonjour
Sur cette photo : une affiche, rue des Voisins à Genève.
La personne qui a modifié la phrase n’a-t-elle pas tout juste?!
Avec toute ma reconnaissance pour votre partage de savoirs et d’expérience.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour cette photo, et pour cette réflexion.

« N’aie pas peur car je suis avec EN toi », signé Dieu.

La personne qui a modifié la phrase n’a-t-elle pas tout juste?!

C’est une réflexion intéressante.

  • Cette personne a tout juste en se sentant touchée par ce témoignage de foi qu’apporte ce verset affiché en grand dans la ville. Cette personne a tout juste en disant que Dieu est en nous. Cette personne a tout juste en approuvant le « n’aie pas peur » dont elle a apparemment reçu le message dans sa foi intérieure.
  • Cette personne a faux, à mon avis, en rayant le « avec ». Elle aurait pu se contenter d’ajouter en dessus « et en » sans rayer le « avec », là j’aurais trouvé ça super : d’entrer en dialogue sans nier le point de vue de l’autre d’ajouter une autre dimension de la grâce de Dieu pour chacun.

« Dieu avec nous » est tout à fait essentiel, depuis l’alliance avec Jacob (Genèse 28:15), mais aussi avec le Christ qui est appelé l’Emmanuel « Dieu avec nous ».

« Dieu en nous » est associé à la promesse de l’Esprit, le « paraclet » (en grec), qui est promis à tous par Jésus (Jean 14:17, 23). C’est vrai que c’est une nouvelle époustouflante, où la personne humaine reçoit une dimension divine sans cesser pour autant d’être humaine.

Pourtant, même si « Dieu en nous » est effectivement un sommet de ce que nous pouvons recevoir, je suis d’accord, si Dieu était uniquement en nous, ce serait à mon avis bien trop limité.

  • Car alors ou aurait été Dieu quand l’humain n’existait pas ?
  • Et s’il nous fallait compter uniquement sur « Dieu en nous » pour avancer, comment ferions nous quand nous sommes si souffrant qu’il n’y a plus aucune place en nous que notre souffrance ?

Alors que « Dieu avec » annonce un Dieu qui ne nous abandonne pas, même quand nous serions complètement fermé à lui, il continue à nous chercher (comme le dit Jésus dans la parabole de la brebis perdue de Luc 15), à nous attendre (comme le dit Jésus dans la parabole du fils prodigue), à nous soigner (comme le dit Jésus dans la parabole du bon samaritain de Luc 10)…

Donc, cela aurait été très bon d’ajouter le Dieu en nous au Dieu avec nous. De garder les deux. Bien sûr, le concept de cette affiche est de choisir un unique verset, une idée simple et « Dieu avec nous » est parfait pour le passant qui serait peu ou pas croyant, pour celui auquel on a toujours dit que Dieu était terrible et qu’il pourrait se retourner contre nous ou nous abandonner à la mort si ne nous ouvrions pas à sa présence en nous… Donc ce verset affiché me semble très bien choisi, mais avec l’ajout « en nous »  cela aurait donné les deux ensemble : l’annonce inconditionnelle de « Dieu avec nous », et le fruit qu’est « Dieu en nous ».

En tout cas, ce passant qui s’est permis de faire un graffiti, même s’il cherche à imposer son seul point de vue, nous a donné à réfléchir, ainsi peut-être qu’à des passants dans la ville, s’interrogeant sur le sens de cette dispute théologique autour d’un simple mot. Il nous donne aussi à  réfléchir sur la nature humaine et les difficiles rapports avec nos semblables, comme si nous devions nier l’autre pour exister soi-même.

Dieu, et en particulier par son Esprit en chacun (1 Corinthiens 12) nous rassemble en un seul corps, et se réjouit de la diversité des membres de ce corps. Alors que la polémique niant la foi de l’autre, corrigeant le verset que l’autre à choisi : cela montre l’inverse de l’union inspirée par Dieu, comme si la foi en Dieu devait imposer une unique façon de voir, et donc diviser les croyants entre eux, et peut-être même les chrétiens entre eux. Ce n’est pas un bon témoignage dans la cité.

Ce type de réaction, à la fois intéressante et désagréable, est peut-être une déformation due aux réseaux sociaux, car c’est hélas souvent comme cela que tournent les commentaires : un article nous intéresse (comme cette affiche) et bien trop souvent le lecteur réagit en cherchant une faille (réelle ou imaginaire) dans ce qui est dit, une petite faute d’orthographe, un simple mot comme ici, et le commentaire est envoyé : une critique, un sarcasme, une étiquette mettant l’autre dans une case d’hérétique : n’importe quoi afin de remettre en cause le témoignage de l’autre et laisser sa propre marque… Alors qu’il serait si facile de plutôt relever une phrase qui nous a plu dans l’article, un petit merci en commentaire, un petit pouce sous la vidéo, un j’aime sous le post, un complément de point de vue, une illustration : tout le monde en sort enrichi et les rapports humains aussi.

Le témoignage de la personne anonyme sponsorisant ces grandes affiches de quatre mètres sur trois dans la ville me semble exemplaire, avec ces versets simples et souvent très bien choisis : annonçant l’évangile, comme ici, celui de l’amour de Dieu donné sans condition au passant. Cela fait des années que j’admire ces grandes affiches bleues et jaune, et que j’en suis touché.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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7 Commentaires

  1. Marie dit :

    Je déteste ces affiches!.. J’imagine qu’elles n’intéressent que des personnes déjà convaincues (et encore..) Quelle est la signification de remplir les panneaux d’affichage de toute la Suisse de ces phrases, sorties de leur contexte, dont on ne prend même pas la peine d’indiquer la provenance (livre, chapitre, verset..) Quelle image de Dieu on donne à ceux qui sont éloignés d’une pratique religieuse? Et surtout, quelle image on donne des croyants? Des personnes qui affirment des choses d’une manière péremptoire sans s’intéresser à celui qui les reçoit?.. Ce n’est pas de cette manière que procédait Jésus😡

    1. Marc Pernot dit :

      OK, ça se défend. Merci pour ce message.

      Je ne sais pas, mais quand Jésus « balance » ses béatitudes (Matthieu 5) à la foule, il fait un peu la même chose, non ?

      Et vous, qu’en pensez-vous de ces affiches ?

  2. Pascale dit :

    Je n’ai pas vu physiquement ces affiches mais après renseignement, la plupart de ces affiches indiquent qu’il s’agit de la Bible, ce qui me parait tout à fait indispensable (dans celle qui est présentée ici, ce qui me dérange un peu, c’est la signature !). Peut-être qu’elles ne servent à rien, mais je ne vois pas en quoi elles feraient du mal à qui que ce soit, ce n’est pas plus agressif que n’importe quelle autre publicité.
    Par contre, je n’appellerais pas cela un témoignage car il manque le témoin … et donc je ne le comparerais pas à Jésus proclamant ses béatitudes. Rien de telle qu’une parole portée par une personne ; c’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce site.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci, Pascale. C’est vrai que la plupart du temps le verset est signé « la Bible », et qu’ici il est signé « Dieu », ce qui est effectivement osé, il aurait fallu peut-être mettre « Dieu (selon la Bible) ». Mais c’est vrai que nous pensons que Dieu dit effectivement cela à chaque personne.
      Si j’y vois un témoignage, c’est qu’il y a bien une personne qui a composé ces lignes, choisi les emplacements et payé une jolie somme pour les faire afficher. Tout est effectivement discutable là dedans, mais c’est une idée originale, cela fait des années que cette personne fait cela, et j’y vois une personne qui a de la gratitude pour ce que la foi lui a apporté et qui se dit que peut-être d’autres personnes pourraient en bénéficier aussi.

  3. Lili dit :

    Je dirais, comme pour Pascale et Marie, que la « signature » me « dérange » ainsi que l’absence de référence. C’est peut-être sévère ce que je vais dire mais si je pousse un peu le bouchon, c’est de l’usurpation d’identité. Cela trouble le message, peut-être le rend bancal car Dieu n’a jamais dit cela réellement. Même si je suis d’accord que c’est l’idée du message évangélique et qu’en un sens on pourrait soutenir que Dieu l’a « dit » comme il le dit si souvent à travers vos prédications, analyses, remarques ou réponses. Mais essayer d’entraîner quelqu’un, en passant dans le quartier, à partir d’une approximation si énorme, cela me heurte. J’ai l’impression qu’on parle à une enfant. Cela ne me semble pas neutre concernant la théologie sous-jacente. J’aurais bien vu un petit QRCode à la place de la signature, renvoyant au(x) passage(s) en question, avec quelques remarques explicatives pour que cela puisse parler à quelqu’un à qui ça ne parle pas du tout. Et pour ceux qui connaissent, c’est comme un clin d’œil plutôt sympathique.

    Mais peut-être qu’en évitant la référence la personne a voulu gommer la matérialité du propos pour qu’on se laisse plus toucher par cette formule, insistant sur la recherche de son sens, nous invitant à philosopher au coin de la rue. Pas forcément à ouvrir la Bible.
    Ou que, comme vous dites, c’est un simple témoignage de sa part, d’une nouvelle qu’elle veut partager, comme « elle le sent ». Et ce serait alors un beau geste, gratuit mais coûteux, que de vouloir apaiser les craintes de ses semblables. Pour l’efficacité, je ne sais pas. Mais cela ne fait de mal à personne.
    Ou peut-être pour éviter la « polémique » en citant la Bible, pour que le propos soit plus œcuménique et puisse trouver des échos même chez les croyants d’autres religions. Je ne vois pas les choses ainsi mais c’est possible.

    La rayure, je me suis demandée si elle n’était pas prévue par l’affiche… parce que cela interpelle davantage. Ah ! donc il y a quelqu’un qui n’est pas d’accord, qui a pris le temps d’écrire calmement « en ». C’est vrai que cela peut être vu comme une correction indélicate mais que quelqu’un prenne cette pensée au sérieux, l’ait comprise, ne dise pas seulement « je ne suis pas d’accord » mais fasse une autre proposition, je trouve cela constructif et tellement rare, voire courageux, car elle n’efface pas l’autre avis non plus, toujours visible. J’aurais bien rayé moi aussi « avec toi » et « en » et placé en dessous : « là » mais Genève est trop loin. Ceci dit, c’est bien moins bon car on ne trouve plus le face à face entre je et toi.
    J’espère que quelqu’un aurait encore corrigé ensuite en ajoutant « ne…pas » et signant Dieu « méchant » ce qui aurait donné « N’aie pas peur car je ne suis pas là, signé Dieu méchant »… et ainsi de suite créant une interaction IRL entre des personnes qui ne se connaissent pas, je ne sais pas, j’aurais trouvé cela très drôle et enrichissant. L’humour peut aussi être mal pris, j’espère qu’on n’y verra aucune malveillance.

    Pour finir, en cherchant le passage dont il doit être question dans l’affiche, je suis tombée, entre autres, sur celui d’Isaïe 41:10. Ce chapitre – que je ne connaissais pas ce matin – est une merveille littéraire, et théologique sans doute, du début à la fin, ce serait dommage de ne pas amener jusqu’à lui. On peut lire, au tout début, ce propos extraordinaire : « Vous, les îles, faites silence devant moi », wahou ! Si poétique et profond qu’on pourrait le décliner sous tout un tas de réflexions sur le pouvoir, la subjectivité, la solitude, la totalité, la parole… Cela rajoute des idées aux idées. C’était le but du panneau, non ? 😉

    Merci à l’auteur de la question, au graffeur et à ce mécène genevois.

    1. Marc Pernot dit :

      Chère Lili
      Merci pour cette magnifique et profonde analyse.
      L’auteur du graffiti s’est vraiment donné du mal, car le panneau est en hauteur et il lui a fallu trouver une échelle !

      Esaïe 41 vous a plu ? cela fait partie du « livre de la consolation » qui commence en Esaïe 40 par cet tirade qui a un sacré souffle :

      Consolez, consolez mon peuple, Dit votre Dieu. Parlez au coeur de Jérusalem, et criez lui Que sa servitude est finie, Que son iniquité est expiée, Qu’elle a reçu de la main de l’Eternel Au double de tous ses péchés. Une voix crie: Préparez au désert le chemin de l’Eternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit exhaussée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées! Que les coteaux se changent en plaines, Et les défilés étroits en vallons!

      Bravo à cet homme ou cette femme du VIe siècle avant Jésus que l’on appelle le deutéro-Isaïe, il méritait bien d’être ajouté aux textes du prophète Esaïe qui vivait deux siècles avant.

  4. Paul Nizan dit :

    Pour en savoir un peu plus sur ces affiches:

    > Alors que cette exposition explore la notion de croyance, c’est l’occasion de s’interroger sur la propagande religieuse sous nos latitudes. Nous nous sommes intéressés aux affiches qui, depuis presque trente ans, utilisent des versets de la Bible comme slogans publicitaires dans toute la Suisse. Jean-Christophe Emery a rencontré Peter Stucki, le responsable de l’Agence C, qui édite ces fameuses affiches.

    https://pages.rts.ch/la-1ere/programmes/hautes-frequences/6175889-mon-dieu-lave-plus-blanc.html

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