Ethique

++ comment expliquer le péché à ma petite fille de 16 ans ?

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Question : 

Comment expliquer « le péché « à ma petite-fille de 16 ans ( aucune éducation religieuse). ? Je suis croyante, pratiquante, mais pas à l’aise avec ce mot ! Grand merci de votre éclairage!

Réponse : 

Chère Madame,

Quelle chance a votre petite fille d’avoir une grand-mère comme cela !

Pour ce qui est de la partie théorique, vous pouvez toujours essayer de voir si dans le « petit dictionnaire » que j’ai mis sur le site il y a quelque chose d’intéressant. Sur le péché, j’ai mis cela : https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/peche/

Pour votre petite fille, pas si petite que ça en réalité, je commencerais par dire qu’il n’y a rien, aucun péché, aucune faute, aucun manque de foi qui pourrait fâcher Dieu, en quelque façon que ce soit. Parce que Dieu l’aime d’un amour inaltérable, radical, infini. Un peu comme sa grand-mère, en fait.

Ensuite, pour ce qui est du péché, dans le langage courant, on entend des fautes qui seraient contraires à ce que Dieu veut. Or, Dieu, justement, ne cherche pas du tout à nous casser les pieds : s’il nous déconseille quelque chose, c’est que ce n’est pas bon, que cela déconstruit, fait du mal. La vie n’est pas un exercice théorique comme un examen, pour Dieu, ce qui est mal est ce qui fait du mal. C’est donc quelque chose de très pratique. Et donc je me placerais plus tôt dans ce registre-là avec votre petite fille. Il y a des actes qui produisent de la souffrance, qui divisent, voire même qui font mourir, des actes qui sont du n’importe quoi et qui ne construisent rien. Dans un sens on pourrait appeler tout cela du péché.

Ce qu’on appelle « les 10 commandements » en donne une définition de base : tuer, voler, mentir, trahir ceux qui nous font confiance : c’est quand même quelque chose d’assez triste et qui ne grandit pas la vie mais qui l’abîme. Cela abîme la vie autour de nous, et cela abîme des personnes, cela abîme aussi son auteur alors qu’il croit avoir profité joyeusement. Mais quand on crée, quand on augmente la vie, quand on embellit la vie : ça fait du bien autour de nous et ça nous fait du bien à nous aussi.

L’apôtre Paul donne cet excellent conseil : « ‭Tout‭ m‭’est permis‭‭, mais‭ tout‭ n’est‭‭ pas‭ utile‭‭ ; tout‭ m‭’est permis‭‭, mais‭ je‭ ne‭ me laisserai rendre esclave de rien‭.‭ » (1 Corinthiens 6:12) et “‭Tout‭ est permis‭‭‭, mais‭ tout‭ n’est pas‭ utile‭‭ ; tout‭ est permis‭‭‭, mais‭ tout‭ ne construit pas.” (1 Corinthiens 10:23)

En effet, « tout est permis », ce n’est pas une question de loi, puisque Dieu nous aimera de toute façon. Tout est permis mais… Ce « mais » est essentiel. Nous avons une seule vie, nous traçons donc directement au propre dans la trame de nos jours l’œuvre de notre vie et il n’y a pas de brouillon. C’est pour cela que Paul insiste sur l’idée de ce qui est utile, de ce qui construit, plutôt que de laisser filer notre vie sans rien en faire ou en faisant simplement n’importe quoi.

Ces questions que l’apôtre Paul nous propose me semblent assez bien trouvées. Avant de choisir de faire quelque chose d’important : prendre un temps de suspension où l’on réfléchit une seconde, où l’on se pose des questions : c’est vraiment prendre sa vie en main. À mon avis c’est déjà l’essentiel. Apprendre à discerner par soi-même. Je pense que c’est tout à fait concret quand on hésite entre différentes solutions : prier, présenter les différents éléments devant Dieu, laisser reposer cela une nuit avant de décider.

Ensuite Paul nous propose ces questions : Est-ce que ceci est constructif ? me construit ? construit un monde plus juste ou plus beau, meilleur ? Où est-ce que ça diminue mon être, ma vie, quelqu’un ou quelque chose autour de moi ?

Bien sûr parfois la vie est complexe, et il arrive que toutes les solutions qui s’offrent à nous présentent une part de bien et une part de mal. C’est le tragique. Il faut donc choisir le mieux, ou parfois le moins mal. Il est donc difficile de vivre complètement pur, sans péché. Des choix sont parfois difficiles.

L’Évangile du Christ est encore plus simple : il nous donne la mission d’aimer et de faire du bien : à notre prochain et aussi à nous de nous développer nous-mêmes, et que nous pouvons compter sur Dieu pour nous aider. Jésus n’est pas dans une logique de donner une liste d’horribles péchés ou de nous faire la leçon, mais plus dans l’encouragement à vivre ardemment, en cherchant ce qui serait bien et en évitant ce qui serait nocif ou simplement nul, non constructif. Et pour nous aider, Jésus nous dit qu’on peut vraiment compter sur Dieu pour qu’il nous éclaire au fond de notre conscience et de notre intelligence (c’est ce qu’on appelle l’Esprit). Il nous laisse libres, il nous encourage à devenir plus libres et créatifs.

C’est ainsi que le génial Saint Augustin nous dit : « Une fois pour toutes, ce bref commandement t’est donné : Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour, si tu parles, parle par amour, si tu corriges, corrige par amour, si tu pardonnes, pardonne par amour. Aie au fond du cœur la racine de l’amour, de cette racine, il ne peut sortir que du bien. Si tu veux savoir ce que vaut ton amour, regarde où il te conduit… »

C’est un appel à nous construire comme une belle personne. C’est aux fruits que l’on reconnaît l’arbre, il est donc bon de prendre soin de nos racines, du cœur de notre être, de notre croissance. Et cela ira.

Et si l’on a pêché ? Là encore Dieu est d’un grand secours pour nous aider à nous pardonner à nous-mêmes (pas facile), et pour nous aider à nous reconstruire (car faire n’importe quoi nous abîme). Il peut nous aider à chercher peut-être comment essayer de réparer ce que nous avons abîmé, surtout si ce sont des personnes autour de nous. Il peut nous aider à regarder vers l’avenir en devenant meilleurs. C’est ainsi que celui qui a péché n’a rien à craindre de Dieu, au contraire, Dieu est d’un excellent secours aussi dans ce moment-là.

C’est pourquoi il est très utile d’être dans une familiarité avec Dieu, car cela nous aide à moins faire n’importe quoi, je pense, mais aussi à mieux nous relever quand nous avons fait n’importe quoi.

Si vous retenez certains points de cette approche, peut-être que vous pouvez demander à votre petite fille si elle voit des exemples de situations où l’on a le choix de faire ou de ne pas faire quelque chose : qu’est-ce qui irait dans le sens du chaos ou dans le sens de la construction ? Vosu pouvez aussi chercher à réfléchir sur des cas tragiques où les deux solutions sont à la fois bonnes et mauvaises en partie, et comment arriver alors à faire la part des choses…

Dieu vous bénit dans ce précieux ministère de grand-mère.

Pasteur Marc Pernot

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