femme en sweat à capuche noir et blanc assise sur un banc en bois marron regardant les montagnes pendant la journée - Photo de Anton Maksimov 5642.su sur https://unsplash.com/fr/photos/gPM94_ee5k8
Foi

À quoi sert la foi face à la dure réalité ? Une espérance vaine ? Des exigences cruelles ?

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Une réflexion lucide sur le rôle de la spiritualité lorsque la vie est difficile. Loin des promesses magiques, la foi est ici envisagée comme une intensité d’être et une démarche de guérison intérieure, notamment face aux questions délicates de la souffrance et du pardon.


Question : La foi est-elle un voile sur la réalité ?

Bonjour cher Pasteur,

C’est avec plaisir et intérêt que je consulte régulièrement votre site pour y chercher de la nourriture spirituelle, et je trouve régulièrement de quoi me mettre sous la dent, merci pour cela.

Je suis toujours en cheminement, en recherche de foi. Je n’arrive pas vraiment à m’identifier comme chrétienne car j’ai l’impression que je ne coche pas toutes les cases de cette « catégorie ». Je suis sur une application de méditation chrétienne (Meditatio) mais plutôt par curiosité plus qu’autre chose. Je n’arrive pas à lire la Bible, je n’y comprends rien, donc j’ai opté pour cette application qui semble en tirer le meilleur, tout du moins de quoi faire pour trouver l’apaisement.

Mais je bute sur certaines choses comme l’espérance infinie car dans la vie de tous les jours, dans la vie toujours, on ne peut pas dire qu’il y a toujours de l’espoir. Il y a des drames, et parfois il faut mettre fin à certaines situations pour avancer justement. Par exemple on ne peut pas dire à quelqu’un qui a été victime de violences que son bourreau va comprendre et devenir gentil. Ça n’arrive que dans certains films de Noël, ça et encore ! Il y a certaines situations où il n’y a plus rien à espérer, par exemple… Donc parfois je ne comprends pas l’intérêt de la foi, je la vois comme un voile sur la réalité, finalement. Avec parfois, selon les visions, des discours culpabilisants pour des victimes. C’est toujours à la victime de pardonner, de se dire que c’est peut-être une épreuve de Dieu, etc. J’ai déjà entendu ces choses.

J’en suis donc à un point où, bien que j’aille plutôt bien en ce moment, je me demande à quoi sert la foi et la Bible si ça fait plus de mal qu’affronter la réalité.
Je suis d’accord avec l’idée que l’espoir fait vivre, mais ce n’est pas vrai pour tout.
Je suis désolée pour mon message assez décousu, mais c’est le reflet des questions qui tournent en ce moment dans ma tête.

Belle journée !


Réponse : La foi n’est ni magie ni déni, mais intensité de vie

Chère Madame,

Je trouve que votre message est magnifique de lucidité et de courage.
Effectivement, le but de la foi et de la prière n’est pas de nous donner de l’espoir, et encore moins de nous donner de faux espoirs. Il est clair que finalement tout ne s’arrange pas toujours dans la vie puisque nous finirons par mourir et que nous partirons alors seuls et sans rien. Plus généralement, il arrive effectivement des accidents, des maladies, des handicaps et qu’ils ne sont jamais dans la volonté de Dieu.

Sortir des fausses promesses et de l’abus spirituel

Je dois bien reconnaître, hélas, que, parfois, certains discours chrétiens jouent ce jeu malsain de promettre aux fidèles : si vous priez ardemment, si vous avez une foi suffisamment profonde et vraie, si vous allez assez à l’église, si vous êtes bien sûr généreux dans vos dons et que vous mettez de l’ordre dans votre vie… alors votre chemin de vie sera pavé de lys et de roses, Dieu vous récompensera de vos sacrifices dans la vie présente et dans la vie future, vous donnant de la chance en toute chose : la fortune, le succès dans vos affaires comme en amour, etc. C’est faux et c’est de l’abus spirituel car la vie ne marche pas comme ça, Dieu n’est pas dans la logique du chantage, pas du tout du tout. La preuve que c’est faux : cela n’a pas porté chance à Jésus d’être un champion de la foi et de la générosité dans le service des autres : il a été finalement abandonné de tous, trahi, sans femme ni enfants, torturé et assassiné.

D’autres types de bons apôtres moins matérialistes promettent qu’avec la foi chrétienne, vous aurez une grande sérénité, une tranquillité d’esprit. Je ne pense pas que ça soit vrai non plus, car quand on aime, quand on a de la compassion pour ceux qui souffrent, quand on a de la conscience sur les questions de justice : on va effectivement plus souffrir puisqu’on souffre avec ceux que nous aimons en plus de nos propres souffrances, qu’on va être plus sensible à l’injustice, au mensonge, à l’infidélité et donc préoccupé de chercher comment agir afin d’embellir le monde autour de nous. Ces bonnes valeurs sont loin de simplifier la vie alors que la personne égoïste et sans scrupule n’aura pas ces difficultés.

L’utilité de la foi : embellir et intensifier l’existence

Vous allez me dire alors à quoi est-ce que ça sert d’avoir la foi ?
Je dirais d’abord que ça embellit la vie. L’art, la peinture, la musique, et aussi l’incroyable beauté de la nature : cela ne produit pas non plus de la chance, mais ça embellit la vie. La foi embellit la vie : c’est quand même déjà une chose immense, qui fait la différence. C’est même une des plus belles dimensions de la vie humaine. En tout cas, pour ceux qui travaillent cette dimension de l’être, les autres ne savent pas ce que c’est.

Je dirais ensuite que la foi, la conscience, la compassion, la recherche de fidélité et de justice : cela enrichit la vie. Cela donne à notre vie d’être plus intense, de se déployer dans de multiples dimensions. Cela permet à notre vie de déborder de vie sur ce et sur ceux qui nous entourent. C’est une intensité. Et comme la vie est finalement si courte, c’est quand même quelque chose de pouvoir lui donner une plus forte intensité. Il me semble que c’est vraiment sensible. La foi nous apprend à vivre plus pleinement chaque jour de notre vie, quel que l’on soit, quoi qu’il nous arrive.

Comprendre l’espérance chrétienne dans le présent

C’est comme cela, je pense, qu’il faut comprendre « l’espérance chrétienne » : ce n’est pas le fait que les choses s’arrangeront dans le futur, c’est être sensible à ce qui fait l’essentiel de la vie dans le présent : quand on saisit l’incroyable beauté de la vie, dans le présent, quand on en saisit la source profonde, justement au-delà de ce qui peut arriver comme hauts et comme bas (bien sûr, les hauts sont préférables, on est d’accord).

En effet : quand on cherche ce qui est créateur de vie et de qualité de vie en ce monde et que l’on cherche à mettre ce qui est créateur au centre de notre regard, c’est à cela que l’on s’ouvre : à Dieu. C’est ce que l’on fait dans la louange, cherchant dans notre journée passée ce qui a été de l’ordre de l’intensification de la vie, de l’embellissement de la vie : c’est une joie et ça a une utilité car on ne sort pas indemne de ce genre de travail qu’est la louange. Quand on fait aussi attention à ce qui nous semble être problématique, souffrant, douloureux, injuste, quand on cherche les dimensions de notre existence ou de ce monde qui sont insuffisamment mises en valeur : c’est là aussi une recherche qui me semble prendre la vie en main d’une façon concernée et responsable. On sent bien, alors, que nous sommes dans une recherche essentielle et féconde : Il est bien possible que dans cette lucidité et dans la prière, nous recevions alors un appel à faire un geste qui nous corresponde et qui nous permettra d’essayer d’aller dans le bon sens. Là aussi cela me semble à la fois beau et vrai. Cela fait de notre vie en quelque sorte une petite mais essentielle œuvre d’art, ne serait-ce que comme une petite fleur qui fleurit dans un alpage du monde. Cela embellit ce monde, et en plus, il n’est pas impossible que cela ait une certaine efficacité, aidant à vivre une personne, suscitant de la louange. Ce petit geste est un geste d’espérance.

Effectivement, Jésus ne nous promet pas que chacun de nos gestes réussira. Au contraire : il raconte l’histoire d’un semeur (figure de Dieu, de Jésus, et de nous-même quand nous essayons de faire un petit peu de bien). Ce semeur envoie des graines largement, dont beaucoup ne produisent rien. Mais il en existe, nous dit Jésus, qui ont une magnifique fécondité, et c’est génial. Notre vie est ainsi.

Le pardon : une guérison pour la victime, pas un devoir moral

Quant au pardon : c’est hélas, là aussi, un moralisme cruel et maladroit que l’on a trop entendu dans la bouche des prédicateurs : ils disent : « Un chrétien doit pardonner. » C’est tout à fait cruel comme vous le dites très exactement car cela charge encore plus la victime. Non seulement elle est déjà souffrante de ce que lui a infligé son bourreau, mais en plus ces moralistes lui mettent sur les épaules un devoir moral impossible sur l’instant : celui de devoir pardonner, c’est complètement cruel. C’est aussi crétin que de dire à une personne qui a eu une jambe arrachée : un chrétien ne doit pas avoir mal et une chrétienne ne doit pas boiter. Merci ! Cela n’a aucun sens. Je crois qu’il est mieux de dire qu’il est bon de pardonner : que cela fait du bien à la personne qui a été victime de pouvoir ainsi être déchargée d’une grande peine : que la victime puisse être déchargée d’un passé souffrant qui sans cesse revient à sa conscience dans sa vie présente et prolonge malheureusement encore et encore l’agression comme si elle était revécue.

Le pardon est ce qui viendrait soulager cette personne qui a été victime en faisant que l’agression qui est arrivée puisse progressivement être cantonnée dans son passé, qu’elle ne revienne pas dans le présent comme une blessure vive, et que la personne qui a été victime puisse alors enfin se tourner vers l’avenir. Cela ne se commande pas, cela se travaille avec l’aide de Dieu, pas après pas, comme une cicatrisation faisant que la blessure ne saigne plus, même si l’on boite encore. La question n’est pas de se réconcilier avec le bourreau : ce n’est pas toujours ni possible ni souhaitable. La question n’est pas que le bourreau reconnaisse ses fautes et devienne plus gentil : c’est son affaire à lui de régler sa propre vie, ce n’est pas la question de la victime. La victime ne doit surtout pas attendre que le bourreau s’excuse pour commencer à se reconstruire. C’est vrai que cela l’aiderait beaucoup que son bourreau reconnaisse ses fautes, mais il ne faut pas attendre cela, tant pis pour lui s’il ne fait pas de cheminement positif, mais que cela ne pèse pas sur la victime.

Bravo pour votre réflexion, votre sagesse, votre lucidité et bon chemin avec votre foi.
Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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