Le Samedi saint demeure le jour le plus silencieux de la Semaine sainte. Alors que les disciples vivent l’effondrement de leur espérance, les femmes fidèles observent le sabbat selon la loi. Ce jour apparemment vide contient pourtant une sagesse précieuse pour tous ceux qui traversent le désespoir : cultiver la mémoire de ce qui fut essentiel, accepter le temps de pause, et apprendre à reprendre souffle. Entre le tombeau du vendredi et l’aube du dimanche, ce temps de repos n’est pas une parenthèse inutile mais un travail nécessaire, une hygiène spirituelle qui nous prépare, sans que nous le sachions encore, à la résurrection.
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Quand l’espérance semble morte
Le Samedi saint est un jour spécial mais très précieux à mon avis. Les disciples de Jésus pensaient qu’ils avaient trouvé en Jésus vraiment un avenir et une espérance pour leur vie. Et voilà que Jésus est mort et enterré. Alors que reste-t-il en ce jour-là à ses disciples pour espérer encore en lui ?
Le tombeau : cultiver la mémoire
Bien sûr il n’est pas question pour eux d’espérer la réanimation de son corps crucifié, il ne leur reste qu’un tombeau, c’est-à-dire littéralement en grec le mnemeion, la mémoire de cet homme, de Jésus. C’est cela que les femmes fidèles se sont préparées à soigner dès le vendredi soir et c’est ce qu’elles feront dès le dimanche matin.
Le repos du sabbat selon la loi
Mais le samedi, l’Évangile nous dit seulement : « Elles se reposèrent le jour du sabbat, selon la loi. » (Luc 23:56) C’est tout ce que nous savons sur ce jour, le Samedi saint. Mais il me semble que c’est très précieux comme étape sur un chemin de résurrection pour nous quand nous sommes désespérés.
Le désespoir n’est pas votre faute
Alors quelles que soient les raisons qui nous ont désespérés, il peut y avoir mille raisons. Avoir le moral dans les chaussettes est comme qui dirait la maladie de notre siècle. Ce n’est donc pas votre faute. Et le propre de cet état c’est précisément de ne pas avoir ni l’envie ni la force de s’en sortir.
La piste des femmes du Samedi saint
Ces femmes du Samedi saint nous donnent comme une piste. Entretenir d’abord notre mémoire de ce qu’il y a eu de plus précieux dans notre vie passée, ce qui nous a une fois joliment fait avancer. Puis prendre un temps de sabbat, un temps de pause, de repos avant ensuite de poursuivre notre route.
Un travail, un choix
C’est un travail ce Samedi saint, c’est un choix. Prendre un temps pour souffler. Chercher à calmer notre frénésie, ces activités, ces pensées qui tournent dans notre tête comme un écureuil dans une roue. Redécouvrir le simple fait d’être, d’exister. Que notre existence ne se résume pas à nos problèmes ni à nos activités.
Aujourd’hui est un jour précieux
Le jour du repos est un temps pour cela. Prendre un temps de pause, penser au meilleur, penser à soi, penser à Dieu et laisser reposer tout cela. Ce jour de ma vie, aujourd’hui est un jour précieux. Demain est un autre jour, le soleil se couchera puis il se lèvera. Ça fera un autre jour pour nous, pour moi, un jour de résurrection.
Reprendre pied, reprendre souffle
Prendre un jour de repos pour reprendre pied, reprendre souffle. Ce ne sera pas nécessairement le samedi bien sûr, peu importe. Ça sera quand nous en aurons besoin. C’est quand notre espérance est morte d’une certaine façon que le Samedi saint est venu pour nous, jour de chabbat, jour de repos pour nous éveiller ensuite dans une nouvelle semaine, une nouvelle façon d’être.
Jonas aux racines des montagnes
C’est comme dans cette histoire ancienne de la Bible qui met en scène un homme, Jonas, qui tombe au fond du fond. Et là, priant Dieu, il se rend compte qu’il est aux racines des montagnes, c’est-à-dire que même au fond de l’abîme, l’élévation, les sommets se manifestent. Il était comme étranglé, il va reprendre souffle. Dans sa prière il rentre dans la louange.
Espérance versus résignation selon Gabriel Marcel
Cela me fait penser à Gabriel Marcel, ce philosophe chrétien qui explique que le Samedi saint nous aide à cerner ce qu’est une véritable espérance. Sentir que notre situation ne se résume pas à la totalité de notre être.
Le vrai contraire de l’espérance
Pour lui le contraire de l’espérance ce n’est pas le désespoir qui peut arriver. Mais le vrai contraire de l’espérance c’est la résignation. C’est-à-dire le consentement à la clôture de notre être. Le refus de toute ouverture, l’abdication devant le donné de la vie.
L’hygiène du sabbat
Alors c’est intéressant allez-vous me dire mais on fait ce qu’on peut car le propre du désespoir c’est précisément que ça nous prend comme cela. C’est sûr qu’il est difficile à ce moment-là de remonter mais le Samedi saint nous donne une piste.
Pour cela il faut nous exercer avant, avoir cette hygiène du sabbat. Apprendre à repartir du fond de ce qui a été essentiel, apprendre à reprendre souffle, apprendre à penser à soi et à Dieu au-delà des événements. Nous sommes à la veille d’une résurrection et nous ne pouvons pas encore le savoir.
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