Marc Pernot le 25 janvier 2026
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Haïr ses parents pour suivre Jésus ? Le sens d’une parole choquante de l’Évangile

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Cet épisode analyse l’une des déclarations les plus radicales des Évangiles, où Jésus exhorte ses disciples à « haïr » leurs proches et leur propre vie. En explorant le sens du verbe grec original et le contexte culturel de l’époque, nous pouvons dépasser le choc initial pour y voir un appel à la liberté intérieure, à l’évolution personnelle et à une forme d’amour choisie plutôt que subie.


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Dans les Évangiles, il existe des paroles choquantes de Jésus en particulier. Bon, il y a en gros une vingtaine de versets qui sont difficiles sur les 3 780 versets que comprennent les Évangiles. Alors ça fait 0,5 % des paroles, ce n’est pas beaucoup, mais quand même, ces paroles sont bien choquantes.

La parole la plus radicale de l’Évangile

Dans cette série d’études, je vous propose de commencer par la plus choquante d’entre elles. Jésus dit : « Si quelqu’un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, son conjoint, ses enfants, ses frères et sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. »(Luc 14:26) Voir aussi Matthieu 10:37 « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi… »

C’est choquant, non ? Et bien les traducteurs de la Bible, du moins certains, ont été tellement bousculés qu’ils ont essayé d’esquiver la difficulté en traduisant autrement. Au lieu de mettre les verbes haïr ou détester, ils disent simplement que Jésus nous invite à le préférer à nos parents, à nos proches et même à nous-mêmes.

Cela reste fort, mais ça passe mieux. Le problème, c’est qu’en réalité, c’est un mensonge du traducteur. Le verbe grec présent dans les Évangiles est le verbe miseo, qui est parfaitement clair. Il est présent 200 fois dans la Bible et, à une ou deux exceptions près, il signifie vraiment haïr gravement, comme un ennemi.

Un paradoxe au cœur du message chrétien

Cette parole était parfaitement claire pour les gens qui écoutaient Jésus : haïr veut dire haïr. C’est d’autant plus troublant que, dans la quasi-totalité des Évangiles, Jésus nous invite à aimer notre prochain, à nous aimer nous-mêmes et même à aimer nos ennemis. C’est donc tout l’inverse.

De plus, dans la société de l’époque, la famille et les parents étaient les piliers absolus. C’est inscrit dans les dix paroles de la loi de Moïse : il faut honorer ses parents. Un homme marié de 40 ans habitait encore souvent chez ses parents et leur obéissait au quotidien. Cette parole était donc une déflagration sociale.

Pourquoi Jésus utilise-t-il le choc ?

Une parole choquante est faite pour provoquer un choc, pour nous secouer et faire en sorte que nous puissions évoluer dans notre logique. Jésus cherche à nous faire réfléchir, pas à nous placer dans la soumission. Ses mots sont simples, un enfant les comprend, mais ce n’est pas une histoire simpliste : ce sont des énigmes pour stimuler notre propre interprétation.

Avec Jésus, on n’est plus sous la loi et l’obéissance aveugle. Il cherche à nous développer comme un sujet qui a sa propre opinion et qui discerne personnellement ce qu’il doit faire.

Une interprétation vers la liberté et l’amour vrai

Voici mon interprétation de ce mouvement que Jésus cherche à provoquer. Il y a, selon moi, différentes façons d’aimer. Jésus nous invite d’abord à aimer par choix, et non par obligation religieuse, sociale ou par soumission à la tribu familiale. Il s’agit d’aimer par grâce, par intérêt réel pour la personne.

Ensuite, aimer, c’est s’intéresser à l’autre en tant que personne et chercher à ce qu’elle puisse cheminer. Évoluer signifie tourner le dos à ce que nous étions hier. Dans le langage hyperbolique de Jésus, tourner le dos au passé peut s’appeler « haïr ». Il s’agit d’abandonner certaines composantes de soi pour devenir plus fidèle et plus élevé.

Libérer l’autre de son rôle

« Haïr » ses parents, ses enfants ou son conjoint, cela signifie les laisser évoluer. C’est accepter de ne pas les posséder ni de les enfermer dans leur rôle (le rôle de « parent » ou d’ « enfant ») pour les voir comme des êtres vivants avec leurs propres rêves, blessures et projets. Les aimer en vérité, c’est les libérer.

Enfin, il faut s’aimer soi-même de la même manière : avec bienveillance, comme un prochain, en acceptant de ne pas s’enfermer dans ce que nous sommes aujourd’hui pour laisser place à la version de nous-mêmes qui naîtra demain.

pasteur Marc Pernot

PS. Cet article est le deuxième d’une série sur les paroles choquantes de Jésus.

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15 Commentaires

  1. Lili dit :

    « Haïr » effectivement c’est brutal, oui. Mais c’est acceptable dans le sens où il faudrait haïr des relations de sujétions qui nous empêchent de nous accomplir selon nos aspirations propres, notre propre puissance. Et cela vient d’abord de notre milieu socio familial. Cette sujétion est bien normale au départ, il n’y a pas d’autres solutions. Et ensuite, comment adhérer de bonne foi à une parole si d’autres nous enjoignent, voire nous contraignent à le faire (famille, amis, société, nous-mêmes car nous pouvons facilement être à nous-mêmes notre propre tyran) ?

    Et s’il faut considérer l’autre comme un prochain, il faut bien désamorcer les hiérarchies du sang ou des rangs sociaux, sinon la fraternité serait impossible puisqu’elle réclame une égalité. Non pas les abolir, ni même les placer au second plan, mais les placer sur un autre plan. C’est là que joue vraiment votre distinction des différentes définitions de l’amour. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aimer nos proches, cela est naturel, mais que la géolocalisation ne joue pas de rôle dans la reconnaissance d’autrui comme d’un prochain à aimer sur un autre plan. Alors on peut « haïr » son père, sa mère, son collègue, ce n’est pas le problème. Peut-être parce qu’ils sont trop proches je trouve que ce n’est pas si automatique que cela de considérer nos proches comme des prochains. Même il me semble que je n’ai jamais considéré mes enfants ainsi par exemple.

    Par ailleurs, je m’aperçois avec la remarque de Véronique qu’une lecture littérale de la formule de Jésus peut s’avérer dangereuse car lue ainsi elle peut servir de faire-valoir pour séparer les familles, les amis qui pensent différemment. Ce qui pourrait donner : pour suivre Jésus, vous pourrez – ou pire, vous devrez – vous fâcher avec tout le monde… Mais comme vous dites bien, ce n’est pas compatible avec la colonne vertébrale de l’évangile. Et de fait, c’est une vraie richesse de converser avec des personnes dont les avis divergent car ainsi nous pouvons progresser dans nos propres représentations. En évitant bien sûr les personnes trop dysfonctionnelles à l’intérieur de la famille ou d’un cercle plus éloigné mais je ne pense pas que c’était cela qu’il fallait mettre à distance ici.

    Merci de votre aide !

    1. Marc Pernot dit :

      Ggrand merci, Lili. Vous nous donnez à réfléchir d’une façon profonde

  2. Pascale dit :

    Merci pour cette interprétation qui me convient bien. Je fais quelques remarques.
    1. Comme vous le dites, certains traducteurs remplacent la haine par la préférence pour édulcorer le texte ; je trouve même que cela change un peu le sens en introduisant une notion de comparaison. Il ne s’agit pas d’aimer Jésus, mais d’être disciple du Christ, ce qui nous renvoie toujours à Dieu. Ce n’est pas tout à fait la même chose, en particulier pour les gens auxquels il s’adressait.
    2. On voit dans cet exemple que les titres insérés dans nos bibles orientent déjà la lecture. Ici on a : « Renoncer à tout pour suivre Jésus. »
    3. À force de vous entendre évoquer des termes grecs, j’ai commencé à en apprendre quelques éléments. Si j’ai bien compris, parmi les trois mots utilisés pour désigner la vie, c’est le plus spirituel qui est employé ici. Ce serait alors particulièrement étrange s’il fallait lire le verbe haïr au sens littéral.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci chère Pascale pour ces deux magnifiques commentaires !
      Génial

  3. Véronique dit :

    Merci Marc, votre commentaire de ces versets est très pertinent.
    A mettre aussi en perspective de ce que signifiera pour les futurs chrétiens la fidélité absolue au Christ et à sa Parole : la foi n’est jamais donnée de manière équivalente à chaque membre d’une famille. Certains sont dans une quête spirituelle plus ardente et persévérante, et finissent par trouver grâce aux yeux du Seigneur qui les accompagne alors avec constance et bienveillance.
    D’autres sont indifférents à la Parole de Dieu et du coup, ne parviennent pas à percer son mystère.
    D’autres encore s’opposent aux commandements divins qu’ils estiment trop contraignants, en raison de leur attrait pour le monde, la malhonnêteté ou la vaine gloire.
    Et ces différences fondamentales de chemins de vie créent forcément des dissensions jusqu’au cœur même des familles.
    Le chrétien convaincu aura bien sûr à cœur d’aimer les siens en vérité, et le souci de les servir ou de les accompagner au mieux au quotidien, tandis que les opposants notoires à sa foi et à son cheminement d’authenticité vont prendre ombrage de ses engagements, même les plus généreux.
    La persécution des uns par les autres n’est alors pas impossible.
    Le chrétien se doit bien sûr de ne pratiquer aucun prosélytisme et de respecter le chemin de l’autre, même s’il peut pressentir qu’il s’engage dans une impasse ou une façon de vivre risquée au regard de la loi, de la morale voire de son salut.
    C’est là, je pense, qu’entre en jeu la recommandation de Jésus de le préférer lui, même à son père, sa mère ou ses propres enfants.
    C’est ce que le Christ lui-même a fait : il n’a pas laissé sa mère et ses frères le rapatrier à la maison quand sa prédication devenait subversive, au risque de le mettre lui-même en danger. Il les a laissés à la croyance en sa folie et a poursuivi sa mission d’annonce du Royaume de son Père.
    Jésus a préféré le Père à sa famille de sang.
    Et c’est aussi le devoir de qui prétend marcher à sa suite en esprit et en vérité.
    Quand les proches, famille ou amis dans le monde, deviennent une entrave à notre vie chrétienne et à notre témoignage de foi au Dieu Trinité, alors il vaut mieux rompre les liens délétères, même si ce n’est que provisoirement, pour rester fidèle à soi-même, à sa foi et à ses valeurs issues de l’Évangile.
    Jésus n’a pas cessé tout au long de sa vie publique de demander ce sacrifice coûteux à ses disciples.
    Si nous désirons en être à notre tour, ne préférons rien à l’Évangile et au Seigneur, acceptons les ruptures nécessaires plutôt que les persécutions franches ou insidieuses continues, ne regardons pas en arrière et suivons notre Dieu sur les sentiers de la justice et de la Vérité.
    Lui saura nous rendre pleinement libres, et l’abondance de sa grâce ne tardera pas.

    1. Frédéric dit :

      Bonjour à Véronique, Pascale et à tous,
      Que la grâce de notre seigneur Jesus Christ soit avec vous et que sa sagesse seule nous aide à pénétrer la profondeur de sa parole.
      J’ aimerais apporter ici ma modeste contribution dans la compréhension de ce message ô combien insaisissable surtout lorsqu’ elle est lue hors de la conscience du Christ. Christ étant Divin, donc pur amour ne peut que nous exhorter à l’amour car la haine lui est étranger. Le mot qu’ il convient d’ utiliser dans la circonstance est à mon avis« Renoncer ». Jesus nous appelle à une nouvelle naissance. Cette nouvelle naissance se fait en son sein. Et pour ceux qui y parviennent, Christ est devenu leur véritable mère et père. Leurs frères et soeurs sont ceux qui naissent avec eux en Christ et en esprit. Transcender la matière implique un renoncement à notre mère, à notre père, et à notre famille de chair. C’ est cela la condition de la nouvelle naissance. Le corps doit mourir pour renaître en Christ,
      Jean 12 24 « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
      Jean 3.3 « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. »

      Que la paix du seigneur soit avec vous.

    2. Frédéric dit :

      Bonjour à Véronique, Pascale et à tous,
      Que la grâce de notre seigneur Jesus Christ soit avec vous et que sa sagesse seule nous aide à pénétrer la profondeur de sa parole.
      J’ aimerais apporter ici ma modeste contribution dans la compréhension de ce message ô combien insaisissable surtout lorsqu’ il est lue hors de la conscience du Christ. Christ étant Divin, donc pur amour ne peut que nous exhorter à l’amour car la haine lui est étranger. Le mot qu’ il convient d’ utiliser dans la circonstance est à mon avis« Renoncer ». Jesus nous appelle à une nouvelle naissance. Cette nouvelle naissance se fait en son sein. Et pour ceux qui y parviennent, Christ est devenu leur véritable mère et père. Leurs frères et soeurs sont ceux qui naissent avec eux en Christ et en esprit. Transcender la matière implique un renoncement à notre mère, à notre père, et à notre famille de chair. C’ est cela la condition de la nouvelle naissance. Le corps doit mourir pour renaître en Christ,
      Jean 12 24 « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
      Jean 3.3 « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. »

      Que la paix du seigneur soit avec vous.

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