7 au carré (Corinne Vonaesch, Christian Bobin)

7 au carré - peintures de © Corinne Vonaesch

7 au carré
Corinne Vonaesch, peintures
Christian Bobin, extraits de « L’Homme qui marche », le temps qu’il fait, 1995.

 

Méditation art&foi
Février 2019

L’homme qui marche (Jean 1. 1-5, 18) - peinture de © Corinne VonaeschL’homme qui marche (Jean 1. 1-5, 18)

Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Et il marche. Sans arrêt.

Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas.

Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. À croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère. À croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable. À croire que vivre est comme il marche – sans fin.

 

 

Enseignement à la foule (Marc 4. 1-20) - peinture de © Corinne VonaeschEnseignement à la foule (Marc 4. 1-20)

Prenez ce que je vous donne, je vous le donne sans condition et, parce que je vous le donne absolument, il y en a absolument pour tous – ce qu’on partage se multiplie.

Ce qu’il dit est éclairé par des verbes pauvres : prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Aucune de ces paroles n’est à demi voilées, à demi données…

 

 

 

La tempête apaisée (Marc 4. 35-40) - peinture de © Corinne VonaeschLa tempête apaisée (Marc 4. 35-40)

La vérité n’est pas une idée mais une présence. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde.

Son père a le verbe haut. Sa voix effarouche les bêtes et les hommes. Le père a réputation d’orage, le fils vient l’apaiser, l’apprivoiser.

 

 

 

Les pèlerins d’Emmaüs (Luc 24. 13-35) - peinture de © Corinne VonaeschLes pèlerins d’Emmaüs (Luc 24. 13-35)

Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas : aimez-moi. Il dit : aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre.

 

 

 

La graine de moutarde (Matthieu 13. 31-35) - peinture de © Corinne VonaeschLa graine de moutarde (Matthieu 13. 31-35)

La mort est économe, la vie est dépensière. Il ne parle que de la vie, avec ses mots à elle : il saisit des morceaux de la terre, les assemble dans sa parole, et c’est le ciel qui apparaît… un ciel avec des arbres qui volent, des agneaux qui dansent et des poissons qui brûlent, un ciel infréquentable… tellement de monde oublié par le monde et fêté là, tout de suite, maintenant, sur la terre autant qu’au ciel.

 

 

 

Le Fils de l’homme (Matthieu 8. 20) - peinture de © Corinne VonaeschLe Fils de l’homme (Matthieu 8. 20)

L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi.

« Là où il va », nous ne pourrons aller autrement que lui : seul – comme à un rendez-vous.

Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre – mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour. Telle est la figure du plus grand roi de l’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice.

 

 

Femme dans l’attente (Matthieu 25. 1-13)- peinture de © Corinne VonaeschFemme dans l’attente (Matthieu 25. 1-13)

Dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.

Quelque chose avant sa venue le pressent. Quelque chose après sa venue se souvient de lui.

L’homme qui marche est ce fou qui pense que l’on peut goûter à une vie si abondante qu’elle avale même la mort.

 

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